Cours inédit de M. Boyer {Arch. de Saint-Sulpice
ministère est sur le point d’être interrompu, si une grande Église est menacée d’une ruine totale, ete. Nous avons ajouté que quel que füt l’état fâcheux de cette Église particulière, son entreprise serait toujours une révolte contre l'autorité
légitime du Pape ; eten effet, toujours seroit-il vrai que tandis
que ce dernier refuseroit de lui donner des Pasteurs, ellemême s’élèveroit contre sa décision formelle, décision, comme nous l'avons vu, d’un supérieur légitime ; et par conséquent renverseroit tous les principes de la subordination !. » D'ailleurs l'autorité des faits et des précédents est ici tout entière contre une telle prétention ; et par exemple, «lorsque la maison de Bragance monta sur le trône de Portugal détaché de l'Espagne, le Pape, attaché à la maison d'Espagne, mit tant de persistance à refuser les bulles d'institution, que sur une trentaine d’évêques, il n’en restait plus qu’un dans tout le royaume. Cependant l'assemblée du clergé de France consultée par ambassadeurs déclara formellement qu'il n’était pas permis d’en revenir, comme on y songeait, à la discipline ancienne, et se borna à coter le Pape de pourvoir aux besoins de l'Église de Portugal.
Voilà qui est net: une te pi non-recevoir rigoureuse est opposée aux prétentions du pouvoir politique et evil. En vain les adversaires opposent-ils que le concordat passé entre Léon X° et François [* étant un contrat synallagmatique, l'engagement y est PDT ; et que le Pape violant le con- Pat: en refusant les bulles d'institution, le Prince se trouve dégagé de tous ses engagements envers le Pape, en sorte que tout rentre dans le droit commun. «Cet argument n ’est qu'un pur sophisme; lon y suppose que c’est en vertu du Concordat que le Pape donne Pinstitution aux évêques ; ce qui est complettement faux. La jurisdietion ne peut jamais être la
matière d’un traité entre le Pape et un prince séculier, le
pape tient le droit de la conférer de la discipline générale de l'Église, discipline qui avait précédé le ere que le Ébnbordat suppose et ne saurait établir. » D? ailleurs, que gagnerait le souverain au retour à rase us ? on en reviendrait aux élections populaires ou capitulaires ; en seraitil plus avancé ??
1. Cours inédit de M. Boyer (Arch. de Saint-Sulpice). 2. Ibid.
On voit sur quel terrain le gallicanisme, par la plume de M. Boyer, fait porter la défense de la prérogative d’institution, contestée par le pouvoir politique au Saint-Siège. L’argument fondamental est l’existence d’une loi générale de l'Eglise, loi que le Pape lui-même, à plus forte raison une Eglise particulière ne saurait enfreindre. Les arguments accessoires sont ceux qu'on tire du rapprochement entre l’organisation de l'Église et celle de l'Etat centralisé ; et de Pappui que prèterait à la doctrine que l’on défend la fameuse Déclaration de 1682 : ils sont faits pour frapper l'Empereur et s'imposer à son esprit. Mais à l'arrière-plan de cette démonstration, comme une menace incessamment suspendue contre l'unité, subsiste le principe dont la première partie de l’enquête a voulu procurer la preuve : « le droit d’instituer les évêques n’est pas une prérogative essentielle du Pape, mais une concession que lui à faite l’Église depuis le treizième siècle, » et que l'Eglise universelle pourrait lui retirer pour en revêtir de nouveau les métropolitains. Si l’on s'explique que la prudence d’un directeur de Saint-Sulpice, héritier d’une tradition gallicane, se satisfasse à cette époque d’une théorie qui, plaçant l'Eglise au-dessus du Pape, ne lui accorde le droit d'institution en fait que pour le lui retirer en principe ; on comprend aussi que de jeunes prêtres, que des souvenirs d’ancien régime ne gênaient pas, témoins récents de ce que le Saint-Siège venait de faire pour défendre l'unité menacée, témoins aussi, à côté de rares exemples d'énergie, des trop nombreuses défections ou des compromissions, des faiblesses trop évidentes des évêques, aient vivement