‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 236 sur 504 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Allons plus avant dans cette âme. Il demande conseil à Jean. C’est qu'il se sent abandonné. Octobre, c’est la rentrée qui reprend et tient Jean-Marie d'autant plus âprement que les menaces contre le collège se font plus pressantes et plus graves. Plus de collaboration désormais, plus de cette union si douce du travail et de la prière, en qui son cœur se complaisait. Le voilà seul avec ses sécheresses, ses angoisses, et son art de se torturer, le voilà seul avec: lui-même. Et tandis que Jean- Marie se donne à sa tâche de régent, de quelles sombres couleurs s’enveloppe et se voile la résignation de Féli!!

Mais enfin, de quelle idée se martyrise-t-1] lui-même ? Depuis l’avortement de ses rêves, après les ordres mineurs, en octobre 1809, il a renoncé à la prétrise. C’est d’abord de cet abandon qu’il s'inquiète et qu'il s’accuse. Son tourment, c’est son inutilité : incapable d'achever seul la Tradition qui reste en plant?, à quoi donc sera-t-il bon ? Ne devrait-il pas être missionnaire, comme Bruté ? Ou plutôt, ñ’est-ce pas encore un subtil détour de l’'amour-propre et de l’orgueil, si dépité de n'être rien ? Ainsi va-t-il, pendant tout ce mois d'octobre 1811, se torturant lui-même, et toujours gémissant. Il se réfugie, dans ses courts moments de répit, vers cette idée que son destin est d'offrir un parfait modèle de renoncement complet à soi-même, et cette chimère le console de ne pouvoir se décider 3.

Sitôt qu'une distraction quelconque, de menues affaires qu'il faut régler pendant deux jours, viennent à le détourner de lui-même, et suppléent en quelque manière aux occupations littéraires et à la société qui lui manquent, l’arc-en-ciel est près d’apparaitre. Mais il lui faudrait beaucoup mieux pour dissiper toutes ces nuées 4.

Un peu de cet état d'esprit, très proche de la résignation en apparence plutôt qu’en réalité, transparait dans la lettre inédite suivante que la mention de la maladie de M. Le Roi permet de rattacher à la lettre publiée par Blaize pages 95-96, et qui doit bien être, en conséquence, de l’automne de 1811 :

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