LA « TRADITION DE L'ÉGLISE SUR L'INSTITUTION DES ÉVÊQUES
I. Les remaniements du manuscrit de 1811 : la critique de Jean-Marie et la docilité de Féli. — II, La signification de l'ouvrage : ce qu'il doit à Saint-Sulpice, à Bossuet, à Bonald. — III. Comment il dépasse les positions théologiques de Bossuet.
Jean-Marie reprend done le manuscrit de la Tradition vers la fin de 1812, et, à la première rédaction de son frère, il ajoute des notes très nombreuses, que Féli, au cours d’une seconde et définitive rédaction, incorporera au texte de leur ouvrage. Ce sont des extraits de Thomassin, de Hallier, du P. Dumesnil, de Bossuet, de Dupin, qui viennent compléter, enrichir l’argumentation déjà mise en œuvre. La comparaison du manuscrit dont les marges sont chargées de ces notes de l'abbé Jean, .et du premier volume imprimé, montre avec quelle exacte fidélité Féli s’est attaché à utiliser tous les matériaux que lui fournissait son aîné.
Celui-ci ne se borne pas du reste à ces multiples additions; il se livre en même temps à un travail critique sur la première rédaction de son frère. Les traces en sont curieuses à recueillir ; elles montrent combien Féli savait être docile aux conseils de son collaborateur. Pas une de ces observations de Jean-Marie qui n’ait eu son entier effet. Par exemple,
à la page 33 du manuscrit, le rédacteur avait écrit à propos du pape Nicolas If: « Quoi done? ignorait-il que saint Jean fonda l'Église d’E Rte saint Paul celle de Corinthe, et ainsi des autres Apôtres ? Qui l’oseroit supposer dans ce si savant Pape? » L'abbé Jean met en note : « Saint Jean ne et point l'Église d'Éphèse, mais plusieurs églises d'Asiel. » Et voilà pourquoi le texte définitif est ainsi modifié : « us donc ? ignoroit-il que saint Jean fonda plusieurs Églises en Asie, ete...? » Un peu plus loin, Féli montre que tous les Grecs contemporains de Théodoret partageaient sa manière de voir favorable aux droits du Pontile romain, en sorte que, si l’on considère qu’une pareille attitude a son principe dans des préjugés, € il faudra dire encore que les mêmes préventions étaient partagées par tous les Grecs de ce temps et des siècles postérieurs ». Jean- Marie fait cette remarque : « avant le schisme, car il se irouve dans la collection de Photius et de Zonaras. Vid.
. P. Alex. hist. sae, V, Dissert, xv, art. 3%». Aussi lisons-
- nous maintenant : Gil faudra dire encore que les mêmes
… préjugés étaient partagés par tous les Grecs de ce temps
- ut des siècles postérieurs, de ceux du moins qui ont précédé le schisme #.., »
Citant à propos d’un texte d’Hinemar un jugement de Tho-
massin, Féli ajoute cette remarque entre parenthèses ; l’autographe ne füt-l pas là, on n’y saurait méconnaître sa griffe: « Qu'on accorde ce principe, on avoue, par une conséquence immédiate et nécessaire, le droit des Papes sur l'institution des évêques ; qu’on le nie, on cesse à l'instant - même d’être catholique. » Jean-Marie n’est pas l’homme de + ces jugements catégoriques, qui poussent d’un seul coup tous les gallicans hors du catholicisme ; il observe done, prudemment : : « Je ne sais si ce qui est ici entre deux parenthèses
—…. sera bien compris ?. » Féli efface aussitôt ces quelques lignes.
Ailleurs, c’est un fragment assez long qu'une observation
… de Jean-Marie fait tomber. Félicité avait écrit :
« II. — Vers le milieu du troisième siècle, saint Denys,
. Inédit.
: a de PÉglise sur l'Instilution des Évêques, t, I, p.14. ; p. 42. Inédit.
ë Fe t-11:2p.°29;
. Inédit., ms., p. 51. Tradilion, t. 1, p. 46.
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évêque d'Alexandrie, s’élève contre les Évêques de la Pentapole, qui étoient infectés des erreurs de Sabellius. Ceux-e1 reconnaissant le Pape pour le Juge suprème des Pasteurs, aceusèrent à leur tour l’évêque d'Alexandrie, et le citèrent devant saint Denys, qui occupoit alors le siège de Rome. Loin de récuser ce tribunal et d’invoquer les prérogatives de son propre siège pour se soustraire à lhumiliation d’une apologie, l’illustre accusé obéit sans hésiter aux ordres du Pape, qui lui ordonna de rendre compte de sa foi, et il se justifia pleinement. C’est saint Athanase qui nous apprend ce fait remarquable, d’où nous pouvons conclure que toutes les Églises, sans distinction, étoient soumises dès l’origine à la juridiction des Pontifes romains !. »
Jean-Marie note en marge: « Je pense qu'il faut retrancher le fait de saint Denys, n. IT?. »
Les lignes qui précèdent ont en effet disparu à l’impres-
sion. Nous sommes ici en face de pages entièrement rema-.
niées à la seconde rédaction, d’après des notes de lPabbé Jean. Après avoir cité un passage de Clément d'Alexandrie, mentionné par Eusèbe, et commenté ce texte en des termes qui sont presque textuellement reproduits dans la rédaction définitive 3, Jean-Marie avait jeté cette indication: « Zci on eæpliquera ce qui regarde la puissance extraordinaire des Apôlres!. » Et, de fait, son frère a consacré dans sa rédaction définitive, telle que nous la retrouvons dans limprimé, plusieurs pages à l’explication. demandée ?.
Voici encore un exemple de la docilité de Féli ; il vient de citer une lettre des Pères du concile de Constantinople au pape Damase pour le prier de confirmer l'élection de Nectaire : « Ainsi, ajoute-t-il en commentaire, c’est de la piété, c’est de la charilé du Pape, que les Pères de Constantinople attendent la confirmation de ce qu’ils ont fait pour le bien commun. Et que voudroit dire cette prière qu'ils adressent au Pontife Romain, de ne point préférer à l'édification des églises sa bienveillance particulière pour quelqu'un, s’ils n’avoient pas été convaincus qu’il pouvoit, de sa pleine