Emile, 1. IV pp
Ecritures. Mais c’est pour en conclure que ce moyen est l’autorité. L’argumentation vaut pour l’anglican, pour le pro-
testant auquel il s’adresse et dont il a entrepris la conversion. Plus tard, il s’adressera au déiste.
En admettant même que l’Ecriture soit claire par ellemême, continue Félicité « encore faudroit.-il nous apprendre comment un pauvre artisan, un laboureur non lettré, une femme qui ne sait pas lire, s’assurera par ses propres recherches que l’Ecriture est authentique, et qu’elle doit recevoir ses enseignemens comme ceux de Dieu même ! ».
Mais à présent, il quitte Rousseau pour retourner à Bossuet, et s'adressant avec celui-ci aux protestants, il leur demande : «Si l’Ecriture est aussi claire que vous le prétendez, pourquoi êtes-vous si peu d'accord entre vous sur l’'interprétation de l’Ecriture ? Pourquoi tant de sectes parmi vous ? Pourquoi n’est-il pas un seul dogme reçu par l’une qui ne soit nié par quelque autre? Pourquoi la doctrine que Luther voyoit clairement dans l’'Écriture, est-elle si différente de celle que Calvin y voyoit avec non moins de clarté? Pourquoi les disciples de l’un et de l’autre y ont-ils vu le contraire de ce qu'y découvroient leurs maitres ? Etrange clarté d’où résultent tant d'opinions contradictoires?! , Rappelonsnous Bossuet au livre XI de l'Histoire des Variations : €Sous le nom de l'Ecriture, a-t-il écrit, chacun a suivi sa pensée; et l’Ecriture prise en cette sorte, loin d’unir les esprits, les a divisés, et a fait adorer à chacun les illusions de Son cœur sous lenom de la vérité éternelle3.
L'Écriture, par des textes décisifs vient encore appuyer ce raisonnement, et porter, continue Féli « une expresse condamnation du principe fondamental 4 du protestantisme 5 ». Et il conclut toute cette partie de l'argumentation en ces termes : « Ainsi done le principe de l'examen particulier, est également opposé à la raison et à l’Écriture, et nous devons chercher une autre règle de foi. Or cette règle, comme nous l’avons montré, devant étre la même pour tous les hommes, quels que soient leur génie, leurs Connaissances, leurs lu-