bid., p
3. Inédit. Début omis par Blaize de la lettre #4, t. I, p.115.
Mais plutôt, que l'esprit de foi nous relève, nous console : Hæc est victoria quæ vincit mundum, fides nostra. Et qu'arrive-t-il, après tout, qui n'ait été prédit? Zn mundo pressuram habebitis ; sed confidite, ego vici mundum.… Amen, amen dico vobis, quia plorabitis, et flebitis vos, mundus aulem qgaudebit : vos autem contristabimini, sed tristilia vestra vertitur in gaudium.…. el gaudium vestrum nemo tollet a vobis. Remplissons-nous d'avance de cette sainte joie qui jaillit du sein de la tribulation, comme cette source miraculeuse que le désert vit couler, à la voix du prophète, des flancs d’une roche aride. Qu’on enlève ici-bas ! les enfants aux pères et les pères aux enfants, quoi qu’on fasse, il restera toujours aux uns et aux autres le Père commun qui est dans le ciel. Recevons de sa main le pain de chaque jour, et ne nous plaignons pas de son amertume salutaire.. Dans le Nouveau Monde on voit avec Joie naître et s’élever des Églises nouvelles ; notre partage à nous est d'assister au lit de mort une chrétienté expirante, d’être témoins de ses angoisses, et de mêler douloureusement nos sueurs aux sueurs stériles et glacées de sa dernière agonie?. » Le grand écrivain religieux est visible déjà dans cette page etsurtout dans les dernières lignes. Mais cette allégresse dans une douleur capable de s’observer et de se chanter ainsi, d’où vient-elle ? L'inspiration est celle — qu'on me pardonne le blasphème, car, en vérité, rien n’est plus exact — elle est celle-là même qui tout à l’heure dictait la liste des objets de ménage propres à passer du petit séminaire dans la cuisine dela Chenaie. La clef, la commune clef de tous ces passages, est la vocation littéraire de Félicité : délivré de la tâche obsédante et si fastidieuse qu'il s’était imposée, il s’enchante lui-même en songeant à l'existence qu'il rêve, à cette vie toute consacrée aux travaux de lesprit, qu'il pourra désormais, croit-il, vivre avec son cher Jean-Marie. Car ce qu'il goûte surtout dans le fâcheux événement qui lui arrache de si harmronieuses plaintes et qui le trouve à la fois si pratique et si résigné, c'est qu'il va forcément ramener au bercail monsieur le régent, le trop actif et trop entreprenant abbé Jean : « Je vois avec plaisir que tes embarras diminuent un peu, écrit-1l
1. Ce mot omis par Blaize est dans le texte original: 2. BLAIZE, t. I, pp. 121-122;
à ce frère, à ce conseiller, à ce directeur, à cet ami, à ce
collaborateur tendrement aimé, et que nos affaires s’arran-
geront au mieux possible. Il faut en remercier le bon Dieu pe semble écarter tous les obstacles à l'exécution de nos
desseins, el nous conduire comme par la main au genre de. ‘vie le plus conforme à nos goûts, el aussi, je crois, le plus
analogue à notre vocation. Aussitôt. que ta santé se sera
raffermie par le repos du corps et la tranquillité d’ esprit, il
faudra reprendre notre travail, et le poursuivre avec cette
persévérance sans laquelle rien ne s’achève. C’est là désor-
mais notre ministère ; tâächons de l’exercer avec fidélité, en
conscience, et de mon côté, avec un sentiment d’humilité,
de sentir que je ne suis bon qu'à cela, qui est si peu de
chose !. » Ce travail était la Tradition de l'Église sur l’Ins-
lilution des Évêques, qu’à dater de cette époque les deux frères remirent sur le chantier ; et du coup Félicité se trouva
momentanément guéri.