Ibid., p
. dans la plaine, nous aurons du moins la consolation de vous
voir sur la montagne, levant les mains au ciel, et invoquant pour nous le secours du Dieu des combats. Je vous invite done, mon cher abbé, à vous joindre aux ordinands qui doivent se-rendre à Saint-Brieuc pour l’ordination pro- chaine! » RES #
Ces lignes indiquent clairement que Félicité de La Mennais > avait lors pris la résolution d’entrer dans le clergé régulier. Une page inédite de cette époque semble-bien indiquer une recrudescence de ferveur :
« Je ne désire pas de mourir, disoit une pauvre femme infirme, chargée d’années; et ce sentiment sublime dans la - bouche d’une infortunée manquant de tout, la religion chré. tienne peut seule l’inspirer. Cela suffit, je crois, pour montrer combien elle est au-dessus de la raison, puisqu'elle nous élève naturellement et sans effort à une hauteur où celle-ci n'a jamais pu atteindre. Parcourés les livres des Stoïciens, ces Philosophes presomptueux qui, poursuivant sans cesse un fantôme de perfection, voulurent changer la nature de l’homme; qui firent consister la vertu dans une orgueilleuse D cnsibihité et crurent ouvrir les sources du Lonlieur en fermant celles du sentiment; que vous apprendront-ils, ces prétendus sages? À mourir avec courage peut-être. O Épictète ! Est-ce là ce que tu m'avois pénis à Une mort qui finit tout pour moi me dédommagera-t-elle de trente ans de sacrifices et de combats; et tu m'enlèves encore la dernière espérance du malheureux, l'espérance d’une autre vie !
« Le Dieu du Chrétien est amour; il a fait l’homme à son image; l’homme est né pour aimer, et le premier précepte de la Loi, celui qui comprend tous les autres, lui fait un devoir de satisfaire à chaque instant au plus doux besoin de son cœur. Sa charité ardente est un feu qui a besoin d’aliments ;
… elle embrasse à.la fois l’univers et son auteur. Rien ne lui
est étranger, elle s'applique à tout également et ne connait point les distinctions du rang et de la fortune. Semblable à son Maitre enfin, le Disciple de Jésus est dévoré du désir de faire le bonheur de ses semblables. Compâtir à leurs peines, essuyer leurs larmes, soulager leur misère, voilà son plaisir
#1. ForGuEes, OŒuvr. posthumes de La Mennais, éd. de 1858, in-8, t. I, Notes el Souvenirs, p. XVI.
le plus pur, sa jouissance la plus délicieuse, jusqu'à ce que quittant cette vie mortelle, il s’endorme en paix dans le sein de Dieu!. »
Le projet de retraite monastique, cette fois, dut aller assez :
loin car le surplis et l’aube avaient été préparés?; mais il n'eut pas de suite, et ne fut sans doute que l’occasion d’une nouvelle rechute et de tourments nouveaux.
Rassurons-nous. C’est en vain que l’abbé Teysseyre écrit à Jean-Marie, le 27 juin 1812, après ce nouvel échec : « Rappelez-moi au souvenir de M. votre frère. Je m'indigne presque de ne pas encore le savoir prêtre 5. » Quelques mois après, Félicité de La Mennais aura si bien renoncé à tous ses projets de vie religieuse, qu'il quittera définitivement — du moins il le croit — la soutane. Car la même année 1812 va, lui rendant à la fois son frère et son travail, chasser brusquement toutes ces nuées.
A partir de l’année 1809, la situation des écoles ecclésiastiques est allée sans cesse s’aggravant. En février, des informations rassurantes arrivaient encore à l’abbé Jean par l’intermédiaire de M. Duclaux; il lui déclarait, le 11, après avoir consulté des personnes autorisées par leurs rapports avec le grand maitre, que « les petits séminaires seraient sous l’inspection seule de l’évêque diocésain, et qu’on s’en tiendrait à sa déclaration pour affirmer que tous ceux qui demeurent dans les petits séminaires se destinent à l’état ecclésiastique # ».
Mais le 9 avril 1809 paraissait un décret réglementant les petits séminaires et les écoles secondaires ecclésiastiques. Il spécifiait que l’accès des séminaires diocésains soumis au contrôle de l’évêque seul ne pourrait être accordé qu’à des jeunes gens munis du diplôme de bachelier conféré par l’'Université, et âgés de seize ans au moins. Quant aux petits sé-