‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 318 sur 504 · Inédit. Paris, 3 août · texte numérisé non relu

Inédit. Paris, 3 août

faction. Il à écrit sur la liberté de la presse un article peu digne de luit. Comment ne voit-il pas que la restreindre, c’est la réserver aux seuls Jacobins ? Mais surtout, il est encore trop près du gallicanisme, ainsi qu’en témoignent ses articles du Mercure sur la Vie de Bossuet: «11 m’a pris fantaisie de me plaindre à M. de Bonald de l’universalité des louanges qu'il prodigue à la vie de Bossuet. Je ne saurais digérer 1682 ; c’est là-dessus que portent mes observations. Il ne répondra pas, mais il entendra. Ses principes le forcent à dire amen intérieurement, et pour peu qu’il veuille regarder devant lui, il verra ce redoutable spectre d’infaillibilité, tout vivant, tout puissant, étendant ses inévitables bras pour l’embrasser?. » Aïnsi, c’est toujours à l’infaillibilité qu’il en revient, toujours à l’ultramontanisme. Le spectacle politique qui se développe sous ses yeux ne fait qu'enraciner ses idées davantage: et c’est pourquoi, malgré la chute de Napoléon, malgré le retour des Bourbons, les articles qu'il va publier ne seront que la monnaie de la Tradilion de l'Eglise sur l’Instilution des

Evéques.

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L'on ne saurait s’en étonner. Par sa famille, il n’appartient nullement à une tradition de loyalisme monarchique sans condition. Son milieu, avant la Révolution, était un milieu libéral, imbu des idées nouvelles, et sans dépasser comme position extrême les premiers mois de 1792, adversaire de toutes les ingérences du pouvoir politique et civil dans le domaine privé. Si son père avait, dans sa sphère, participé à l'administration sous l’ancien régime, c’était, dans une grande mesure, en vue d'utiliser ses fonctions au mieux des intérêts du libéralisme économique tel que l’avait conçu Turgot, et qui étaient ceux du haut commerce malouin. En un mot, Félicité de La Mennais sort d’une famille dans laquelle on a toujours senti le besoin de fortes garanties contre le despotisme auquel tend naturellement la puissance civile. Détrompé

* Bart Vo ACTE ULTRAMONTANISME ET RESTAURATION 4173

aujourd’hui dans le pouvoir moral le plus élevé , le plus fort aussi qu'il connaisse, celui vers lequel les épreuves que nous avons rapportées l'ont progressivement ramené.

C’est dans cet esprit ultramontain, si différent de celui qui

avait dicté leur publication en 1809, que Félicité de La Men-

nais remet aû Jour, dès le mois d° avril 1814, ces Réflexions sur l'état de l'Église en France au dix- huitième “siècle el

sur sa situation actuelle! dont il avait dû prudemment sus-.

pendre la vente au mois d'août, cinq années plus tôt. Il ne les remet pas en vente dans leur texte primitif intégral. Ce sont bien les exemplaires mêmes publiés en 18092, mais les louanges prodiguées à Napoléon disparaissent, et sont remplacées par des pages nouvelles. Ceux qui les premiers ont signalé cette substitution, et ceux qui, depuis, en ont parlé, ont attaché surtout de l'importance aux passages supprimés; on s’est demañdé s1 Félicité avait eu tort ou raison d’altérer ainsi son texte primitif, surtout en déclarant dans un court avertissement qu'il n'avait rien ajouté à l'ouvrage. La question ainsi posée pouvait offrir, du vivant de La Mennais, un intérêt polémique; elle n’en offre plus guère aujourd’hui, et lon ne saurait contester raisonnablement à un auteur le droit de présenter au public son ouvrage dans le jour qui lui paraît le plus favorable. Ce qui mérite véritablement de fixer l’intérét, ce n’est donc pas l'éloge de Napoléon retranché par Félicité ; ce sont les pages qu 5L lui a substituées. En 1809, les auteurs des Réflexions louaient à la fois le Pape et l Empereur d’avoir rétabli « l'Église gallicane dans son antique splendeur ».

1. Réflexions sur l'état de l'Église en France pendant le XVIIIe siècle et sur sa siluation acluelle. Édition corrigée. A Paris, à la Société typographique, place Saint-Sulpice, n° 6, 1814.

2. La note suivante est imprimée en italiques avant l'Avertissement :

« Nora. — Cet écrit imprimé en 1809 vit à peine le jour qu'il fut saisi per ordre du Gouvernement. Les exemplaires viennent d'être restitués,

l'arrivée du Ror TRÈS CHRÉTIEN,-eL nous nous empressons de faire A -

raître cet Opuscule sous des auspices si favorables à l Église de Jésus- CHRIST.

