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CHAPITRE IX

LA « TRADITION DE L'ÉGLISE SUR L'INSTITUTION DES ÉVÊQUES » (suile) (1812-1814)

I. Comment l’ouvrage dépasse les positions de Bonald et celles de Saint- Sulpice : hostilité croissante contre Napoléon. — II. L'impression de la Tradition. — III. Echec de l'ouvrage. ;

Si Félicité de La Mennais dépasse dans la Tradition de l'Église sur l’Institution des Évêques les positions adoptées par Bossuet, il dépasse aussi Bonald. Sans doute lorsqu'il a, comme nous P avons vu !, comparé la constitution de l’Église à la constitution monarchique, il n’a fait que résumer la doctrine si fortement développée par Bonald dans la Théorie du Pouvoir politique et religieux dans la société civile. Mais ce parallèle comme lPavait conçu Bonald était encore gallican; il n’assurait pas d’une façon suffisante, aux yeux de Félicité de La Mennais, la suprématie, l’indéfectibilité, la souveraine et incomparable autorité du Saint-Siège, son immuable et incorruptible unité. Et c’est pourquoi Félicité croit devoir | marquer nettement dans quelle mesure assez étroite cette comparaison lui paraît acceptable; il se sépare ici de Bonald, et de la façon la plus claire, pour s’élancer hardiment dans :

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la voie ultramontaine : « L'Église, écrit-il, est une monarchie; c’est-à-dire que, de toutes les formes de gouvernement humain, le monarchique est celui dont elle se rapproche le plus; car la différence des fins de la société religieuse et de la société civile en met nécessairement une très grande dans | la police de ces deux sociétés, quelle que soit d’ailleurs leur | ressemblance. Ainsi, sans parler de l’ordre de la succession, | dans la monarchie politique le monarque ne Juge point, tandis | qu'au contraire il est le suprême juge dans la monarchie Spirituelle. On doit done se garder de trop presser une compa- ! raison qui commence à devenir dangereuse au point précis où elle cesse d’être juste!. » On ne saurait signaler plus finement les dangers que pouvait entraîner une application trop rigoureuse des principes de la Théorie du Pouvoir. Ce parallèle entre l’Église et la constitution politique de l’ancienne France s’accordait trop avec la fameuse déclaration de 1682 pour que les circonstances ne missent pas Félicité sur ces gardes : l'Eglise existe à ses veux « par la force même de sa constitution à qui l’on ne sauroit rien comparer? ».

Du coup la Tradition dépassera aussi le Saint-Sulpice de 1810, celui du cours de M. Boyer, dont la prudence gallicane est loin de satisfaire les deux frères et leur entourage. Le professeur de théologie de Saint-Sulpice parait visé dans les lignes qui suivent : «Où prend-on communément les premières notions de théologie ? Dans l’Écriture ? dans les monuments de la tradition ? Nullement : et en effet, cette route, à cause de sa longueur, serait le plus souvent impraticable, Un professeur met entre les mains de ses élèves des cahiers où les questions les plus délicates, décidées hardiment suivant les Opinions de l’auteur, sont présentées de la manière la plus propre à juslier ces mêmes opinions. Des citations abrégées, dégagées du contexte, forment le corps des preuves, et à leur suite marchent en triomphe les conclusions facilement déduites des prémisses. Nulles vues générales, nul enchainement, nul ensemble; rien de ce qui attache vivement l'esprit, le nourrit, l’avertit de ses forces et lui donne le désir de les éprouver. Après un cours de cette espèce, on peut savoir des thèses, mais

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