‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 353 sur 504 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

3. « Je suis bien aise de rester auprès de mon bon père (l'abbé Carron), écrivait Féli à l'abbé Jean le 4 décémbre 1815, et certes il ne faut rien moins que ses conseils et son autorité pour triompher de l'extrême répugnance que je me sens à prendre le parti auquel il veut que je me résolve. » (BLAIZE, t I, p. 236). Dix jours après, il tient le même langage à sa sœur, dans une lettre où, d’ailleurs, il se préoccupe de la situation de son frère Gratien : « Puisse celui-ci sentir enfin combien il lui importe de se montrer digne des bontés qu’Ange a pour lui. Je l'espère, d’après ce que lu me marques de sa conduite. » Les mots soulignés sont inédits (BLAIZE, t. [, pp. 237-238),

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k 596 LE SACERDOCE

| La retraite qui précédait l’ordination devait durer huit jours. | Félicité de La Mennais la fit à Saint-Sulpice. Il reçut le sousdiaconat le 23 décembre 1815 de la main de l’ancien évêque ÿ de Quimper, M. André : « Cette démarche, écrit-il le lenden- main, m'a prodigieusement coûté. Dieu veuille en tirer sa | è gloire ?. » | | Le sacrifice était consommé, le pas décisif accompli.

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:k . … Aussitôt, il commence à se préoccuper du diaconat et de la prêtrise. S'il recevait le diaconat à Pâques, faudrait-il une dispense d’interstices, et qui la donnerait ? Son duel n’est-il pas un obstacle? ? Un petit billet de l'abbé Bruté, écrit à Bal- timore, le pressait encore davantage : « 31 décembre 1815, demain 1816, bientôt éternité. … Féli, cher Félh, hâtez-vous d'être ordonné et de vous presser avec nous aux autels 3. » Encouragé de la même façon par l’abbé Teysseyre et par l’abbé Carron, il songe donc à hâter l'instant des ordinations. Son éntourage qui le connait veut l’arracher aux angoisses de ses inquiétudes renaissantes en précipitant les choses “. Déjà, la prêtrise ne lui suffit plus. Son imagination travaille. Il passera six semaines à Saint-Brieuc après l'ordination, puis, de retour à Paris, il s’'acheminera vers Rome : il entrera chez les Jésuites. Son directeur miéux instruit n’a garde de heurter de front ses projets. Il le renvoie à l'abbé Jeans qui, naturellement est hostile. Moins prudent, l'abbé Teysseyre prodigue les encouragements tandis que l'abbé Carron sè montre beaucoup plus sage. Un billet inédit de sa main en témoigne. Il fait suite à la lettre autographe de Féli, datée du 1 février 1816 et s'adresse à Jean-Marie :

Cher et digne ami, j'ai trouvé votre lettre à notre cher Féli sou-

. BLAIZE, t. I, p. 248.

. Ibid., p. 248.

. RousseL, t. I, p. 111.

. BLAIZE, À. I, p. 262.

Ibid.

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verdinement sage : elle entrait parfaitement dans mes vues, j'ai recommandé à votre cher frère de la lire et de la méditer une fois tous les quinze jours — je crois qu’il aurait tort de prendre d’autres engagements que ceux du saceraoce, mais j'avois besoin que d’autres le lui eussent fait sentir avant moi... J'embrasse mes deux amis La Menñnais et Vielle de Saint-Brieuc, et je lès aime autant que je les respecte. — G. CarRON !.

Ce billet nous éclaire à la fois sur les embarras et sur la méthode temporisatrice et prudente désormais adoptée par l'abbé Carron. A la même époque, au milieu des peines intérieures les plus violentes, Félicité songe toujours à la Bretagne, et sa pensée vole naturellement vers les siens :

Paris, 2 février 1816.

Je vois avec bien de la joie, mon cher Ange, se rapprocher le moment où je vous embrasserai. Selon toute apparence, j'avance- . rai mon voyage d'environ deux mois, et partant pour St-Brieux au

- commencement du carême, j'aurai enfin vers Pâques le plaisir si longtemps différé de vous revoir. Avez-vous reçu par la diligence une petite boëte contenant 4 milliers de feuilles d’or, que M. Le Bret m'avait demandées ? Je vous ai aussi envoyé la quittance du marchand, à qui j'ai compté 190 fr. que le recteur de St-Brieux vous remboursera.

Je crois Gratien en mer ; que le bon Dieu le protège, et mürisse un peu Sa raison. À quelle époque Marie retournera-t-elle au Val ? Tous les petits enfans se portentls bien? Louis doit maintenant marcher comme un grand homme. [1 ne me reconnoîtra pas, ni moi lui. Mille choses, je vous prie, à Tonton, Biarrote et la Villemain. Je ne vous marque point tous les bruits qui courent. Jusqu'ici il n'y a rien de prochainement inquiétant. C’est tout ce qu’on peut désirer dans les témps où nous vivons. On est ici fatigué dè mille et mille nouvellés controuvées ou éxagéréés, qu'on vous débite d’un ton sérieux, et en vous assurant toujours qu'on les tient de la meilleure part. Les hommes sont les mêmes partout. c'est-à-dire bien sots et bien ennuyeux. Que ne vous ressemblentils, mon cher Ange ; je sens que je né pourrois. m'empêcher de les aimer de tout môn cœur.

Votre ami F,2

Deux jours après, le 4 février 1816, il se décide brusquement à partir. Il va recevoir le diaconat et la prêtrise — mais sur-

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