senti le défaut d’une doctrine qui laissait au schisme une issue possible. Concéder à l'adversaire que l'Eglise pouvait retirer au Pape le droit d'institution qu’elle lui avait accordé, n’était-ce pas encourager le pouvoir eivil à faire effort pour le dépouiller violemment d’un droit qu'après tout on reconnaissait ne pas faire essentiellement partie de ses prérogatives ? Faire dater du treizième siècle le droit d'institution en Occident, soutenir qu'il n’a jamais existé en Orient jusqu'aux derniers temps, n'était-ce pas le rendre bien précaire ? Qu'est-ce, pouvaient dire les adversaires, que cette loi générale de l'Eglise dont vous nous marquez la nouveauté en Occident et la nonapplication en Orient ? Si ses fondements sont si faibles et son origine si récente, pourquoi, dans un besoin pressant, ne
préviendrions-nous pas la décision de l’Église, quitte à obtenir ensuite une approbation de notre conduite qu’elle ne saurait nous refuser ? Si le Pape, par une obstination coupable et qui met en péril les consciences d’une infinité de chrétiens, persiste à refuser l'institution, sera-ce pour respecter une prérogative à peine et récemment concédée, une prérogative sujette à défaillir et qui peut toujours lui-être retirée, que nous nous résignerons à supporter indéfiniment ses refus ?
Il était donc clair, dès le mois d'août 1809, que de tels enseignements ne répondaient plus aux besoins urgents de l'Église. Ils laissaient une porte ouverte aux empiétements du pouvoir civil ; et d’ailleurs la méthode même, toute syllogistique et théorique, selon laquelle M. Boyer posait et défendait ses thèses, n’était déjà plus en rapport avec les exigences de la pensée de l’époque : il fallait appliquer désormais à cet objet, comme on l’appliquait à l'étude de l’Ecriture sainte, la méthode historique et critique. C'était la tradition tout entière dont on devait retrouver et contrôler les titres, afin d’asseoir fermement sur elle les droits du Saint-Siège et de l'Eglise en face du pouvoir politique et civil, dans la question de l'institution des évêques.
LIT
C'est donc avec des projets nouveaux, déterminés par une vue claire de la situation, qu'après avoir passé à Saint-Sulpice deux mois entiers de vacances, Jean-Marie de La Mennais rentrait à Saint-Malo au commencement d'octobre 1809. Il avait fait le voyage de retour jusqu'à Rennes en compagnie de l’abbé Bruté, et tous deux portaient dissimulée dans leur chapeau copie du décret d’excommunication récemment lancé par le Pape contre l'Empereur. La fameuse Congrégation dirigée par le P. Bourdier-Delpuits, et dont ils étaient membres, les avait chargés de le faire connaître en Bretagne. La Congrégation répondait ainsi au décret du 12 septembre 1809 qui en ordonnait la dissolution, ainsi qu’à l’emprisonuement de quelques-uns des plus en vue de ses membres.
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Jean-Marie avait fondé à Saint-Malo une congrégation de la Sainte-Vierge affiliée à celle de Paris; 1l fallut naturellement la dissoudre. Pour la seconde fois les volontés impériales heurtaient les entreprises des deux frères et faisaient obstacle au développement de leurs œuvres. Elles avaient brusquement jeté les Réflexions dans l'ombre, elles dispersaient les congrégations, elles menaçaient le collège ecclésiastique de Saint-Malo, et bientôt elles allaient en imposer la fermeture. Raison dé plus, — et, pour un tempérament comme celui de Féli, excellente raison — d'écrire le livre dont Jean-Marie rapportait de Paris la première idée, el d’opposer ainsi à l'Empereur un obstacle contre lequel, à leur tour, se briseraient ses prétentions. Conçu comme-le premier acte d'un duel avec le tout-puissant souverain, l'ouvrage projeté sur l'nstilution des Evéques devait séduire Félicité; jo1gnez qu'il n'était plus à craindre dès lors qu'il se laissàt gagner par les fâcheuses théories du fébronianisme, du joséphisme ou du gallicanisme : sa passion se trouvait déjà trop fortement engagée dans le sens opposé.
