‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 344 sur 504 · BLA1ZE, t. Il, pp · texte numérisé non relu

BLA1ZE, t. Il, pp

2. Ibid., p. 283. | 3. Texte inédit. Cf. BLA1ZE, t. Il, p. 284.

512 LE SACERDOCE ; l

La foi n’est point une opinion, mais la vérité même de Dieu: elle n’est point raisonnement, mais obéissance ; sans cela, où. en serait le mérite ? Le mérite est de se soumettre à une autorité plus haute, et de courber cette fière raison sous un joug qu'elle ne porte jamais sans murmurer. Telle est la foi qui sauve, selon la parole du fils de Dieu... 1,»

Après avoir invoqué la parole même de l’Écriture, Félicité enfin conclut: « Pesez sérieusement ces réflexions, mon cher ami. Songez à cette grande éternité qui s'ouvrira bientôt pour nous, à ce redoutable jugement que nous aurons à subir, et

en demandant à Dieu les lumières qui doivent vous guider *

dans ce court et triste passage qu'on appelle la vie, daignez lui demander encore les grâces, qui ramèneront à lui le misé-. able pécheur qui écrit ces lignes pour vous obéir? »

Ces dernières lignes, qu'il a corrigées et affaiblies en les relisant, par une discrétion et une pudeur bien naturelles, nous montrent dans l’apôtre l’âme inquiète et troublée dont nous connaissons les angoisses. Celles-ci, momentanément écartées par les travaux de la Tradition, par la collaboration avec Jean-Marie, renaissent plus vives et plus désolées dans le désarroi de l'exil. A vrai dire, depuis ce mois d'avril 1812 où, la résolution prise, Félicité s’est brusquement détourné du sanctuaire, elles n’ont jamais cessé tout à fait. Dans une lettre qu’il adressait, le 1° novembre 1813, à un prisonnier anglais protestant, il disait à son catéchumène: « En Y songeant, mon cher ami, j’ai honte de tous mes conseils ; 1l me conviendrait bien mieux d’en recevoir que d’en donner, et il y à aussi trop de présomption à parler de Dieu aux autres, quand soi-même on passe sa vie tout entière à l’offenser. Priez-le, je vous supplie, pour ma conversion. Demandez-lui de me faire entrer dans l’esprit de l'Église triomphante dont nous célébrons aujourd’hui la fête, c’est-à-dire dans un esprit de zèle et d'amour, de mépris de la terre, de détachement complet de toutes les choses créées, pour ne plus vivre que des hautes et consolantes pensées dela gloire qu’il nous a promise, du bonheur qu’il nous prépare, et du perpétuel souvenir de la sainte cité... 5. »

Ainsi, l'attrait de tout ce qui est humain, l'attrait de tout 1. BLA1ZE, t. Il, pp. 284-285.

2. Texte inédit. Cf. BLA1ZE, t. I, pp. 285-286. 3. BLAIZE, t. I, p. 13.

RE ce mt — -temrttente

US mé ie AE his EE QE ARTE) , " AE

cr v Ÿ Ÿ R f

ce qu’il faudrait quitter pour marcher dansies divins sentiers continuait à lui sembler coupable, aux heures même appa- remment les plus occupées par les travaux de la pensée. Une

inquiétude lui restait alors de ne s’être pas renoncé. Le 26 février 1814, il écrivait encore au même correspondant, dont il

avait entrepris la conversion : « Il n’est rien qu'on n’endure

volontiers pour une fortune périssable, pour acquérir des richesses que la mort dévorera demain; on ne croit pas les trop

payer en les achetant au prix de mille fatigues, de mille

périls, des plus dures privations. Les biens éternels. infinis, sont les seuls qui nous paraissent toujours trop chers. Hélas! linfortuné qui vous écrit ne l’éprouve que trop par lui-même. Priez pour lui, cher Georges; demandez au Seigneur qu'il crée en lui un esprit nouveau, l’esprit de foi et de résignation, esprit de détachement et d’humilité, l'esprit d'amour qui fait les vrais chrétiens, et consume dans ses flammes divines tous les vils désirs, toutes les rampantes affections qui atta-

. chent l’âme à cette terre de boue et de douleur: sptritum rec-

fum innova in visceribus meis!. »

Cet humble retour sur soi-même rattache les inquiétudes douloureuses de novembre 1811, la défaillance du mois d'avril 1812, au gémissement que nous avons surpris, le

26 mai 1815, dans une autre lettre de Félicité en exil : daignez

demander à Dieu «les grâces qui ramèneront à lui le misérable pécheur qui écrit ces lignes pour vous obéir? ». Ce n’est point Phumilité d’un Pascal agenouillé avant d'écrire ses pensées, et alliant « cette grandeur avec cette bassesse ». Non; c’est la faible et gémissante humanité de l’apôtre qui ne peut se détacher de la terre, et qui module sa plainte une fois encore. Car « il veut et il ne veut pas ; » il aspire au bonheur, et si, rejeté par la terre, séparé par un coup imprévu du sort de tout ce qu'il chérissait ici-bas, de toutes ces amitiés des choses et des hommes en lesquelles trop complaisamment il s’aimait luimême, si, détaché violemment de ces biens périssables, il lève les regards au ciel, et revient à ce Dieu qu’il avait délaissé ; il éprouve cependant que les circonstances y ont plus de part que son cœur. L'heure même où tous les liens semblent rompus par l’implacable rigueur des événements, est l’heure

Page 1