Ibid., pp
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crisie. Car enfin, l’on peut se tenir en garde contre les principes d’un Athée, mais que n’auroit-on pas à craindre de celui qui ne se couvriroit du masque de la Religion, que pour surprendre notre confiance, qui se parjureroit tous les jours aux pieds des Autels!1?... »
Il suit de ce qui précède que l’obligation de se conformer à la Religion de PEtat n’est pas tellement universelle, « qu’elle ne souffre les exceptions qu’impose la raison et la conscience,
puisque, l’erreur et la corruption étant des choses essentielle-
ment mauvaises, toutes les religions particulières ne peuvent être tenues pour également bonnes et salutaires ». Rousseau lui-même en convient, puisqu'il écarte les dogmes contraires à la bonne morale. Il n’est donc pas vrai que tout enfant doive suivre la religion de son père, toute femme celle de son mari. La Religion est une affaire personnelle où chacun doit apporter les soins, l’attention, la prudence que demande un si grand intérêt. « Dieu jugera nos opinions, non sur les erreurs de nos maitres et de nos concitoyens, mais sur l’emploi que nous aurons fait de notre raison ?. »
La même année que l Essai polémique de Du Voisin, paraissait à Paris un ouvrage considérable de Bergier, sous le titre de : Traité historique et dogmalique de la vraie Religion. Avec la Réfutation des erreurs qui lui ont été opposées dans les différens siècles.
Bergier y traitait la question de l’indifférence en matière de religion. Il lui assignait pour origine la Réforme : « Les Protestans ont dit : Nous ne devons croire que ce qui est expressément révélé dans l’Écriture, et c’est la raison qui en détermine le vrai sens. Les Sociniens ont répliqué : Donc nous ne devons croire révélé que ce qui est conforme à la raison. Les Déistes ont conclu : Donc la raison suffit
1. Essai polémique, etc., par Du Voisin, p. 403. 2. Ibid., pp. 404-405, 3. Paris, Moutard, 1780, 12 vol. in-12.
pour connaitre la vérité sans révélation ; toute révélation est inutile, par conséquent fausse. Les Athées ont dit: Or ee que l’on dit de Dieu et des Esprits est contraire à la raison : donc il ne faut admettre que la matière. Les Pyrrhoniens viennent fermer la marche en disant: Le Matérialisme renferme plus d’absurdités et de contradictions que tousles autres systèmes : donc ilne faut en admettre aucun! » Ainsi donc, «tout homme qui a suivi la naissance et le progrès des différentes opinions, est convaincu qu'entre la vérité établie par la main de Dieu et le Pyrrhonisme absolu, il n’y a point de milieu où l'esprit humain puisse demeurer ferme. Quiconque se pique de raisonner, doit être Chrétien Catholique, ou entièrement incrédule et Pyrrhonien dans toute la rigueur du terme? ».
L'article 2 du neuvième chapitre, dans la première partie du T'railé de Bergier, est intitulé : Du doute volontaire ou de l'indifférence en matière de Religion. L'auteur, s'appuyant sur les démonstrations qui ont fait l’objet des deux volumes précédents, écrit: « Dès qu'il est prouvé que la religion est le fondement de nos espérances, de notre repos, de notre consolation dans les peines de cette vie, le plus fort lien de société entre les hommes, la base de nos devoirs réciproques, le gage de la sûreté et de la tranquillité publique ; on ne peut prendre un intérêt trop vif à ce dépôt, et à toutes les contestations qui peuvent en ébranler la possession. Souffrironsnous de sang-froid que l’on nous enlève le plus beau de nos titres, le caractère qui nous distingue des animaux, le don le plus précieux que nous ait fait la Divinité ? Un homme raisonnable ne peut se dispenser d'étudier les preuves capables de le confirmer dans sa croyance, il lui est impossible de regarder les ennemis de la religion comme les amis de lhumanité. Prendre sur ce point le parti de la neutralité, se retrancher dans un scepticisme hautain, se parer d’un flégme philosophique, en attendant que toutes les disputes soient terminées, c’est montrer un goût décidé pour l’incrédulité ;