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LES PRÉCURSEURS DE L' € ESSAI SUR L'INDIFFÉRENCE » GAl
matière de religion se trouve donc être la question primor-
diale, celle qu'il faut traiter avant tout : il faut prouver
d’abord contre les indifférents qu’ils sont obligés d'examiner
et d’embrasser la religion catholique, en leur montrant que, si elle est véritable, il n’y a point de salut hors de la société de ceux qui la croient et la professent. Cette preuve une fois procurée, alors seulement on leur démontrera, ainsi qu'aux sectaires, que cette religion est véritable, c’est-à-dire met véritablement le salut à la portée de tous les hommes !. |
Il ne suffit pas, d’ailleurs, d’avoir posé la question ; il faut définir les termes. Cette définition n'avait été qu'à peine esquissée dans le premier mémoire, où la distinction de l’intolérance religieuse, de l’intolérance civile et de l'intolérance des particuliers contre les personnes avait été brièvement siynalée. Ici, l’on insiste au contraire sur les différentes acceptions des mots indifférence et tolérance. On montre que l’indifférence est un état mitoyen de l’âme entre l’amour et la haine, le mépris et l'estime pour ce que l’on regarde comme inutile à la fin qu’on se propose. L’indifférence est done dans les sentiments de l’âme, tandis que la tolérance est dans la conduite. On peut être tolérant sans être indifférent, mais on doit être tolérant à l’égard des choses qui n’éveillent que l'indifférence *.
En effet, la tolérance est la conduite par laquelle on s’abstient de condamner et de combattre un moyen parce qu’il
n’est pas absolument incompatible avec la fin qu’on se pro-
pose. Et comme il y a deux manières de considérer toute religion, l’une proprement religieuse, dans ses rapports avec la gloire de Dieu et le salut de l’homme ; l’autre purement politique, relativement à l’intérêt temporel de la société, on doit aussi distinguer deux sortes de tolérances en matière de religion, l’une politique, l’autre religieuse #.
La tolérance religieuse consiste à s’abstenir de condamner ou de combattre‘ aucune religion, en les regardant toutes comme étant à peu près également inutiles ou également utiles au salut de l’homme et à la gloire de Dieu.
L'intolérance religieuse consiste au contraire à soutenir que la seule religion véritable peut procurer la gloire de Dieu
1. Arch. de Saint-Sulpice, /nsir. dogm. de M. Teysseyre, p. 42. 3. Ibid., p.43.
et le salut des hommes. Elle exige donc que l’on condamne et réprime les autres religions, mais par des moyens purement spirituels, les seuls que la religion fournisse et autorise. Selon les catholiques, ce droit de juger et de réprimer les doctrines perverses appartient à l’autorité des pasteurs de l'Eglise. L’intolérance religieuse ainsi comprise n'exclut nullement, elle appelle au contraire plusieurs formes de la tolérance : d’abord celle de l’Église, qui, laissant à Dieu le soin de juger et de punir les consciences, ne condamne que les doctrines ; puis celle des simples fidèles qui doivent d’abord excuser et tolérer toutes les opinions que tolère l'Eglise; et qui, d'autre part, doivent se bien garder de condamner les consciences puisque l'Église même laisse ce jugement à Dieu. Telle est la tolérance de support, qui se concilie parfaitement avec le zèle pour convertir, tandis que l’insouciance philosophique n’est qu’une indifférence barbare pour la vérité!.
On voit immédiatement combien l'intolérance religieuse diffère de l'intolérance civile. La tolérance civile consiste en effet à s'abstenir de condamner et de réprimer aucune religion, toutes étant considérées comme également indifférentes, ou également utiles à l'intérêt temporel de l'Etat. L’intolérance civile, à linverse, considère certaines religions, ou même toutes les religions comme dangereuses pour l'État. En ce cas, les moyens de répression et de jugement sont temporels et politiques comme la société. Ils sont confiés au gouvernement et aux magistrats qui veillent au bien public. Et cette intolérance civile des erreurs conduit nécessairement à l'intolérance des personnes, puisque le gouvernement ne peut réprimer efficacement une secte dont la doctrine perverse est opposée à l'intérêt social, sans persécuter les particuliers qui la professent et la propagent.
[1 est donc clair que l'intolérance civile est tout le contraire de lintolérance religieuse, laquelle n’est pas incompatible avec la tolérance civile que prescrit en général une sage politique?.
Reprenant alors la démonstration déjà présentée dans le précédent mémoire, on s’attache à prouver que la Tolérance religieuse est absurde dans l’hypothèse où la religion chré-
1. Arch. de Saint-Sulpice, /nstr. dogm. de M. Teysseyre, pp. 43-44. 2. I1bid., pp. 44-45. ;
tienne est la véritable religion, en sorte qu’elle seule peut conduire au salut,
Le premier argument, simplement résumé dans le premier mémoire, est développé : ici et appuyé de textes nombreux. Il ces tiré de la révélation dont le dépôt est renfermé dans l'Écriture et la Tradition. L’Écriture sainte enseigne clairement que hors de la véritable Église il n’y a pas de salut : l'Eglise n'est-elle pas appelée unica sponsa, unum corpus, J.- C. regnum, domus Dei, etc.? Les saints Pères, saint Augustin, saint Jérôme, saint Fulgence, n'ont-ils pas vu dans l’arche de Noé une image frappante de l’Église ? Et tous les textes sur la nécessité du | baptême ne bnnents ils pas con- - lirmer cet enseignement? De tous ces textes il résulte non - seulement qu'il n’y a point de salut hors de l'Eglise, mais - encore que la véritable Eglise se compose uniquement de # ceux qui croient à la véritable religion, et'exelut de son sein tous les autres. Les textes qui prouvent cette seconde assertion sont si nombreux qu’il faut les classer en trois groupes :
1° Les allégories et les figures de l'Église ;
2° L'unité de la foi et du baptême;
3° Les textes qui établissent l'existence d’une autorité . infaillible pour diriger les hommes au salut : elle leur impose . l'obligation de lui obéir, sous peine d’être comme des païens ?.
La Tradition n’est pas moins explicite à cet égard. L’au- . torité de la pratique et de la tradition on di et perpétuelle de toutes les Églises, considérées d’une manière purement humaine et historique d'après les règles de la critique, est décisive à l’égard de la question présenté: ; car il s’agit d’un fait éclatant, populaire, de la plus grande importance, sur lequel la foi des fidèles a toujours dû être explicite et pratique, le fait de l’enseignement des apôtres sur les moyens indispensables du salut. Sur un pareil fait, les témoins n'ont pu être ni trompés, ni trompeurs, et rejeter cette autorité de la tradition, ce serait croire, par un excès d’orgueil et de témérité :
1° Que l’on entend mieux le symbole et l’Écriture sainte que tous|les Pères, les Conciles et l’Église depuis mille six cents ans;