‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 255 sur 504 · Ms., p.130 et Trad., t. I, pp · texte numérisé non relu

Ms., p.130 et Trad., t. I, pp

mais non moins instructive à remplir: c’est de déterminer

quel progrès d'idées marque apparemment cet ouvrage. Or, les deux frères n’en ont fait nul mystère; la Tradition de l'Église sur l’Institution des Évêques manifeste clairement deux faits en apparence contradictoires : les auteurs sy appuient sur l’enseignement de'Saint-Sulpice, sur Bossuet et sur Bonald. Mais ils dépassent déja même ce gallicanisme très avancé, et comme orienté vers l’ultramontanisme par les événements contemporains, note dominante de Saint- Sulpice à l’époque où ils composaient leur ouvrage; en sorte qu'avec toutes les formes de la politesse et du respect, ces Jeunes précurseurs, au nom de l’unité, de linfaillibilité du Saint-Siège, se voient obligés de marquer ce qui les sépare de Saint-Sulpice, Bossuet et Bonald, et d'attaquer par conséquent ceux-là mêmes dont ils s’autorisent.

Et c’est par quoi la Tradition marque un progrès sur les Réflexions. Ce progrès se manifeste d’abord par une intelligence plus claire et plus complète du point de vue auquel les auteurs se tenaient alors et qu'ils dépassent à présent. C’est la fradition qu'ils invoquent, mais non point une tradition aveugle et qui ne porterait pas en elle-même sa justification. Leur méthode est historique, elle prouve le droit par le fait, parce que tous les droits ici découlent du fait de l’institution divine; mais n’allons pas nous y tromper : le fait de l'institution divine apporte sa raison qu'un exposé lucide et complet doit progressivement dégager. Il y a donc une raison dans la tradition: comme Bonald et comme Bossuet ils s'appliquent à la mettre en lumière. [ls pensent comme eux qu’au besoin la raison peut suppléer la tradition qui lexprime. Sans doute, écrivent-ils, les monuments anciens sont rares, les écrits se per daient aisément, les persécutions inter rompaient souvent la correspondance entre les Églises; et pourtant, dès l’époque la plus reculée « on retrouve des traces si profondes de l’autorité des successeurs de saint Pierre qu il serait moins aisé de la nier, que de nier l’Église elle-même. Car, et l’on ne sauroit se trop pénétrer de cette vérité, la force des preuves, dans ce qui tient aux fondemens de l’ordre spirituel, ne dépend pas tant du nombre des textes et de la multitude des faits, que de leur liaison avec les grandes maximes et les principes invariables du gouvernement de l’Église, par lesquels tout

se décideroit au fond, quand on manqueroit d'exemples, et que la tradition serait muette. » La raison suppléera la tradition dans ses lacunes ou ses défaillances : « Il y a dans toute législation une idée première, un esprit général qu’il importe de bien connaître, parce qu'il aide singulièrement à résoudre les questions auxquelles cette législation peut donner lieu ?, » Quelles clartés ne jette pas sur le coursentier des faits une raison qui, formée par la tradition, en porte le sens avec elle! C’est la méthode de Bonald ; on la rappelle, on la décrit, on la met en œuvre ici : « L'histoire de l’Église et de sa discipline n’est qu’un chaos de contradictions, un amas informe de faits incohérents, un obscur labyrinthe où les plus doctes s’égarent bientôt, quand ils n’ont pas dès le commencement saisi d’une main ferme le flambeau qui doit les éclairer au milieu de ces ténèbres, c’est-à-dire, lorsqu'ils n'ont pas Conçu, où qu'ils n’ont conçu qu'imparfaitement les principes généraux du gouvernement de l'Eglise. Ces principes sont la clef de toutes les difficultés, et le meilleur commentaire des monumens, parce que n'étant ni arbitraires ni variables, ils ont dû toujours être et ont en effet toujours été la base de la police ecclésiastique dans ses développemens progressifs, et dans les changemens nécessaires qué les siècles en s’écoulant lui ont fait éprouver. Placez en tête de l'histoire ces grandes maximes, tout s’éclaircit, tout s’enchaîne: les faits, jusqu'alors épars et sans liaison, viennent se ranger autour de ce centre commun dans un ordre également simple et magnifique; les détails épineux où se perdoit une critique étroite, les contrariétés apparentes qui la désoloient, s’évanouissent; et, dans ce majestueux ensemble d’événemens si divers, de combats, de triomphes, et quelquelois de catastrophes terribles, on reconnoit l'œuvre de Dieu, qui s’avance glorieusement à travers les temps, qu'elle laissera derrière elle comme un point imperceptible, en entrant dans l'éternité où elle recevra sa pleine et entière perfection?. »

La théorie, ee fil directeur de l’histoire, doit être à l'épreuve de « la tradition, écueil éternel de tous les systèmes qui n'ont pas la vérité pour fondement! ». « Après avoir développé

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