‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 387 sur 504 · BERGIER, Trailé historique, etc., t. 1, pp · texte numérisé non relu

BERGIER, Trailé historique, etc., t. 1, pp

2. 1bid., pp. 52-53. Voyez suprà, p. 552. L'argument était devenu classique à la fin du xvi° siècle. Voyez l'usage qu'en fait La Mennais dans l'Essai sur l'Indifférence. Cf. plus loin, pp. 657 et seq.

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quiconque fait peu de cas de la religion y à déjà renoncé dans

son cœur !. »

L’indifférence équivaut done à l’irréligion formelle, et lindifférent n’a pas plus de religion qu’un athée, ni de motif plus solide pour pratiquer la vertu. La manière de parler des sceptiques le prouve surabondamment. Ils disent qu'ils décideraient volontiers à eroix ou pile la question de l'existence de Dieu. Mais ce n’est pas ainsi qu'ils se conduisent dans les affaires intéressantes de la vie. Lorsqu'on oppose au sceptique: « Le moyen de vivre heureux sans savoir qui l’on est, d’où l’on vient, où l’on va, pourquoi Pon est venu ? » 1l répond qu'il se pique d’ignorer tout cela sans être plus malheureux. Il ne fait ainsi que démontrer son orgueil, car il s’applaudit de n'être pas convaincu par des preuves qui convainquent le reste des hommes : « Jamais un sceptique ne-s’est accusé de manquer d’e us Il se flatte au contraire de mieux voir que tous les autres hommes. Une preuve de sa vanité est le mépris qu’il affecte pour ceux qui sont convaincus ?, » Et sur quels arguments s’appuie le doute volontaire des sceptiques ? Ils objectent la diversité des croyances : mais si la vérité ne se connaissait que par luna-

ninuté, il n’y aurait aucune vérité sur la terre, puisque les

sceptiques les mettent toutes en doute”. Ils éxigent des dé-

monstrations géométriques de la vérité, là où élle es n’ont que faire. Car d’abord la religion n’est pas un procès entre Dieu et l’homme où ce dernier doit résister jusqu’à lextinction de ses forces. Quiconque n’envisage pas la religion comme un bienfait la déteste déjà, et par suite est bien sûr de ne la trouver jamais suffisammentprouvée. D'ailleurs, ceux-là mêmes qui protestent que le Christianisme ne peut être démontré géométriquement avouent que si les hommes y trouvaient intérêt, ils douteraient de la certitude des Éléments d'Euclide.

Aussi, ne se donnent-ils pas la peine de chercher le moins du monde les preuves de la vérité qu’ils rejettent sans l'entendre

aucun incrédule n’étudie sérieusement les objections des théologiens. Et surtout, ils ne comprennent pas que ceux qui

aiment la religion en trouvent les preuves au fond de leur

cœur, et sont bien et légitimement persuadés ainsi: car Dieu

1. BERGIER, Trailé historique, etc., t. IT, chap. 11, he 2, $1,pp. 590-591. 3. 1bid. .$ Se

a destiné la religion à tous, aux ignorants comme aux philo. sophes ; elle ne peutdone être affaire d’érudition, de discussion et de critique. 4

Après avoir défendu contreles indifférents le fameux argument du pari de Pascal, en montrant que nul n’est à Pabri des misères de l'humanité, et que par suite l'hypothèse d'un. athée à la fois vertueux et parfaitement heureux est absurde, l’auteur conclut en s’écriant ? « Peut-on faire à Dieu une. plus grande injure que de le supposer indifférent sur le culte qui lui est dû; d'imaginer qu'il nous prépare des peines et des récompenses, et qu'il ne nous prescrit aucune religion ; que s’il en veut une, il n'a pas daigné la revêtir de preuves assez fortes pour convaincre un homme droit, et qui cherche la vérité de bonne foi? ? »

Au tome IV du même ouvrage, Bergier reprend encore une fois la question de l’indifférence religieuse, en l’envisageant plus spécialement sous l'aspect du problème de la tolérance. Il commence par distinguer les sens différents du mot lolérance, car il n’est pas de terme dont on ait plus abusé. On peut entendre par tolérance « la liberté accordée par le Gouvernement civil aux sectateurs de différentes religions, d'en faire l’exercice publie, d'en suivre les rites et la discipline, d’en enseigner les dogmes dans leurs assemblées ; c'est ce que l’on appelle folérance civile et politique? ».

Mais l’expression tolérance peut signifier aussi « l’indifférence à l'égard de toutes les religions ; elle consiste à les regarder toutes où comme également vraies, ou comme également fausses, comme de simples loix nationales, qui n'obligent qu'autant qu'il plait au Gouvernement de les adopter et de les protéger. Cette tolérance est la seule qui pût être goütée par les Incrédules.. » Mais ils ne s'accordent pas sur elle. Les Athées enseignent que toute religion est pernicieuse et fausse, qu'il n’en faut admettre aucune et que la paix ne peut subsister entre les hommes dès qu’ils croient un Dieu. « Cependant ces mêmes Athées prêchent la tolé-

1. BERGIER, Traité historique, ete., t. III, chap. 1x, art. II, $ 4. 2. Ibid., $$ 5 et 6.

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