BLAIzE, t. I, pp. 100-101, 3. ROPARTZ, pp
server au moins provisoirement à cette ville, l'établissement d’éducation qui y existe, et qui jusqu'à présent a rempli par son zèle et ses propres moyens, le vœu de tous les habitants et de tous les pères de famille de l'arrondissement {.
Mais ce succès ne prolongea que de très peu de jours l’'agonie de lécole ecclésiastique de Saint-Malo. Sa fermeture fut ordonnée en août 1812. Par un traité en date du 19 août, Jean-Marie de La Mennais prenait à sa charge toutes les dettes de la maison, moyennant l’abandon du mobihier?. Le collège ecclésiastique devenait collège communal sous la direction de M. Querret. ;
causa à Jean-Marie de La Mennais un profond chagrin, et un abattement qui put aller quelque temps jusqu’à menacer sa santé, il en fut tout autrement de Félicité. Il parait avoir accueilli plutôt avec une secrète satisfaction la disparition de - cette école à laquelle il consacrait une partie de son temps par 4 devoir, mais au prix d’un insurmontable dégoût, et de beau- - coup d’ennui. Dès 1811, ces sentiments s'étaient clairement | fait jour dans un fragment de lettre qu' il adressait de la Chenaie à son frère Jean Marie : « Je crains que cette rage de régenter, lui disait-1l, ne t’entraine au delà de tes forces. - Tu devrais prendre un peu pour toi les conseils que tu me donnais l’an dernier. Et puis le détail de l’enseignement n’est pas à beaucoup près aussi important que les travaux auxquels il oblige de renoncer, ou qu'il entrave du moins prodigieusement. Il importe fort peu à l'Eglise qu'un enfant sache un peu mieux ou un peu moins bien caleuler, mais il n’en est pas de même d’une foule de questions qui ont si grand
| A vrai dire, si l'événement contre lequel il avait tant lutté |
1. Inédit. Suite du ms. original de la lettre publiée par BLaArzE, t. I, p.117, n° 46.
2, BLarze, t, I, pp. 117-119
besoin d’être approfondies {.» Pris de ce biais les événements menaçants ne l’effraient guère ; volontiers il brusquerait les choses pour en avoir fini plus vite avec ces incertitudes qu’il déteste : en juin 1812 il écrit à Jean-Marie, à Rennes : « J’espère que nous te reverrons mardi; à tous égards, il est à désirer que ton retour soit prompt. Nous ne penchons nullement du côté de l’Inst. (l’Instruction publique) par beaucoup de motifs qu'il serait trop long d'écrire. Mieux vaut une perle cerlaine, mais qui finit tout, que de se rengager dans une carrière dont on ne sortirait peut-être pas à volonté dans un autre moment, et où les obstacles et les désagréments se multiplieraient à chaque pas: ce serait, je crois, vouloir forcer la main à la Providence, chose dont on se trouve toujours mal. Bref, ne restons point dans le piège pour conserver notre queue : je n’y tiens nullement, quant à moi?. » La queue, c'était l’enseignement des mathématiques, que Félicité laissait bien volontiers dans Le piège. Le voilà donc surtout impatient d’en finir. Dans ces conditions, il peut précher à son frère la résignation à la Providence, en toute sincérité d’ailleurs : elle semble vraiment facile au professeur sans vocation : « Que dire à tout cela, mon cher ami, si ce n’est, non sicut ego volo, sed sicut lu. On n’est jamais plus sûr d’être dans l’ordre de Dieu et d'accomplir ses volontés, que dans ces circonstances si contraires aux nôtres et si pénibles à la nature. C’est ce que me disait tout à l'heure notre bon et cher M. Vielle, qui nous charme et nous console tous par sa tranquillité et sa résignation. » Lui-même ajoute — est-ce pour délivrer son frère au moins de ce souci-là ? — «Depuis longtemps ma pauvre âme n'avait joui d'autant de paix, et je pourrais presque dire d’un si grand contentementi. »
La liberté d'esprit que cette paix lui procure est sensible dans les préoccupations qui l’animent. Certes, il n’est ni anxieux ni même sérieusement tourmenté, celui qui peut écrire, à la veille de l'événement fatal attendu : « Ménage ta santé, tu dois être bien fatigué. (C’est toujours à Jean Marie qu'il s'adresse.) Quoi qu'il arrive, il ne faut pas s’en affliger. Nous