« Ceci n’est pas, comme on voit, une nouvelle édition, quoique le frontispice semble l’annoncer ; on a seulement fait, avec le secours des cartons, deux corrections indispensables : il est même utile, en lisant ces

LAPnoRs, de se reporter au temps où elles furentimprimées, » (Note de l'Éditeur.) ”

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avec tous les siens par l'expérience révolutionnaire, par les cruelles leçons de la Terreur, sur la possibilité effective de trouver ces garanties dans les idées libérales, il les cherche

L'Église gallicane ! ce sont des expressions qui maintenant sonnent mal à l'oreille de Félicité. Ce qu'il demande, ce qu'il attend, c’est un clergé propriétaire, et non plus salarié, indépendant du pouvoir civil, sous la haute et seule direction d’un Souverain Pontife infaillible, Tels sont les vœux que les passages nouveaux substitués dans les Réflexions à l'éloge de « Bonaparte », ont pour objet d’insinuer.

« On supprima les anciens évêchés, lisait-on en 1809, on en créa de nouveaux, ef fous ces changemens s’opérèrent selon les principes, parce que tout se fil de concert avec le Souverain Pontife ET LA MAJORITÉ DES ÉVÈQUES, QUI SACRI- FIÈRENT GÉNÉREUSEMENT, pour le bien de l'Eglise, pes proirs qu'ils avaient défendus avec courage contre l’usurpation du schismeï. »

Pesons bien ces paroles : si les changements se firent de concert avec le Souverain Pontife ef La majorilé des évêques, c'est done que la volonté seule du Souverain Pontife aurait été insuffisante ? S'il y eut de la générosité de la part de la majorité des Evêques à sacrifier leurs droits, «’est done que ces droits existaient pour eux indépendamment des décisions du Saint-Siège ? Ces expressions sont nettement gallicanes. Il en est bien autrement de la page qui les remplace :

« On supprima les anciens évêchés, on en créa de nouveaux. La plupart des évêques, dociles à la voix du Souverain Pontife, remirent entre ses mains leur démission volontaire. D'autres, non moins zélés au fond pour le rétablissement de l’ordre religieux, ne crurent pas cependant devoir concourir, par cet acte de soumission, aux changemens qui s’opéraient. [ls craignaient pour l'avenir; et leurs craintes, dont nous n'examinons point ici le fondement, les entrainèrent peut-être au-delà des bornes dans lesquelles les vrais principes leur preserivoient de se renfermer. Ils avoient certainement le droit d'adresser au Saint-Siège des remontrances; mais le successeur de Pierre étoit seul juge de ce qu'exigeoit l'intérêt de l'Eglise. Dès qu'il eut définitivement prononcé, le devoir des pasteurs fut de donner au troupeau l'exemple de Pobéissance.

€ Aussi le Pape n’hésitoit-il point à déclarer aux évêques que toute opposition serait inutile; chef suprême de l’ordre

*1. Réflexions, 1'e éd., pp. 97-98.

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pastoral, et source de la juridiction, il lui ouvrit de nouveaux canaux pour fertiliser cette antique Eglise des Gaules, fondée

par ses prédécesseurs. Jamais les vicaires de Jésus-Christ

n'avoient exercé leur puissance avec tant d'éclat; jamais ils

n'avoient déployé une autorité si grande ni si magnifique. La Providence le vouloit ainsi pour atbire les dés de schisme, qui gagnent, dit l’apôtre, comme « la gangrène », et pour venger Ta chaire chemolle des blasphèries des novateurs !. »

Avec quelle insistance Félicité signale la puissance écla-

tante, indélectible du Saint-Siège, la façon dont les évêques

ont dû s’incliner devant son autorité : « Le successeur de saint Pierre étoit seul juge de ce qu ’exigeoit l'intérêt de l'Église. . Le Pape n’hésitoit point à déclarer. aux évêques que ie opposition seroit inutile... Jamais les vicaires de Jésus-Christ re déployé une autorité si grande ni si magnifique... » C’est le langage d’un ultramontain déclaré,

et l’auteur de à Tradilion S'y FRE reconnaître aisément.

Dans le brouillon original et manuscrit de ce passage, certaines expressions, corrigées, mais lisibles, accusent davantage encore les intentions de l'écrivain : l’acte des Évêques AT un «acte d’obéissance »; le «Saint-Siège [étant] instruit de ses droits », les « {erreurs » des Evèques qui ne ‘donnèrent pas leur adhésion, « les entraînèrent, avait écrit Féli, au delà des bornes ? ». Evidemment, il tenait à marquer hautement combien le pouvoir pontifical s'élève au-dessus de tout.

«M. de Pressigny a trouvé qu'on parlait d’une manière trop décisive des anciens Évèques dans les Réflexions, écrit Féli le 28 octobre 1814 au sujet de ce passage ; il doit s’en plaindre à l’auteur. Si l’auteur fait une nouvelle édition, il en dira dix fois plus. Voilà ce que je sais de science certaine. O vanæ hominum mentes ! O pectora cæca! »

Mais Féhcité ne voulait pas seulement, à cette époque, un pape infaillible et maitre incontesté dans l'Église ; il fallait qu'il commandàt à un clergé que ses ressources personnelles affranchiraient du pouvoir civil, à un Cr propriétaire. Comment une Église salariée serait-elle libre ? Et si le pouvoir moral et religieux n'est pas libre, qu'est-ce qui garantira,

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