Ibid. Inédit
MaARECHAL. — La Jeunesse de La Mennais. i 4
Si la nouvelle était prématurée, elle n'allait pas tarder cependant à recevoir confirmation. Le 29 mai, jour de la Pentecôte, on lit sur le carnet de Louis-Marie : « Arrivé ce matin un courier à M. G*% Baron, annonçant la rupture des négociations entre la France et l'Angleterre. Il est venu de Paris en huit jours el demit. » Dès lors le séjour de M. de La Mennais en Espagne devient sans objet et les deux voyageurs ont hâte de rentrer en France. Le 6 juin, ils commencent leurs visites d'adieu, et, le 14, ils louent 1.800 livres un coche qui les emporte vers Bayonne en compagnie de Mme Floquet, de Paris : par Séville, Cordoue, Baylen, Madrid, Aranda, Saint-Jean-de-Luz, ils gagnent la frontière qu'ils franchissent le 14 juillet; le 15 ils prennent la diligence pour Bordeaux; ils traversent Rochefort, la Rochelle, Nantes, Rennes ; le 26 juillet 1803 ils sont de retour à Saint-Malo?.
Profitons de ce voyage pour compléter le portrait de M. de La Mennais à l’aide de ses lettres inédites que nous avons retrouvées? : nous avons ailleurs fait connaitre l’homme public, nous allons pénétrer dans l’intimité du père de famille. Les plus humbles détails auront ici tout leur prix. Voici par exemple des renseignements minutieux sur l’achat de trois burettes en cristal qui ont coûté 21 livres. Peut-être auraiton pu les payer 18 livres ; on y fait mettre des ornements qui coûtent 13 livres 10, et l’on en a pris trois, afin qu’en cas d'accident, « de malheur » (pensez done, des burettes à 7 livres la pièce!) il y en ait une de rechange. Peut-être d’ailleurs ne conviendront-elles pas; mais alors « il n’y aura rien de perdu ». M. de La Mennais « fera faire un porte-huillier en ébène », et elles serviront pour les Corbières à « mettre de l’huile dans l’une et du vinaigre dans l’autre“ ». Vous en-
1. Carnet inédit de voyage de Louis-Marie de La Mennais. Arch. des Frères.