BLAIZE, t. I. Introd., p
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un peu saillantes se couvrent d’une pâleur livide ; souvent la scène s'achève par un évanouissement!. Il est à l’étroit et comme emprisonné en lui-même. Sous le front haut et large commence, avec la vie, la nostalgie des grands horizons. Côtes de Bretagne, âpres et nues, tempêtes, rochers de granit battus des flots qui les blanchissent de leur écume, longues grèves où rien ne vit, où la vague mugit sourdement, speccle familier de sa race, c’est à votre immensité qu il voudrait élargir sa prison!
S'il se Fioiens vers la terre, comme l’ont fait si souvent les siens, soit aux Corbières ou à la Chenaïe, quelle communion entre ses landes bretonnes, et lui, descendant des marins devenus terriens, de ces hommes qui s’attachent au sol nourricier, et l’aiment d’un si jaloux, d’un si soigneux amour. Couché sur l'herbe ou voyageant le long d’une haie ou d’une plate-bande odoriférante, au milieu du chant des oiseaux, du bourdonnement des insectes, des cris de joie de tous les êtres, quelque chose en lui répond à toutes ces puissances, il se sent pénétré de la même vie profonde, et par l’extase de cette enivrante union, il s’évade de sa geôle étroite ?. Aussi, quand il rentre en lui-même, quel orgueil, et que de révoltes ! « Ils regardent ce que je regarde, mais ils ne voient pas ce que je vois » ; on lui prête cet impossible propos, un jour qu'avec sa cie bonne il contemplait la tempête enragée contre les remparts ?.
À cette enfance emportée et impatiente du frein, toute direction sentie est un joug, une insupportable oppression. Ses malices, ses saillies et ses jeux mettent en émoi ses camarades; et, pour le faire tenir tranquille, son maître n’a d'autre ressource que de lui pendre à la ceinture un poids de tourne-broche # : agitation maladive d’un enfant nerveux à l’excès. À la campagne il grimpe aux arbres comme un écureuil?, il nage jusqu’à l’épuisement, et si l’occasion
1. BLAIZE, t. 1. Introd., p. 8. Tous ces renseignements si souvent reproduits ont poursource première unique l’{niroduction de A. Blaize. Autant que possible je neciterai jamais que la première source du renseignement.
2. Cf. Essai d’un système de Philosophie catholique, ouvrage inédit de F. de La Mennais (1830-1831), recueilli et publié par Christian Marechal, 44° conférence (30 mars 1831), p. 279.
3, BLAIZE, t. I. Introd., p. 8.
SAINTE-BEUVE, Portr. contemp., t. I, p. 209 (art. de 1832). Ibid., p. 212. :
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$ s’en RENE le petit indiscipliné détache une barque et part en mer, tout ému de son équipée !.
Il manque à cette impétuosité la douceur apaisante des earesses où des gronderies maternelles; il manque à ce jeune cœur cet indulgent amour dont les faiblesses corrigent mieux que les sévérités des autres. Et comme ce biographe a raison, qui voit dans la mort prématurée de Mme de La Mennais un événement immense et fatal à son fils?! Ni les soins de sa tante des Saudrais, qui mourut, du reste, en 17943, ni ceux de cette servante dévouée, la Villemain, à qui sa mère, en mourant, l’avait confié, et qui, à force de patience, avait fini par lui apprendre à lire, ne pouvaient combler ce vide irréparable.
L'âme maternelle survit du moins en lui. À côté des colères emportées, d’exquises tendresses se révèlent déjà : « Il est vif, mais 1l a un cœur d’or », disait de lui sa vieille bonne. Ce n’était pas encore assez. Nul au fond n’est plus que lui docile aux suggestions du milieu. C’est pourquoi, vers huit ou neuf ans, ce cœur, une première fois, se laisse prendre aux douceurs de la piété 5. Il aime par-dessus tout les images, les objets de dévotion qu’on lui donne en récompense 7; on le surprend des heures entières à genoux devant des statues de la Sainte Vierge : ses camarades l’ont surnommé le petit bigot$. Souvent même, il va en secret adorer le Saint Sacrement dans les chapelles d’alentour*. À la même époque, il habite dans la maison paternelle une petite chambre sous le toit : il aime y faire de la dentelle 10, et, sur sa fenêtre, il cul-
1. ForGUES, Œuvres posthumes de F. Lamennais. Correspondance, t. I: Noles et Souvenirs, p. v. (édit., Paulin et Le Chevalier, 1858).
2. Biographie de M. l'abbé de La Mennais, par un solilaire (M. Hippolyte Barbier, d'Orléans). Paris, rue du Vieux-Colombier, 21. Grand-Desloges, 1841, in-18, p. 153. (Cette brochure fait partie de la : Biographie populaire du clergé contemporain.) Cf. aussi Galerie des contemporains illustres par un Homme de rien. Paris, Bureau central, broch. in-l8, PS0.
ï BLarze, t. I. Introd., p. 11.
4. Ibid. et PEIGNÉ (J.-M. ), Lamennais, sa vie intime à la Chienate Paris, Bachelier- Deflorenne, in-16, 1864, p. 25.