VIII PRÉFACE
Mais d’autres publications ont déjà permis d’entrevoir quelle influence l'abbé de La Mennais exerça sur son siècle. Car il s’est porté d'emblée vers ces sommets religieux de la pensée qui de tout temps furent les ressorts cachés des mouvements sociaux, politiques et même littéraires.
Il suffit donc qu'il soit le maître incontesté, et comme le vivant symbole du romantisme religieux dans notre pays, pour que son empreintese retrouve partout où le romantisme a poussé ses impatients rejetons. Des Méditations à Volupié, de Spiridion à Stello, on retrouve partout son image ; et qu'est-ce que la démocratie chrétienne de l’Avenir, sinon, sur le romantisme religieux, la greffe politique et sociale?
La biographie d’un tel homme dépasse donc infiniment la portée du simple récit d’une vie, si dramatique qu'on la suppose, et chargée d'enseignements profonds. Elle renferme toute l’histoire et toute la philosophie d’une époque : c'est pour comprendre cette époque que j'essaie d’éclairer cette vie.
Je dois remercier M. Lévesque, qui m'a guidé avec une extrême bienveillance dans les archives du séminaire de Saint-Sulpice à Paris ; et les Frères de l’Instruction Chrétienne — les fils spirituels de Jean-Marie de La Mennais — qui m'ont si largement fait les honneurs de leurs archives et de leur bibliothèque.
M. Victor Giraud, rédacteur à la Revue des Deux Mondes, M. Joachim Merlant, professeur à la Faculté des Lettres de Montpellier, et M. Albert Rivaud, professeur à la Faculté des Lettres de Poitiers, m'ont aidé de leur science et de leur goût éprouvé dans le travail ingrat et quelquefois si délicat de la correction des épreuves. Il est juste qu'ils trouvent ici l'expression de ma vive reconnéssance.
Poitiers, janvier 1943.