Dès le 17 janvier 18091, si l’on en juge par une note inédite retrouvée dans ses papiers, Félicité, qui étudiait de près un célèbre gallican, était pour lui sans indulgence :
« Il serait à désirer, écrit-il, qu'on donnât une édition accompagnée de notes des discours de l'abbé Fleury sur l’histoire ecclésiastique. Ces notes n'auraient pas pour objet de relever les erreurs de faits qui peuvent lui être échappées ; mais de prémunir le lecteur contre ses opinions quelquelois un peu exagérées, quelquefois même absolument fausses ; par exemple, ce qu'il dit des croisades. Les philosophes ont loué sa franchise et son impartialité ; mais combien n'est-il pas par- | tial, ou du moins infidèle par réticence dans ce qu'il dit des | Papes, dont il a grand soin de recueillir les fautes, sans avertir que e’était le plus souvent celles de leur siècle, et | que ces fautes mêmes, ces abus de pouvoir quil leur re- | proche si durement, ont été dans les tèms de barbarie la 9 sauvegarde du faible, qui ne tronvoit alors. de protection que | dans le Saint-Siège, comme il y en a tant d'exemples dans l’histoire. On pourroit faire des observations semblables sur |
1. Rousse, Lamennais d'après des documents inédits, t. I, p. 37, mentionne une lettre de l’abbé Jean qui porte cette date et parle du projet qu’expose la note inédite que nous publions.
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les ordres religieux, les dévotions populaires, ete..…., ete. Consulter la Critica della storia ecclesiastica e de discorsi del signor abate Fleury, par Marchetti, 2 vol. in-121. » Bien que M. Émery dût publier en juillet 1809 tout un volume d’additionsaux Vouveaux Opuscules de Fleury, volume
sur lequel d’ailleurs Jean-Marie avait été prié dé communiquer
ses observations, Félicité de La Mennais, de plus en plus éloigné du g gallicanisme à mesure que les événements se Dcipitaiont, trouvait aussi l'abbé Fleury de plus en plus déplaisant. Il l’étudiait maintenant en vue de l’ouvrage dont son père avait rapporté le projet de Paris, et ne l’en “goûtait pas davantage. Les temps sont loin où Nicole et Fleury guidaient les premiers pas de Félicité de La Mennais dns la voie catholique retrouvée.
Sur la même feuille où se lisent ces critiques contre Fleury, quelques lignes indiquaient encore, en janvier 1809, des projets contre les jansénistes : « Quel est l’état actuel des controverses avec les Jansénistes ? et particulièrement, sur quoi fondent-ils leur prétention d’être en communion avec le Saint-Siège qui les réprouve et les condamne ?? » — Preuve que gallicans et jansénistes sont enveloppés par lui dans la même réprobation. Dans une lettre à l’abbé Bruté, en novembre 1809, il attaque de nouveau Fleury : « Plus ] étudie Fleury, plus je m'en dégoûte. On n’imagine pas combien 1l y a de laussetés, d’exagérations, de réticences et de pr éjugés dans cet homme à qui l’on a fait, je ne sais sur quoi fondé, une réputation de raison qui en impose en France presque universellement. Voyez les passages que Jean vous cite. (D’après l'édition in-4. | Annotation en bas de page, par l'abbé Jean.|) Sa critique est à demi protestante ; aussi les protestants les louent-ils comme un des leurs ; et les philosophes, quel bien n’en ont-ils pas dit ? J’ai Marchetti, nous attendons Orsi, et peut-être pourra-t-on par la suite essayer de détromper le servum pecus françois. Que pensez-vous de cette idée? La récolte serait abondante, mais il faudroit plus d’un moisson-