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ilne disposait pas encore du pouvoir qu’il avait alors; mais n'allait-il pas le retrouver ? Le 1° avril précédent, -Félicité écrivait done à Jean cette lettre datée de Saint-Malo : |
Je t'annonce, mon cher Jean, une nouvelle qui te surprendra peut-être; lorsque tu recevras cette lettre, je serai parti pour les colonies. Il m'a semblé que, dans les circonstances présentes, l’auteur de la Tradition ne pouvait sagement demeurer en France. Comme j'ignore combien de temps durera mon absence, j'ai pris le parti de vendre à Ange tout ce que je possède, afin d’emporter de quoi vivre. (Précautions contre une confiscation possible; elles prouvent que ses craintes étaient très réelles.) J'ai mieux aimé lui vendre - qu’à un autre, afin que mon bien ne sortit pas de la famille. Je serai obligé de passer par l'Angleterre, n'y ayant point ici de navire prêt à partir pour les colonies. (C'était donc bien aux colonies, et nullement en Angleterre, qu’il avait tout d’abord l'intention de se rendre : l'Angleterre ne devait être qu'une étape courte et forcée.) Ce n’est pas sans regrets que je me sépare de vous tous; mais comme je suisle seul qui puisse avoir quelque chose à craindre, j'ai voulu vous épargner des inquiétudes en m'en allant. Puissions-nous un jour nous revoir ! c'est le vœu le plus ardent de mon cœur, qui ne cessera jamais de vous aimer, quel que soit le lieu que j'habite. Adieu, mon cher ami; aie soin de ta santé, et ne l’afflige point trop d’une séparation nécessaire. Dieu le veut; ce mot répond à tout, et console de tout. Adieu, encore une fois; je t'embrasse et t'aime de toute la tendresse de mon cœur {. »
Retenons bien ces mots si tendres ; au moment de rompre — et pour combien de longües années peut-être? — le lien d’habitudes communes et d’une société qui tient de si près à son cœur, ils expriment plus encore que le déchirement qu'il éprouve. Jean a pris sa part de la Tradition, et c’est Féli . qui se dévoue: « Ma plus grande peine, écrira-t-il de Londres, - Le 25 avril, à l'abbé Bruté, ma plus grande peine est de laisser » le pauvre Jean au milieu de cet épouvantable enfer qu’on nomme la France... Pour moi, sur les instances, et d’après l'avis unanime de nos amis, j'ai pris le parti de me réfugier en ce pays, où j'ignore également combien de temps je res- + terai et à quoi je m'occuperai. Mon départ, sous plusieurs - rapports, est un gage de sûreté pour Jean, et c’est ce qui m'a
décidé. Cela lui donne le moyen de désavouer la Tradition,
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