SERRE
indispensables, mais encore les moyens extrêmement utiles de parvenir à sa fin, et comme il n’est pas contestable que la religion catholique considérée d’une manière purement naturelle dans ses dogmes, sa morale et son culte, ne soit utile à la gloire de Dieu et au salut de l’homme, il est done vrai que du point de vue même naturel il faut embrasser la religion catholique f!.
Maus la nécessité indispensable de la foi et de la pratique de la religion deviendra plus évidente encore si on la considère dans l’ordre surnaturel.
En effet, de ce point de vue, la religion catholique se
montre à nous comme essentiellemeut surnaturelle dans son
origine, sa fin et ses moyens. Dans son origine, elle est une institution divine établie et manifestée par une révélation accompagnée de miracles et de prophéties. Quant à sa fin, elle se propose de rétablir l’homme dans sa fin surnaturelle dont le péché l’a fait déchoir. Cette fin surnaturelle est la vision intuitive de Dieu dans le ciel, rendant l’homme parfait et heureux. Quant à ses moyens, ce sont des dogmes mystérieux et une loi d’une perfection très au-dessus des forces de l’homme. Des secours d’ordre surnaturel, grâces intérieures et extérieures méritées par la médiation du Fils et appliquées par le
ministère et l’action du Saint-Esprit rendent l’homme capable
de croire et de pratiquer ?.
Il est clair que si Dieu veut librement appeler et conduire l’homme à cette fin sublime et surnaturelle même après sa chute, cette fin devient alors aussi nécessaire et aussi indispensable que sa fin naturelle. Dès lors, comment les moyens pour y conduire Phomme seraient-ils arbitraires et indifférents ? ils sont au contraire aussi fondés sur l’essence même des choses que les moyens naturels: le mystère de la Sainte Trinité n’est pas moins fondé sur la nature de Dieu que le dogme de l'union de lâme et du corps sur la nature de l’homme. Et par suite nous devons reconnaissance, adoration, amour au Fils et au Saint-Esprit après leur manifestation dans la rédemption, de la même manière et dans la même mesure que nous les devons à Dieu pour les bienfaits de la création et de sa providence. D’où suit que l’indifférent sur la
1. Arch. de Saint-Sulpice, Instr. dogm. de M. Teysseyre, p. 39. 2. Ibid., pp. 40-41.
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doctrine de la religion surnaturelle n’est pas moins coupable que l’indifférent sur la doctrine de la religion naturelle.
C’est là que, brusquement, est interrompu le premier mémoire inédit de l'abbé Teysseyre. Après avoir prouvé la nécessité indispensable de la religion catholique par l'autorité de l'Écriture et de la tradition d’une part, de l’autre par la raison, il réstait encore à l’auteur, pour achever le développement du plan qu'il avait indiqué, à prouver cette nécessité par l'autorité du consentement de toutes les sectes de l'univers avant la naissance moderne du tolérantisme, et surtout à traiter le second point, en démontrant la facilité suffisante de la religion catholique supposée véritable pour procurer la gloire de Dieu et le salut des hommes. C'est là-dessus qu’il avait quitté la partie.
Du moins en avait-il dit assez pour prouver que le déisme, comme l'avait proclamé Bossuet, n’est au fond qu'un athéisme déguisé. Avec l’abbé Teysseyreil est déjà sensible que nous ne quitterons pas l’apologétique classique. Nous marchons sur le terrain solide, par les voies sûres et déjà frayées, que Saint-Sulpice a toujours préférées.
Cette brusque interruption s’explique, nous semble-t-il, par des lacunes assez graves que le second Mémoire, intitulé : Réfulation du système de la Tolérance et de l’Indifférence en malière de religion?, semble avoir pour but de combler, Et d’abord, à la différence du premier Mémoire, celui-e1 replace la question dans la controverse sur la religion en montrant que toute cette controverse roule sur deux objets principaux : le premier, sur la vérité de la religion, contre les indifférents, pour les forcer à examiner ses preuves et à l’embrasser si elle est vraie; le second contre les sectaires qui prétendent l’avoir reconnue fausse après examen, afin de les convaincre de leur erreur. La question de lindifférence en
1. Arch, de Saint-Sulpice, /nstr, dogm. de M. Teysseyre, p. #1. 2. Ibid., p. 42,