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MARECHAL.— La Jeunesse de La Mennais. 33

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sg LÉ SACERDOCE

mélancolique où Félicité de La Mennais s'incline avec plus de tendresse peut-être vers ce qu’il lui fallut quitter. Il sent que, s’il achève l’œuvre de la Providence, le bonheur qu'il entrevoit n'ira pas sans d’amers regrets de ces biens qu'il aura reniés; comme il doit s’avouer aussi que, s’il s’attarde indéfiniment à mi-chemin du sacerdoce, les dures angoisses de la vocation méconnue continueront de l’assaillir. Et c’est lorsqu'il vient de reconstruire une démonstration d’une logique rigoureuse et qui satisfait son intelligence ; c’est lorsqu'il la propose à un autre esprit qu'il veut convaincre et qui sera, il n'en doute pas, entrainé par la force de ses preuves, c’est alors qu'impuissant à s’oublier lui-même jusque dans l’œuvre de l’apostolat catholique, il éprouve davantage et plus amèrement sa faiblesse. Il se voit impuissant à mettre en pratique ce qu'il comprend, ce qu’il prouve et ce qu’il enseigne. Il demande à cet anglican les prières qui ramèneront à Dieu sa défaillante volonté.

Il est extrêmement fimportant pour la destinée future de Félicité de La Mennais, que, dans un tel état d'âme, il ait écrit à M. Morton les lettres qu'on vient d'analyser. À partir de mai 1815, pendant toute la durée de son séjour en Angleterre, il a profité de son hospitalité. Son effort apologétique aboutit-11? M. Morton se déclara-t-il convaineu ? C’est probable; et sa conversion ne fut sans doute pas la seule que, dans ce milieu angliéan, opéra l'argumentation du jeune exilé t. Or quelqu'un assistait à ces prouesses de Félicité, èn même temps qu'il recevait la confidence dés troubles, des hésitations et des défaillances qui, depuis tant d'années, martyrisaient le jeune apôtre et désolaient son entourage. Ce spectateur intéressé passionnémént par les exploits de Félicité, ce confident, ce directeur était celui-là même qui

1. Cf. en particulier la lettrè du 12 septembre 1815 (BLAIZE, €. I, pp. 221-224), qui le montre tout occupé de ses œuvres apologétiques : la contradiction l’éveille et l'anime ; il a besoin, c’est visible, d'être dans la minorité conquérante et qui prépare l'avenir. Tel est sôn rôle ên Angle: terre, comme ailleurs. à

avait fait entrer le Breton exilé chez M. Morton : c'était l’abbé Gui Carron!.

Qu on imagine ce qu'un prêtre, qui avait passé de longues années en bel. uniquement consacré à soulager de dures infortunes, et qui connaissait l'étendue des maux que l’impiété philosophique engendre, en même temps que la difficulté d'en vaincre l'obstination, ou celle, non moins tenace, du protestantisme anglican au milieu duquel il était plongé ; qu’on imagine ce qu'un saint prêtre, dévoué corps et âme à la cause de la Religion, dut sentir s’éveiller d’espérances, quand il vit de quel ton le prenait ce jeune homme, hier inconnu, que la Providence lui adressait, quand il constata ses succès, comment il se jouait des difficultés dont triomphaient les ennemis de l’Église, et quelle persuasive ‘éloquence il savait mettre au service de la vérité religieuse. Mais lorsqu'il sut par les confidences, par les confessions de Féli, quelles étaient ses peines intérieures, quelles hésitations, quelles erreurs, quels regrets sans cesse renaissants l’écartaient du sacerdoce, et l’empêchaient d'accomplir la démarche décisive qui devait le lier à l’Église par des vœux irrévocables, quels sentiments dut-il éprouver ? Sans doute il comprit que la Providence lui

envoyait ce jeune apôtre sur la terre étrangère, afin qu'il achevât l’œuvre qu’elle avait commencée, et l'atti 6bAt définitive-

ment à l'Eglise; et, puisque, comme tous ces malades qui ne savent point vouloir, Félicité souffrait cruellement de ses hésitations mêmes ; les intérêts de son bonheur ne se confondaïent-ils pas avec les intérêts de l’Église, et lui, l'abbé Carron, ne se devait-il pas de chasser tous les doutes de cette âme, et de l’entrainer définitivement à l'autel ? Telles furent assurément les réflexions du saint abbé Carron. La décision prise, il ne restait plus qu’à la faire adopter. Félicité, nous

le savons, tout désemparé, tout meurtri, était prêt à tout

sacrifice qui lui ferait entrevoir la fin de son trop long martyre. Mais c'était Dieu même, dont il voulait éntéhdre la VOIX. L'abbé Carron le décida donc, vers la mi- juillet 1815,

entreprendre une retraite qui durerait dix semaines, et à ja fin de laquelle il fut arrêté que son pénitent se soumettrait à sa décision. « Je prie le bon Dieu de tout cœur de les éclairer

1. Cf. : Vie de l'abbé Carron, par un Bénédictin de la Congrégation de France, in-8, Paris, Douniol, 1866.

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l’un et l’autre, écrit Jean-Marie le 10 août 1815 ; mais je suis enchanté de n'être pour rien dans cette décision là !. »

En retraite, quels regards il jette vers tout ce qu’il aime; à cette heure décisive, sur quel accent il en parle ! combien il est visible, hélas! qu'il n’est pas, qu'il ne sera jamais détaché ! Il suit par la pensée les lettres qu’il adresse à Jean; des voyageurs, qui les mettent à la poste à Paris, lui servent d’intermédiaires. Que ne peut-il prendre cette route, et puis celle de Bretagne bientôt après! Mais il veut finir sa retraite, et surtout il craint tant de chagriner M. Carron, qu’il aime comme un ami et comme un père?!

Partagé entre ses deux tendresses, Félicité regarde du côté de Saint-Malo, de Saint-Brieuc, de La Chenaie, et se console de l'éloignement en évoquant les douceurs du retour. IInomme done tous ceux qu'il aime, le cher Bruté, le bon M. Vielle, Papa, Tonton et Teysseyre, cet « ami de cœur ». N'est-ce pas un peu les retrouver3? Voilà ses vrais élans du cœur: ils l’attachent à l’abbé Carron, ils l’entrainent vers ses chers Bretons, ou ses sulpiciens très aimés. Je note avec inquiétude qu'à si peu de jours d’une décision si importante, et que l’on doit prendre pour lui, tous ses mouvements l’emportent vers les amitiés de la terre. Quelle préoccupation encore, lui dicte, entre beaucoup d’autres, des questions de ce genre : « Paraît-il quelque journal ecclésiastique ? A-t-on toute liberté d'écrire ? Où en sont les négociations avec Rome“? » S’il a renoncé à vouloir, à vouloir fortement, non certes, il ne s’est pas renoncé.

Quelques jours après, une autre lettre à l’abbé Jean vient en témoigner à son tour. Il aura « reçu », avant de quitter l'Angleterre, « une décision finale ». Son goût le conduirait dans ses bois, recto itinere. C’est toujours là qu’après ses longues et fatigantes courses son imagination vient se reposer. Mais que la volonté de Dieu se fasse ! Son âme est usée. Qu'on fasse du cadavre ce que l’on voudra ?.

Non, encore une fois, ce n’est pas de la résignation chrétienne, ce n’est même pas l'ombre de la résignation, quelque

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