Ibid. Cf. BonazD, Lég. prim., t. 1, pp. 26-28 et
3. Cf. Rousseau, Emile, 1. IV : « Ou toutes les religions sont bonnes et agréables à Dieu, ou, s’il en est une qu’il prescrive aux hommes, et qu'il les punisse de méconnoître, il lui a donné des signes certains et manifestes pour être distinguée et connue pour la seule véritable : ces signes sont de tous les temps et de tous les lieux, également sensibles à tous les hommes grands et petits, savans et ignorans, Européens, Indiens, Africains, sauvages. S’il étoit une religion sur la terre hors de laquelle il n'y eùt que peine éternelle, et qu'en quelque lieu du monde, un seul mortel de bonne foi n’eût pas été frappé de son évidence, le Dieu de cette religion seroit le plus inique et le plus cruel des tyrans. » (pp. 88-89., éd. Hachette, in-12, 1863, t. Il.)
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tures, discernera ce qui doit être l’objet spécial de sa foi, de ce qu'il peut ignorer ou rejeter sans crime? Je vous le demande, comment fera-t-il ce choix, sans soumettre au [jugement] de, sa raison, non seulement la lettre de l’Écriture, mais encore les dogmes mêmes qui y sont révélés ? Aussi, remarquez que les calvinistes ne rejettent la présence réelle, les sociniens la Divinité de Jésus-Christ, la Trinité, les peines éternelles, etc..., que parce que ces dogmes leur paroissent contraires à la raison. Voilà donc l'homme juge infaillible des mystères qu'il ne sauroit même comprendre : ce qui, outre l’absurdité manifeste d’une telle prétention, renverse encore par le fondement la nécessité d’une révélation, et soumet à la raison humaine la raison divine même t.
Nicole et Bossuet ont combattu de la même manière contre les prétentions de la raison chez les protestants; mais Rousseau à plus directement encore préparé cette forme d’apologétique lorsque s’élevant dans la Profession de foi du Vicaire Savoyard contre l’idée que la raison ne pourrait trouver la vérité religieuse que dans l’£criture, au grand scandale des pasteurs de l'Eglise réformée de Genève, il conduit le protestantisme au déisme, et montre que Dieu n’a pas pu ne pas trouver un moyen plus simple, plus immédiat et réellement universel, de faire connaitre sa loi aux hommes?. On reconnaitra dans ce qui suit son inspiration directe :
Mais ce n’est pas tout. Avant de songer à interpréter l'Écriture, il faut savoir si cette Écriture est réellement inspirée; qui nous l’apprendra ? la raison, car son empire est universel. Il faut discerner entre les divers livres reçus par les différentes communions chrétiennes ceux qui sont authentiques de ceux qui ne le sont pas: qui fera ce discernement ? Encore la raison. Me voilà donc obligé d'étudier les langues, de conférer les manuscrits, de comparer les originaux aux traductions, de lire tout ce qui a jamais été écrit pour ou contre la canonicité de chaque livre en particulier : et quand j'aurai fait cet examen qui, comme on voit, exige si peu de temps, et est à la portée de tant de personnes, il me faudra travailler sur nouveaux frais à chercher dans ces mêmes livres, la foi dans laquelle je dois vivre, et sans laquelle je ne puis être sauvé. Entreprise plus longue encore et plus difficile que la première, puisqu'elle m'oblige indispensablement à consulter tous les interprètes, à m'instruire de toutes les controverses depuis l’origine du Christianisme, sans quoi je m’exposerais en tombant à mon insu dans des erreurs dangereuses, à perdre le fruit d'un si long et si pénible labeur.
1..BLAIZE, t. Il, pp. 278-274 2. Rousseau, Emile, 1, IV, p. 89 et sq.
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Ainsi parmi les hommes, il n'y aura que ceux qui joignent à la . science la plus rare, la plus forte tête et le jugement le plus sûr, . c'est-à-dire un peut-être sur plusieurs millions, qui, encore en Supposant que son jugement ne l’abuse jamais, puisse parvenir à connoître ce qu'il est nécessaire qu'il croie, et cela après un travail d’un grand nombre d'années, pendant lesquelles il aura nécessairement vécu sans aucune religion, où du moins sans être certain d'être dans la religion véritable. Quant à la multitude de ceux à qui un pareil examen est impossible, il faut de toute nécessité, ou qu'ils ne croient absolument rien, ou qu’ils renoncent au principe de l'examen particulier, fondement de la Religion protestante f.
En lisant ces lignes, ne croit-on pas entendre comme un écho du fameux passage de la Profession de foi du Vicaire Savoyard : « Considérez, mon ami, dans quelle horrible diseussion me voilà engagé; de quelle immense érudition j'ai besoin pour remonter dans les plus hautes antiquités, pour examiner, peser, confronter les prophéties, les révélations, les faits, tous les monuments de foi proposés dans tous les pays du monde, pour en assigner les temps, les lieux, les auteurs, les occasions ! Quelle justesse de critique m'est nécessaire pour distinguer les pièces authentiques des pièces supposées; pour comparer les objections aux réponses, les traduetions aux originaux ; pour juger de l’impartialité des témoins, de leur bon sens, de leurs lumières; pour savoir si Von n’a rien supprimé, rien ajouté, rien transposé, changé, falsifié, ete?... »
. Rousseau dirige ces arguments contre la Réforme qu'il veut entrainer au déisme; argumentant contre un chrétien convaincu, mais d’ailleurs protestant, Félicité les reprend . pour le conduire au catholicisme. Rousseau dit : la voie pour découvrir la vraie religion doit être simple et à la portée de tous ; donc, elle ne peut être l'interprétation des Ecritures par la raison; donc, elle est la connaissance directe de la religion naturelle révélée par Dieu même à chacun, révélation inscrite par Dieu dans le propre cœur de chaque homme. Félicité convient que le moyen de reconnaître la vraie religion doit être facile et simple, universel, et qu'il ne saurait par conséquent être l'interprétation rationnelle des saintes