‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 289 sur 504 · Ibid., pp · texte numérisé non relu

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de cet ordre-là, j'aurais affaire à de trop dures têtes !. »

C’est en vain que des louanges très flatteuses sont communiquées à l’auteur; elles le rassérènent uninstant, mais ne sauraient suppléer à la vente de l'ouvrage : « L’évêque de Carcassonne écrit à Girard qu'il y a dans la Tradition des choses qui étonneront beaucoup de gens, et que cet ouvrage sera sûrement bientôt traduit en italien; il n’avait lu encore que le premier volume. Il en paraît très content. On marque : de Rome que la légation attendait impatiemment nos livres ?. »

Trois jours après, le 31 octobre, Félicité renaît à l’espoir : € Girard reçut hier une lettre de l’archevêque de Bordeaux ; il m'en lut ces mots: « J’ai commencé à lire la Tra- « dition; j'en suis grandement satisfait. Picot annonce quel- « ques mots de critique; nous verrons. » D’après ce que je vois, cet ouvrage aura une influence étonnante : il changera l'opinion du clergé3. » Mais voilà qui vaut mieux encore: la contradiction tant attendue va surgir: « Je sors de chez M. Garnier, que je n’ai pas vu deux minutes, écrit Féli le 10 novembre; il m’a appris qu’on se préparoit à nous attaquer, j'ignore qui; on nous reproche d’avoir tronqué des passages et de les avoir mal appliqués. M. Garnier a répondu qu'il ne suffisoit pas de le dire, qu'il falloit le prouver. C’est assez raisonnable. J'attends la censure impatiemment, elle me réveillera. Depuis que je n'ai plus Tabaraud pour m’'amuser, je ne fais que languir. J’avois besoin d’un peu de mouvement; Dieu garde de mal celui qui veut bien venir à mon secours en cette occasion, et contribuer à mes menus plaisirsé. » L'idée d’une polémique, d’une bataille de plume à livrer enchante notre belliqueux apologiste. En même temps, il recueille des approbations très encourageantes et autorisées; Guy Marie de Place, le défenseur des Martyrs de Chateaubriand, l’ami de Ballanche et d'Ampère, le conseiller de J. de Maistre et le futur éditeur du Pape, qui vient de publier une retentissante brochure sur les attentats de Napoléon contre l'Eglise, la Persécution de l’Église sous Buonaparte, écrit à Rusand° «qu'il est extrêmement satisfait

. BLAIZE, 1. I, p. 181.

. Ibid., p. 188.

. Ibid., pp. 190-191.

. Ibid., p. 195.

. Libraire, successeur de Girard qui venait de mourir.

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de la « Tradition », et qu'il est bien à souhaiter que le clergé lise cet ouvrage qui doit faire beaucoup de bien. Seulement, il y désirerait plus de précision, une table dés matières, et

: une récapitulation à la Hint. »

Mais la polémique annoncée ne vient pas, et la mort du libraire Girard compromet davantage encore le destin d’un ouvrage assez mal parti: « J’espère toujours que la Tradi-

. lion s’en ira peu à peu et de main en main, ce qui vaut

mieux que de bouche en bouche ?. » C’est du reste un espoir bien découragé : « Je n’ai de courage à rien, le siècle est

- trop sot. Et puis, une nouvelle culbute me paraît tellement

inévitable, qu'il me paraît plus prudent de faire son paquet

que de faire des livres ?. »

En réalité, l’échec# était dû à la situation même sur laquelle Féli fondait naïvement ses espoirs de succès. L’ultramontanisme n'avait été, dans la plus grande partie du clergé éclairé à la fin du premier Empire, qu'un moyen d'opposition à l’Empereur et de résistance à ses volontés tyranniques. L'Empire tombé, ce n’était pas seulement le retour d’exil des prélats d’ancien régime, imbus des maximes gallicanes, qui devait fortifier le gallicanisme ; c'était la disposition générale du clergé dont les tendances ultramontaines avaient été accentuées par les événements,

bien plus que déterminées par des réflexions et des convic-

tions personnelles; on peut dire qu'entre 1809 et 1814, c’est Napoléon dont la politique religieuse assurait les progrès

continus de l’ultramontanisme : la Tradition même, nous Pavons vu, n’a point eu d’autre origine. Il en résultait que parmi les prêtres mêmes qui continuaient, après la chute de l'Empire, à éprouver quelque sympathie pour les doctrines ultramontaines, la lassitude générale et surtout le sentiment qu'il convenait de faire crédit à la monar-

- chie restaurée, produisaient cet effet certain de voiler,

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