Ibid., p
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Mercredi 9 heures du soir.
— Grandclos m’avertit à l'instant qu'il partira demain matin. Je lui ai fait donner 9 I. de beurre, pour lesquelles il est convenu qu'il s’arrangeroit avec toi. II lui est dû 30 s. pour deux livres de plomb qu'il acheta, il y a 2 mois, à Dinan, pour Gratien.
J'attends demain une lettre de toi, et n’ai rien de nouveau à te marquer, si ce n’est la maladie de M. Le Roi, dont je n’ai pas su des nouvelles depuis ce matin. Il paraît qu'il fut pris hier très vivement. Je saurai demain plus certainement son état. Je n'ai point vu M. Marie depuis ton départ. Dieu merci, personne n’est empressé de me venir voir. Je m'occupe de notre chapelle qui me donne assez d’embarras, mais je ne les regrette pas. Il ne m’a pas non plus manqué de tracasseries de divers genres; c’est le pain quotidien,
qui n’est pourtant pas compris dans la demande, panem quotidia=
num. Je suis de plus en plus confondu d’étonnement et d’admiration, de la profonde vérité de cette parole de l'Évangile, Beati pauperes, en quelque sens qu’on la prenne. O qu'il fait (bon) n'être rien, ne rien avoir, ne tenir à rien, qu'au rien, qui seul est tout, c’est tout dire — oui, ou rien, diront d’autres — mais, je le répète, c'est la même chose.
Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul !!
La désolation qui l’étreint, pendant tout ce mois d'octobre, n’est depuis le départ de Jean-Marie que la dépression de ses nerfs. [l le sent, il le sait; et plutôt que de tenter un combat dont il pressent la désastreuse issue, 1l voudrait se faire, auprès du divin Maître, un mérite de ses tourments par la résignation amoureuse avec laquelle il les supporterait; mais limpatience transparait dans le mouvement même, fébrile et déconcerté, qui l’incline désespérément?. C’est que, par-dessus tous ces débats, la tendresse humaine, le besoin d’être aimé persistent et dominent toujours. L’éternité n’a de prix à ses yeux que par l’intime et parfaite union qu’elle saura bien réaliser entre lui et tous ceux qu’il aime et dont l’espace etle temps le distraient. Alors des préoccupations étrangères ne sépareront plus du sien leurs cœurs qu’il voudrait confondus : « N’aurons-nous pas Le temps de nous voir dans l'éternité, si nous avons le bonheur d'y être ensemble? C’est une chose que j'ai besoin de me répéter souvent lorsque Je pense à toi et à notre cher petit Bois... Priez tous deux le bon Dieu pour moi de tout votre cœur. O quam bonum est el jucundum