‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 326 sur 504 · Ibid., n° 60, p · texte numérisé non relu

Ibid., n° 60, p

avec eux, Aussi, le plus grand des miracles, après l’établissement du Christianisme, c’est, à travers les vicissitudes des temps, cette assistance divine, visible aux seuls yeux du chrétien, mais éclatante pour lui, par laquelle il s’est conservé. Déjà, dans ses conférences de 1806, l’abbé Fravssinous avait éloquemment montré qu’en vain les ennemis de l'Eglise s’acharnent à lui disputer l’authenticité des miracles: s'ils ont raison, ils ne font que rendre encore plus étonnant le miracle toujours subsistant et toujours visible de létablissement et de la conservation du Christianisme. Félicité n’a pas oublié Pargument; il l’applique à la chaire de Pierre, et voit dans les événements contemporains la preuve de cette assistance qui ne fait jamais défaut au Saint-Siège au milieu des plus dures épreuves. Tel est le sens, telle est l'intention de l’article intitulé Considérations sur le Pontifical de Pie VIT": Dieu lui-même soutient de son bras, s’il chancelle, l’immuable fondement de l’unité, de la liberté des Chrétiens. Après avoir résumé les combats et les victoires de l'Eglise à travers les âges, l’auteur s’écrie: « Cependant de nouvelles épreuves lui étoient réservées dans les derniers temps. L’enfer convaincu enfin que ses portes ne’ prévaudraient point contre elle,à moins qu'il ne parvint à ébranler /a pierre, sur laquelle elle repose, réunit tous ses efforts contre cette pierre fondamentale. Rassemblant, pour ainsi parler, ses phalanges, il les dirigea contre le boulevard élevé par Dieu même pour être la sauvegarde de l'Église. La puissance pontificale devint l’objet des attaques de toutes les sectes conjurées, qui virent leur triomphe commun dans le renversement du siège d'où toutes les hérésies ont reçu le coup mortel (Bossuet): effroyable coalition dont la haine étoit le lien, et l'anarchie le but monstrueux.

« Les. ennemis de l’Église crurent le succès de leurs desseins presque assuré à la mort de Pie VL, et en effet, tout alors devoit faire craindre que la succession des Pontifes Romains ne füt interrompue. Le directoire exécutif, qui, depuis plusieurs années, poursuivoit, avec un acharnement si philosophique, le successeur'de saint Pierre, sembloit n'avoir rien tant à cœur que de consommer la ruine de son auto-

1. L'Ami de la Religion et du Roi, t. IL, n° 62, pp. 145-151, signé F. L. M. 17 décembre 1814. Non recueilli.

rité ; et de faire disparoître jusqu'aux traces de son existence. Les armées françaises, instrument passif entre les mains des Pentarques, concouroient, avec une force en apparence irrésistible, à exécution de leur plan. Mais déjà l'arrêt est parti du ciel : le moment où tout espoir paroissoit éteint, est celui que Dieu choisit pour le triomphe de son épouse. Ces formidables légions, qui menaçoient d’envahir l'Europe entière, dispersées soudain comme la poudre que le vent emporte, s’étonnent de ces revers nouveaux pour elles, et se sentant frappées par un bras plus puissant que” le bras de l’homme, cèdent sans humiliation une victoire qu’un pouvoir surhumain pouvoit seul leur arracher.

« Libre à l’instant précis où il falloit qu'il le fût, le Sacré Collège s’assemble à Venise, où les cardinaux, dispersés par les orages, s’étoient rendus de toutes parts. La Providence sembloit les y avoir conduits par la main. Elle avoit armé, pour protéger leur route, tous les anciens ennemis du Saint- Siège, les protestans, les Grecs, et jusqu'aux Musulmans. Leurs troupes ne sembloient avoir été portées en avant que pour maintenir la tranquillité du conclave. C'’étoit là leur mission. On eüt dit qu’elles n’en avoient pas d’autre, et, l'élection faite, on les vit reculer de nouveau. L'Italie n’avoit plus besoin de leur présence. Dieu avoit fait son œuvre. Il avoit donné un successeur à Pie VI. Il avoit placé sur la chaire apostolique le Pontife le plus digne de l’occuper!. »

La suite de l’article montre le retour de Bonaparte, la façon dont il s'empare du pouvoir, ses premiers actes, et la situation malheureuse de l'Eglise de France et d'Italie à cette époque, situation telle que douze années de persécutions y auraient définitivement renversé la foi. C’est ici que s'arrête la publication dans /’A mi de la Religion. I n’est pas malaisé, du reste, de suppléer à cette lacune, et d'imaginer comment Félicité, d’après les notes fournies par Jean-Marie’, envisageait la suite des événements sous le Pontilicat de Pie VII. Il devait montrer dans le Concordai, le doigt de la Providence intervenant à point nommé pour sauver la religion en France; et, par l'exercice souverain de sa pleine

1. L'Ami de la Religion et du Roi, t. II, pp. 147-149. 2, V. supra, p. 453. On se rappelle la lettre où Féli demande à son frère de continuer à rassembler des notes qu'il utilisera sur le Pontificat de

Pie VII.

autorité, dont le Pape dut user pour obtenir la démission des évêques titulaires, ou passer outre à leur refus, l’autorité de la Chaire de saint Pierre affirmée en même temps qu'affermie d’une manière éclatante. Ainsi, Napoléon fut l'instrument de la Providence quand, par ses actes, il rendit possible l’affirmation de cette autorité infaillible du Pape qui s'élève audessus de tout. Et plus tard, en se heurtant contre cette autorité dont il ne put vaincre la patiente et douce résistance, il ne fut pas moins l'instrument de Dieu : puisqu'il montra clairement aux évêques, au Clergé, aux fidèles que le Saint- Siège était seul capable de protéger contre les entreprises du pouvoir politique et civil leur liberté spirituelle, fondement assuré de toutes les autres libertés. Voilà ce que Félicité disait, assurément, dans la suite de l’article, laquelle n’a pas paru dans l’Ami de la Religion : ne l'avait-il pas déjà proclamé dans les additions qu’il venait de faire aux Réflexions sur l’élat de l'Église? et l’on s'explique assez que le gallican Picot se soit refusé à l’insérer. |

Un clergé indépendant sous un Pape infaillible et maitre incontesté dans l'Eglise, tel est le programme dont Félicité développe dans tous ces articles les aspects différents : car ce pouvoir moral, les événements qui se sont récemment déroulés l'ont prouvé, peut seul sauvegarder la liberté contre la tyrannie du pouvoir politique, pourvu qu'il soit indépendant. Les conditions de son indépendance sont donc

les gages de la liberté des peuples. Prétendre les affran-

chir des obligations religieuses, ou de certaines de ces obligations, c’est donc en réalité les asservir. Déclarer par exemple avec Ambroise Rendu que le sacrement n’est pas nécessaire à la validité du mariage, que le mariage est dans son essence un acte purement civil, c’est réellement courber le peuple sous un joug oppressif, c’est sacrifier la vie de son àme : € Et la loi civile qui consacreroit cette désobéissance, que seroit-elle autre chose qu’une protestation toujours subsistante contre le dogme, une. invitation faite au peuple de renoncCer à sa foi!? » Mais, encore une fois, pour que le clergé soit en mesure de résister à de tels abus, pour qu'il puisse maintenir dans son intégrité, en face des perpétuels efforts du pouvoir civil pour empiéter sur eux, les droits inaliéna-

Page 1