‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 327 sur 504 · Mélanges, p · texte numérisé non relu

Mélanges, p

bles de la conscience et de la morale, il faut qu'il soit

indépendant, et c’est pourquoi Félicité s’efforce de le délivrer de toutes les entraves dont il voit que le pouvoir civil l’a depuis des siècles chargé. Telle est encore la signification de l’article publié Le 23 janvier 1815 dans l'A mi de la Religion et du Roi, sous le titre : Du droit de joyeux avènement. Il entrevoit comme une éventualité possible, que ce droit soit rétabli, et s’empresse de prévenir le danger , en s’efforçant d'établir que le prétendu droit de joyeux avènement n’était à l’origine et n’a jamais été depuis « qu’une concession du clergé? ». D'où suit que pour le rétablir, il faudrait qu'un accord intervint entre le pape et le roi. « Après l’'entier renversement de tous les pouvoirs, lorsque l’ordre commence à renaître, les deux puissances doivent rentrer en possession chacune de ce qui lui appartient, sans passer cette limite fixée par la nature même des choses. On sait maintenant où conduisent les systèmes d'usurpation, et tout acte qui viole indépendance de la juridiction spirituelle, ébranle les fondements de l'autorité royale bien plus encore qu'il n’en étend l'exercice. » Cette indépendance du clergé sur laquelle repose la liberté des peuples, fait aussi la sécurité du pouvoir politique et civil aux yeux de Félicité, puisque seul le pouvoir moral confère ses droits au pouvoir politique ; tout empiètement de celui-ci sur celui-là conduit aux révolutions. Mais de tels périls ne sont plus à redouter, ajoute-

1. « Dans un moment où l'on s'occupe de réorganiser l'Église de France et, en quelque sorte, de la constituer de nouveau, écrit-il, il est utile de jeter un coup d'œil sur ses anciennes institutions, ses anciensusages, et de chercher parmi les débris de ce grand édifice les matériaux qui doivent servir à sa reconstruction. Mais pour faire un choix si important, pour distinguer avec certitude les règles de discipline qu’il sera convenable de maintenir ou de renouveler, de certaines coutumes introduites par le temps, et qu'il est difficile de concilier avec les vrais principes du gouvernement de l'Église, il est indispensable de soumettre et ces coutumes et ces règles à un examen approfondi, en se dégageant de l’influence des préjugés, et s'environnant, tout à la fois, des lumières de la raison et des conseils de l'expérience. C'est ce que nous avons essayé de faire au sujet du droit qu'on appelle de joyeux avènement : et qu'on ne nous reproche pas de nous attacher d'abord à un objet d'une importance trop médiocre ; rien n'est indifférent de ce qui tient à l'indépendance. du ministère. » (L'Ami de la Religion, t. II, p. 337.) f

2. L'Ami de la Religion, elc., t. II, p. 339. Cf. Zbid., p. 842 : « L'unique fondement solide sur lequel puisse reposer le droit de joyeux avènemenl est la concession de l'Église. »

t-il, « sous le monarque qui nous gouverne : sa magnanime modération n’est pas moins connue que sa religion et sa piété, et Dieu le réservoit à la France pour lui faire connoitre, après tant de désastres, la différence qui existe entre la violence qui renverse, et la sagesse qui édifie. En posant lui-même des bornes à son autorité dans l'ordre politique, il a donné à l’Église l'assurance certaine que jamais il n'envahiroit une autorité qui nest pas la sienne, et qui la protège et l’affermit d’autant plus puissamment qu'elle est plus indépendante! ».

La liberté que son père et son oncle — que lui-même, séduit quelque temps — ont demandée au Jeu des institutions politiques, et dont l'expérience révolutionnaire, avec l'aventure impériale, ont dégoûté son entourage, 1l la demande, lui, Continuateur de la tradition et de l'expérience familiale, à l’indépendance absolue d’un pouvoir moral, le pouvoir religieux, en face du pouvoir politique et civil.

Un coup de tonnerre lui répond.

Page 1