BLArzE, t. I, pp
nous reste-t-il, qu'à nous taire à notre tour ! ? » Les nouvelles affluaient de tous côtés ; elles n'étaient pas rassurantes : « Partout le décret s'exécute, écrivait Féli quelques jours après, le 16 juin 1812, à son frère toujours à Rennes : on ferme, on confisque les petits séminaires ; on crige des lycées, où foutue sera plus travaillée encore qu “elle ne ee Ce sera bien beau ?. »
L’anxiété de cette attente était encore accrue par les manœuvres du maire de Saint-Malo : il s'était entendu déjà avec le directeur du collège de Saint-Servan, M. R., pour le mettre à la tête du collège qui devait, dans sa pensée, se substituer immédiatement à je école ecclésiastique. « Avec tout cela, continuait Féli, notre incertitude se prolonge. Tâche de nous rapporter quelque chose de définitif, car je n’aime point les longues agonies. Cette députation à M. R. montre assez l’intérêt qu'on prend à nous ; mais ne savions-nous pas bien déjà à quoi nous en tenir ? Nous sommes pour eux le pire des pis aller. S’ils nous conservent aujourd’hui, ils nous détruiront demain, c’est leur instinct3. »
Les ne he de Jean- rs n'aboutissaient pas. L’évêché s’obstinait à demander le transfert du petit séminaire à Rennes. Mais aucun des collaborateurs de lPabbé Vielle, à commencer par l’abbé Jean, n’aurait voulu consentir à cette combinaison. La lettre inédite suivante, de l'abbé Vielle à Jean-Marie de La Mennais, expose leurs sentiments à cet
égard :
Mon cher ami, nous répétons tous le même refrain : /iatvoluntas tua. Dieu soit béni ; que sa volonté soit faite. Pour moi,je trouve dans cette soumission un fonds de paix inaltérable. Qu'on nous enlève tout, qu'on nous prive absolumentdetout, on ne pourra noûs ravir le ciel, et c’est vers le ciel que tendent tous mes désirs. Je partage votre sentiment sur tout le reste. Mais ne précipitons rien. À votre retour nous nous déciderons ensemble sur le parti le plus sage à prendre. Surtout, point de translation, il nous serait impossible de faire le bien. Hàtez-vous de revenir au milieu denous. Jecrains que votreséjour à Rennes ne vous fatigue à l'excès. De grâce, ménagezvous, pourla plus grande gloire de Dieu. Qui sait ce qu'il nous réserve ? Il est si bon qu'il daignera jeter sur nous un regard propice. Il m’est si doux d’espérer en lui! redoublons donc de ferveur ! Voilà