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L'abbé Teysseyre, que nous avons déjà tant de fois rencontré, était né à Grenoble le 13 juin 1785; il était done de trois ans plus jeune que Félicité de La Mennais. Son père, diplomate, puis commissaire des guerres, avait été ruiné par la Révolution. Il semble qu'il ait dû à l’hérédité paternelle une âme élevée, d’une parfaite droiture; et à l'influence de sa mère, à côté des qualités austères qui distinguaient la noblesse de robe à laquelle elle appartenait, une grande sensibilité de cœur, la vivacité d'imagination et la finesse d’esprit. Après des études brillantes que la maladie seule vint quelquefois interrompre, 1l fut reçu à l’école Polytechnique, le douzième sur cent huit élèves, à la suite d’un examen qui lui avait valu les éloges et les encouragements du célèbre Monge. Il avait alors seize ans. À l’école Polytechnique, entouré d’ardents démocrates qui faisaient étalage de leur impiété, il se posa nettement en chrétien convaincu, et put exercer sur ses condisciples une grande et salutaire influence : plusieurs d’entre eux lui durent le retour à la foi perdue. Affilié à la fameuse congrégation du P. Bourdier-Delpuits, il s’appliquait à procurer de nouvelles recrues à ce groupe qui bientôt allait jouer un rôle si considérable. Vers la fin de l’année 1803, il suivit les cours de l’école des Ponts et Chaussées, et continua d’y déployer le même zèle contre les préjugés des incrédules. Bientôt, nommé répétiteur à l'école Polytechnique, et continuant son apostolat, il convertit, s’il faut en croire son biographe, une centaine de familles de professeurs ou d'élèves. Il devait ses succès autant à son affabilité et à sa douceur qu’à sa science: l'une complétait l’autre, et le monde se disputait un causeur charmant, un convive plein d’urbanité : mais
déjà il avait renoncé au monde. Malgré l'opposition de sa
mère, dont il finit d’ailleurs par triompher, sur le conseil du P. Bourdier-Delpuits, il entra au séminaire de Saint-Sulpice au mois de novembre 1806. Il y mena une existence toute de sainteté: ses vertus et son dévouement ne tardèrent pas à lui gagner tous les cœurs. C’est là que, par l'intermédiaire
de l'abbé Bruté, les deux frères de La Mennais l'avaient connu.
On à pu mesurer déjà l'empire qu’il exerçait sur eux. Ce qu'il y avait de plus admirable en lui, et ce qui en avait fait un catéchiste incomparabie, c’était l’alliance de l'esprit le plus naïf et du cœur le plus tendre ; naïveté charmante sous laquelle on découvrait sans peine la sublimité jointe à la profondeur. Ù
C’est rhaintenant, à l'heure où 8oñ influence va s'exercer sur Féli davañitage, qu’il faut contempler dé près cétte piëuse figure, et connaître les sources vives qui jaillissäient dé son âme d’apôtre. Tous ses cotiseils soht d'aimer la croix, et de repousser la poursuite empressée des consolations huraines : « Voulez-vous aimer säns souffrir, écrit-1l à l’un. dé sës pénitents. Voulez-vous dévénir tn saint sans épreuves ? Vüülez:vous le ciel sans la croix ? Ténéz, jé crois, comime je vous l'ai déjà dit, que tout votre mal vient d’un reste d'amourpropre qui recherche avec trop d’ardeur les consolations ét les douceurs ?. »
Il le répète ailleurs encore, dañs cette forme précieuse qui lui va si bien, et dont il doit au commerce de saint François de Sales une partie de la grâte un peu maniéréë : « Détachonsnous de plus en plus de cé lait de consolatiotis qûe Dieu donne aux âmes faibles, attachons-noûs dé plus en plus à la croix toute sèclie, toute froide qu’elle est, abandontions-noüs entre les bras de notre doux Säuveur, glacé, mais par une mort d'amour ?. » C'est ainsi qu'ilentoutrage ävéc un empréssement dont la recherche n'est pas exclüé, avec üne animation joyeuse et tendre, à laquelle üné pointe W’artifice donne je ne sais quoi de piquant, c'est aiñsi qu'il engage ses disciples à chanter « le cantique du saint abandon ». Nul plus que li ne se plait à voir martyrisée la nature: c'est le gage du salut, de la gloire, pourvu que le détouragemeñit ne survienne pas: « Oh! que j'airhé vos oraisons d’humilité, vos communions sèches, vos actes d'amour glacé, votre vie d’obscurité, de
1. Cf. PAGUELLE DE FoLLENAY, Monsieur Teysseyre, ancien élève de l’étolé polytechnique, prêtre de Saint-Sulpice, fondateur de la petite commu nauté dés clérés de Saint-Sulpice. — Sa vie, ses œuvres, ses lettres, 1 vol. in-18. Päris, Poussielgue, 1882.
PAR TRERE DE FOLLENAY,;, Monsieur Teysseyre, etc.; Lettres spiriluelles, p- 370. .