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la corruption monstrueuse et à la ruine des mœurs publiques. » Le conférencier invoque à cet égard l’exemple de Rome et d'Athènes: quid prosunt leges sine moribus ?
« Ce discours, conelut-il enfin, où l’on considère la religion dans ses rapports avec les intérêts temporels de l’homme, sans parler du côté le plus sublime, de ses intérêts éternels, aura peut-être paru déplacé dans la bouche d’un ministre de Jésus-Christ, Mais.je suis Français, et j'ai dû montrer à ces léthargiques indifférents que les seuls motifs qui peuvent les toucher, le salut de la patrie, celui de leur fortune, de leur repos, les contraignent de renoncer à l’indifférence religieuse ; j'ai dû leur faire avouer cette vérité inviolable, et leur prouver que nulle société sans lois, nulles lois sans morale, nulle morale sans religion !. »
Le plan de cette conférence était particulièrement solide et remarquable. Montrer que l’indifférence en matière de religion est à la fois déraisonnable et funeste, tel avait été l’objet de l’orateur. Il avait prouvé qu’elle est déraisonnable en établissant qu’on ne peut sans folie rester indifférent entre la religion et l’athéisme; qu'il n’est pas moins absurde de demeurer indifférent entre la religion naturelle et le christianisme avec tous ses dogmes; enfin qu’il serait insensé de considérer comme indifférentes, à défaut des dogmes, les formes différentes du culte.
Pour établir son second point, que l'indifférence religieuse est luneste à la société et au bonheur des hommes, l'abbé Frayssinous avait successivement examiné trois aspects de la question : 4° la supposition où l’on parviendrait à rendre le peuple complètement indifférent en matière religieuse ; mais cette indifférence complète n'étant qu'un athéieme pratique et déguisé entrainerait après elle toutes les conséquences morales et sociales de l’athéisme, conséquences vraiment désastreuses ; 2° la supposition où l'on conserverait pour le peuple les cérémonies du culte sans la doctrine et sans la foi : mais quelle serait l'efficacité de ce vain cérémonial ? 3 la supposition où l’on conserverait la religion tout entière, mais seule-
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ment pour le peuple : supposition insensée et pratiquement irréalisable, La conclusion, en montrant les bienfaits du Christianisme, sa nécessité morale et sociale, résumait fortement toute l'argumentation de la conférence.
L’abbé Teysseyre en avait été très frappé ; il avait soigneusement conservé les notes de la conférence, et même il y avait ajouté des observations marginales, des extraits de la lettre pastorale de l’évêque de Troyes, des citations de Pascal, Au début, qui traite des combats et des triomphes du Christianisme à travers les âges, il avait écrit : « Il faut refondre cet exorde d’après les quatre premières pages de M. de la Mennaie (sie)!.» Il s’agit des quatre pages par lesquelles s'ouvrent les Réfleæions sur l’état de l'Église en France au XVIIT siècle el sur sa siluation actuelle. Du reste, l'abbé Teysseyre ne se contente pas de renvoyer à ces pages; il précise : « Réflexæions, etc., pp. 104 et 108 », tant lui parut frappant le passage où Félicité de La Mennais a, pour la première fois, traité la question de l’/ndifférence en matière de religion.
La même année, l’évêque de Troyes (l’ex-abbé de Boulogne) l’avait combattue dans une lettre pastorale ? dont le retentissement avait été considérable. Il avait signalé, dans l’indifférence pour la religion, le véritable caractère du siècle, et l'avait montrée menaçant les mœurs d’une ruine entière. Il ne visait pas, d’ailleurs, la négligence des pratiques chrétiennes, mais « cette indifférence systématique qui tend à neutraliser tous les principes religieux et à simplifier tous les symboles », sorte de capitulation tacite qui, « sous prétexte de tranquilliser les consciences, ébranle toutes les certitudes, et ne tranquillise que les vices ». Telle est, selon la prédiction de Bossuet, la dernière des hérésies; car « lesprit humain, après avoir épuisé pendant dix-huit siècles tout l’art des sophismes et toutes les manières de s’égarer sur le dogme, sur la morale, sur les mystères et sur tous les objets de la révélation, se voit aujourd’hui ramené, par l’enchaînement même
2. Lettre pastorale de M. l'évêque de Troyes, 25 p. in-4. Chez Adrien Le Clerc, in-8, 1809. Reproduit dans les Mélanges de philosophie, d'histoire, de morale et de littérature, t. VI, pp. 272-277, 1809 (66° livraison).
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de ses erreurs, à ne plus savoir si l’on croit ou si l’on ne eroït pas, à ne plus faire de la religion qu’un problème sans résultat, un mot sans signification, une abstraction sans conséquence. » En vain décore-t-on cette apathie du nom de paix : « Comme si les vrais ennemis de la paix n’étaient pas ceux qui, sous prétexte d’union et de concorde, répandent des opinions nouvelles, déplacent toutes les bornes posées par nos pères, et remuent ainsi au fond des cœurs les sentiments inquiets et les pensées séditieuses »; comme si la paix n’était pas « dans la vérité qui unit, et non dans l’erreur qui divise ».
On voit que l’ex-abbé de Boulogne avait traité la question, selon son habitude, « plutôt en orateur qu'en métaphysicien ! ». Les deux La Mennais, dans les Réflexions sur l’état de l’Église, en s’attaquant eux aussi à l’éndifférence systémaltique, allèrent au contraire droit au cœur du débat, à la source cachée du mal : ennemi des philosophes, le disciple de Rousseau, Félieité, fait de Pindifférence la suite naturelle du matérialisme, qui lui-même est la conséquence nécessaire de la culture exagérée et presque exclusive des sciences physiques. On dirait qu'il n’y a « que les physiciens et les chimistes qui ne soient pas des barbares ? ». Doctrine pernicieuse, et funeste à l'avancement même des sciences physiques, puisque toutes ces sciences « ne croissent qu'à l'abri des sciences morales, et que l'avancement des unes et des autres est également dù au christianisme qui a ouvert à l'homme la route de toutes les vérités, en l’élevant à la connaissance de Dieu, vérité suprême, et qui, en dégageant l'esprit des sens, a introduit cette métaphysique sévère, ces méthodes rigoureuses de raisonnement dont l'analyse mathématique n’est qu'une application particulière#». Or « la métaphysique, qui est la science des vérités générales, est le fondement de toutes les autres sciences, puisqu'elles empruntent d’elle leurs principes et leur certitudei ». Et partout où la religion s'oppose à son développement, elles restent à l’état d'enfance.
Le matérialisme a done pour conséquence inévitable la décadence scientifique ; mais il conduit aussi plus directement encore à l'indifférence religieuse : « Autrefois du moins on
. BLAIZE, t. I., p. 45.
. Réflexions, etc., p. 106.
. 1bid., pp. 107-108.
. Tbid., p. 108.
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