Trad., t. II, pp
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une guerre impie, exécrable. Tu as vu ravager tes villes, tes hameaux, tes chaumières, brûler tes temples, égorger tes prêtres,
massacrer tes femmes, tes vieillards, tes enfants qui connoissoient
à peine la vie : pleure ces victimes chères et sacrées, pleure, mais espère : ce sont autant de soldats qui combattent pour toi dans le ciel ! L’aigle du moderne Attila est plus terrible mille fois que le croissant des Sarrasins : cependant, n’en doute pas, tu vaincras l'un, comme tes pères ont vaincu l’autre. C’est la cause de l’humanité que tu défends contre le fléau de Dieu et des hommes : tu ne succomberas point dans cette lutte sainte, où tu te présentes armée de la croix qui a sauvé le monde ! Peuple magnanime ! rejette loin de toi l’affreux joug qui pèse sur la France désolée, sur cette France jadis si heureuse, et maintenant le royaume des douleurs; lamentable région, où l’on ne possède que pour être dépouillé, où les mères ne sont fécondes que pour assouvir le glaive, où dans un silence éternel, on n'entend que la voix du despote, qui commande de décimer un troupeau de quarante millions d’esclaves. Nouveau Néron, s’il nous force à descendre contre toi dans l’arène, ne crains pas qu'il nous rende jamais complices de sa fureur. Nos bras te peuvent frapper, parce qu'ils ne sont plus à nous : enchaînés, étouffés dans de triples liens de fer, sans mouvement que celui qu'on nous imprime, le tyran, dans ses jeux atroces, nous lance comme une balle d'une extrémité de l’Europe à l’autre : nos lèvres mêmes sont flétries du sceau de la servitude ; il ne nous reste rien de libre que le cœur, qui palpite d’admiration pour ton sublime dévouement, gémit des revers qui éprouvent ton courage sans
lasser ta constance, et se nourrit en secret de l’espoir de ton
triomphe, que le ciel ne retarde sans doute que pour le rendre plus éclatant, plus digne de lui et de toi; et que savons-nous ? peut-être pour le faire concourir avec le triomphe de la société tout entière, et la délivrance du genre humain.
À ce moment si désiré et si profondément caché encore dans les conseils du Très-Haut, l'Église aussi quittera ses vêtements de deuil : le peuple fidèle, muet aujourd’hui sous la domination de l'étranger, reprendra ses harpes suspendues aux saules de l’Euphrate, et, dans les transports de sa joie, chantera les victoires pacifiques du Pontife immortel, qui n’honore pas moins la tiare par ses souffrances que par ses vertus. Pour nous, encouragés par un si grand exemple, nous continuerons de défendre, sous l'épée de la persécution, les droits du premier siège que la violence ébranle, et que la lâcheté trahit : heureux, si, pour récompense de nos faibles travaux, nous pouvions sceller de notre sang la sainte doctrine dont nous rassemblons les monumens!.
Nous n’aurions pas cité ce long morceau tout entier, s’il ne prenait, du fait des événements mêmes qu'il rappelle,
une importance toute spéciale dans l’histoire psychologique