‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 276 sur 504 · Ibid., pp · texte numérisé non relu

Ibid., pp

Et cependant, on accusera peut-être de nouveauté, d’ultra- montanisme, celui qui défend les véritables principes catho- Jiques sur la souveraineté: « Il est bien étrange que ce qui étoit ancien dans le quatrième siècle soit nouveau dans le dix-neuvième ! Grâce à Dieu, la tradition subsiste pour confondre les véritables novateurs: sa voix, que la violence ne sauroit longtemps étouffer, s’élèvera tôt ou tard au-dessus des clameurs de l’esprit de parti, et fera taire sur son trône même le despotisme persécuteur, qui se délasse des proscriptions en dictant à quelques serviles Prélats une théologie sacrilège{. » |

On le voit, à mesure que pälit la fortune de Napoléon, le ton du polémiste s’enhardit et s’élève. Félicité lui déclare ouvertement la guerre dans un parallèle virulent entre lui et Valentinien. Ce dernier, dans un édit, considérait toute « atteinte » à l’autorité du Saint-Siège « comme une violation de la majesté de l’Empire ». L'auteur de la Tradition l’approuve ; car, dit-il, « l’orgueil qui se révolte contre la houlette d’un Pontife ne s’abaissera pas longtems sous le sceptre d’un Monarque ».

Ces réflexions sont de tous les temps : mais l'édit impérial qui nous les à suggérées nous intéresse encore par les rapprochemens qu'il fournit dans les circonstances présentes. On ne sauroit y reconnoître les sentimens et le langage d’un Empereur chrétien, qu’aussitôt, par un pénible retour sur les événemens dont nous sommes témoins, on ne se rappelle les discours, les maximes et les forfaits d’un Empereur athée.

Valentinien déclare que la protection de Dieu est le seul appui de l'empire. Napoléon proclame son épée le dieu des Français.

Valentinien, plein d'amour pour notre vénérable religion, proteste de son attachement à la foi chrétienne. Napoléon n’a de foi que dans la force, etemploie toute la sienne pour renverser la religion de ses pères.

Valentinien prend la défense du Siège apostolique contre quiconque oseroit attenter à son autorité. Napoléon revendique cette autorité comme un attribut de la couronne que le Pape lui mit sur la tête. Ilarrache de son siège le Souverain Pontife, le traîne inhumainement de prison en prison, disperse le Sacré Collège, et tient au secret le successeur de saint Pierre, comme on sépare un brigand de ses complices, pour en tirer plus aisément les aveux qui le convaincront. F

Valentinien ne songe qu’à procurer aux Églises une paix inalté-

PEPrad ur p18£;

rable, en les portant à se soumettre à leur chef. Napoléon les presse de se constituer en état de guerre contre ce chef, en abjurant l’obéissance qu'elles lui doivent . La séduction, la ruse, la violence sont mises tour à tour en usage pour forcer les Évêques au parjure : on leur fait dire ce qu'ils n’ont point dit, écrire ce qu'ils n’ont point écrit, et pour la première fois on voit un monarque s’abaisser sans rougir jusqu’à l’indigne rôle de faussaire.

Valentinien publie que la sentence du Pontife romain n’a pas besoin de sanction pour être exécutée dans les Gaules. Napoléon condamne à mort ceux qui serontitrou vés saisis d’une sentence de Pie VII, adressée au chapitre d'une ville d'Italie.

Valentinien défend aux Évêques des Gaules et des autres pro-

vinces de rien innover contre l’ancienne coutume, sans l’autorité du Pape. Napoléon assemble les Évêques de son empire, et leur commande d’abroger l’ancienne coutume, pour établir, contre la volonté expresse du Pape, une discipline nouvelle, inouïe, destructive des lois de l’Église et de la primauté de son chef. Quelques lâches Prélats se déshonorent sans fruit en servant ses desseins. Le plus grand nombre des Évêques résiste, et, stupidement atroce, il les punit de leur fidélité qui est sa sauvegarde. C’en est assez : l'Histoire dira le restei.

Il est peu vraisemblable que Félicité ait écrit le passage qu'on vient de lire même en 1812, en un temps où la pro-

spérité déclinante de l’Empire semblait encore telle que Lx

publication en düt être non seulement dangereuse, mais impossible. On devra remarquer aussi que le ton de ces pages est en contradiction avec les intentions nettement déclarées de l’/ntroduction. Si de nombreux passages y accusent, comme nous l'avons montré, l'intention de prouver à Napoléon que son véritable intérêt est conforme à celui de l'Eglise, des pages comme celle qu’on va lire, dans un ouvrage écrit par des prètres, ne pouvaient certes pas le convaincre de renoncer à son désir de domestiquer le clergé ; il s’agit de l'Espagne :

Fière et généreuse nation, qui seule, dans l’abject asservissement de l'Europe, as montré l'énergie de l'honneur, tes infortunes passées nous rappellent tes malheurs présens, et grâce à Dieu nous y trouvons aussi le présage de ton triomphe! Tu reposois tranquille à l’ombre du trône des Alfonses et des fils de saint Louis : satisfaite de ton antique renommée, sans désir comme sans crainte, tu jouissais noblement d’une gloire noblement acquise, quand tout à coup le génie de l’extermination a porté dans ton sein

Page 1