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à jamais mémorable de trente millions de souverains Jour nellement égorgés au nom de leur souveraineté. Espérons que cette leçon ne sera pas perdue; car c’est surtout en observant les suites de l'erreur qu’on apprend à aimer la vérité !. » On a reconnu dans le parallèle entre la démocratie politique et religieuse, entre les effets de l’une et les conséquences de lautre, un thème aussi familier à Bonald que celui des analogies entre la constitution politique et la constitution religieuse, dont il n’est, à vrai dire, que le corollaire ?. Il le devait à Bossuet, qui l’avait mis en lumière dans l'Histoire des Variations, dans la polémique avec Claude et dans l’Oraison funèbre de Henriette de France; Féli l’a recueilli dans ces ouvrages, en même temps que chez Bonald, et c’est leur commune pensée qu'il résume quand, parlant « du système qui place le pouvoir des clefs dans le corps entier dés fidèles, hérésie déjà plusieurs fois proscrite, etqui ne laisse pas néanmoins de se reproduire dans des écoles qui ne sont pas, ou qui feignent de ne pas être celles de Luther et de Calvin », il flétrit avec énergie « une doctrine si féconde en conséquences terribles, et qu'on pourroit justement appeler le code des révolutions # ». Il invoque en effet Bossuet à l’appui de cette opinion: « On ne s’étonnera point, dit-il, que les rélormateurs du seizième siècle, dans leur haine pour l'Eglise romaine, aient feint d’embrasser avec chaleur la cause des Rois, en les alarmant sur de vieilles prétentions presque oubliées, et que les Papes même sembloient avoir condamnées au silence. Il est curieux de les entendre vanter d’un ton triomphant leur fidélité envers le Prince, et leur zèle pour ses intérêts, dans le même temps où ils posoient les principes de “rébellion qu’ils ne tardèrent pas à mettre en pratique. » Et il cite un passage de la Défense de l'Hisloire des Variations, n. 55, dans lequel Bossuet met hautement en lumière cette vérité que les princes devraient méditer: « S'il falloit, déclare Bossuet, comparer les deux sentimens, celui qui soumet le temporel des souverains aux Papes, et celui qui le soumet au peuple; ce dernier parti où la fureur, où le caprice, où l'ignorance et l’emportement dominent le plus, seroitaussi
. Trad., t. I, pp. 73-75.
Cf., p. ex. Théorie du Pouvoir, &. Il, 1. VI, chap. 1, pp. 301-304 et 306. . Trad, t. l; Introd:, p. Lu-cui.
. Ibid., pp. LXXVIH-LXXvVIN.
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sans hésiter le plus à craindre. L'expérience a fait voir la vérité de ce sentiment, et notre âge seul a montré, parmi ceux qui ont abandonné les Souverains aux cruelles bizarreries de la multitude, plus d'exemples et plus tragiques contre la personne et la puissance des Rois, qu'on n’en trouve durant six à sept cents ans parmi les peuples qui en ce point ont reconnu le pouvoir de Rome. » « Si, ajoute Félicité, les protestations hypocrites des chefs de la Réforme séduisirent d’abord quelques Princes, ils durent-être en effet bientôt désabusés, lorsqu’à la lueur des flammes et du glaive, ils lurent écrit en lettres de sang sur les étendards dela secte le dogme de la souveraineté du peuple. »
Aussi est-ce encore Bossuet qu’il invoque dans l’Æistoire des Variations et dans la Seconde instruction sur les promesses de l'Église, contre la tendance des princes à soumettre le spirituel au temporel, montrant avec lui que « vouloir rendre la puissance des Pasteurs dépendante dans son exercice et ses fonctions de la puissance temporelle, c’est une étrange nouveauté qui ouvre la porte à toutes les autres?». Cette démonstration de Bossuet à laquelle Bonald avait
donné une rigueur toute philosophique et dogmatique dans
ses écrits, l’auteur de la Tradition la présente de nouveau sous une forme vivante, appropriée aux circonstances et aux besoins des temps. « On ne porte pas un coup, dit-il, à la puissance des Papes, qui ne retombe sur celle des Rois 3. » Et, s'inspirant de Bonald et de Bossuet, il en fournit une démonstration applicable au gouvernement impérial ; 11 montre que si ce pouvoir est fort, un prince faible peut lui succéder; que, si l’obéissance des sujets n’est fondée sur le droit divin, il ne lui reste que la violence qui prépare les révolutions, puisque le peuple se croit en droit de secouer le joug qu'il subit, pourvu qu’il en ait la force: « Le pouvoir du peuple est l’idole qu’on élève sur les débris du sceptre et de a crosse
pontificale. Si les vicaires de Jésus-Christ, déchus de leur
primauté divine, deviennent les chefs ministériels de l'Église qui leur confie exercice des clefs, les Princes à leur tour ne sont plus les oints du Seigneur, mais les avoués de leurs sujets ; leur puissance ne vient plus de Dieu, mais du