‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 360 sur 504 · BLAIZE, t. [, p · texte numérisé non relu

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me persuader un fait personnel contre l'évidence de ce que je sens. Toutes les considérations que je puis recevoir, se bornent donc au conseil banal de faire de nécessité vertu. Or, sans fatiguer inutilement l'esprit d'autrui, il me semble que chacun peut aisément trouver dans le sien des choses si neuves; quant aux avis qu’on y pourroit ajouter, l'expérience que j'en ai a tellement rétréci ma confiance, qu'à moins d'être contraint d'en demander, je suis bien résolu à ne jamais procurer à personne l'embarras de m’en donner; et j'en dis autant des exhortations. Ainsi, par exemple, rien au monde qu'un ordre formel ne me décidera jamais à aller demeurer chez M. de Janson. Où que je sois à l'avenir je serai chez moi, ce chez moi fût-il un grenier. Je n'aspire qu’à l'oubli, dans tous les sens, et plût à Dieu que je pusse m'oublier moi-même! La seule manière de me servir véritablement est de ne s'occuper de moi en aucune façon. Je ne tracasse personne ; qu’on me laisse en repos de mon côté; ce n’est pas trop exiger, je pense. Il suit de tout cela qu'il n’y a point de correspondance qui ne me soit à charge. Écrire m'ennuie mortellement, et de tout ce qu'on peut me marquer, rien pe m'intéresse. Le mieux est donc, de part et d’autre, de s’en tenir au strict nécessaire en fait de lettres. J’ai trente-quatre ans écoulés ; j'ai vu la vie sous tous ses aspects, et ne saurois dorénavant être la dupe des illusions dont on essaieroit de me bercer encore. Je n’entends faire de reproches à qui que ce soit; il y a des destins inévitables ; mais si j'avois été moins confiant ou moins foible, ma position seroit bien différente. Enfin elle est ce qu'elle est, et tout ce qui me reste à faire est de m'arranger de mon mieux, et, s’il se peut, de m'endormir au pied du poteau où l'on a rivé ma chaîne ; heureux si je puis obtenir qu'on ne vienne point, sous mille prétextes fatigants, troubler mon sommeil.

On ne saurait interpréter cette lettre, ainsi qu’on l’a presque toujours fait jusqu'ici, sans tenir compte des antécédents, du tempérament, de la situation spéciale de son auteur. Son passé nous l’a toujours montré en proie à de brusques dépressions ou à de subits accès de colère capables d’aller jusqu’à Pévanouissement. Tel il fut dans l’enfance, tel il restera toute sa vie. Le voilà donc, les nerfs surmenés par les émotions, les angoisses, les fatigues éprouvées depuis le mois d'avril 1814, c’est-à-dire depuis plus de deux ans, sans presque aucune interruption. IL vient de traverser successivement la triple épreuve du sous-diaconat, du diaconat et de la prêtrise, qui lui ont coûté un effort prodigieux, comme toute décision irrévocable aux malades de son espèce. De cette lutte, il est sorti plus épuisé que Jamais. [l lui faudrait du repos, sa campagne et

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