‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 420 sur 504 · Cette RS nf dot · texte numérisé non relu

Cette RS nf dot

nécessité indispensable de l'examen des preuves de la vérité

de la religion; ensuite la facilité suffisante de la croyance et

de la pratique de la religion.

Le développement du premier argument invoque le vonsentement de l'univers, l'autorité de la religion chrétienne telle que l'ont professée l’Église catholique et les sectes pendant mille six cents ans ; enfin la raison! Quelle autorité plus imposante que de voir toutes les religions, tous les peuples pendant tous les siècles, malgré la différence de préjugés, de circonstances, s’accorder pour condamner Pindifférence en matière de religion comme une témérité insensée et

criminelle ! A cette autorité du consentement commundu genre

Il signalé : « la conduite pleine d'inconséquence et de folié de cette multitude d’indifférents par passion, qui ne veulent pas même éntendre parler de religion, sans s'informer auparavant si elle est absolument nécessaire ou non, aveuglément brutal, endurcisse-

ment stupide contre lequel il fau-

drait plutôt faire briller la foudre

et gronder le tonnerre des ven-

geances du Seigneur que proposer

des arguments et des raisons »

(Inédit. Arch. de Saint-Sulpice, ms.

Teysseyre, p. 60.)

aucun intérêt de savoir si elle est vraie ou fausse, ou aucun moyen de nous en assurer.

(HU p215")

Je veux parler de ces faibles chrétiens qui, séduits par les plaisirs ou distraits par les affaires, où subjugués peut-être par le vil respect humain, s’abandonnent au torrent du siècle, éloignent de leur pensée des vérités importunes, sans les révoquer en doute, et, dans leur funeste inconséquence, ne tiennent à la Religion que par une foi stérile et de languissants remords. Que dire à ces infortunés? Ilsse condamnenteux-mêmes.

Leur raison ne se refuse à aucun aveu. Ce n'est pas là qu'est le siège du mal. Ils n’ont pas besoin d'être convaincus, mais remués, mais justement effrayés sur le sort qui les attend. Il faudrait porter la terreur dans leur conscience assoupie, et la réveiller au bruit formidable des vengeances du Dieu dont ils fatiguent la patience et tourmentent la miséricorde.

(T. I, chap: 1, p. 43. — 1lre éd.

pp. 20-21.)

Cf, aussi Zntrod., p. 4 (1 éd., p. 1), où l’auteur parle de « la brutale insouciance » des indifférents, et surtout le chap. virr : Réflexions sur la folie de ceux qui, ne raisonnant point, ne sont indifférents que par insouciance el paresse, etc.

1. Arch, de Saint-Sulpice, /nstr, dogm. de M. Teysseyre, pp. 61-62.

humain !, il faut ajouter en outre l'autorité de la religion chrétienne telle que l'ont professée l’Église catholique et toutes les sectes pendant mille six cents ans avant la naissance du tolérantisme. Cette autorité, surtout décisive contre les tolérants qui ont conservé quelques vestiges du christianisme, n’est pas moins victorieuse contre les autres tolérants puisque d’une part l'autorité de la religion chrétienne et de l’Église catholique sont manifestement les plus grandes et les plus imposantes de toutes; et puisque, si la nécessité absolue de la religion catholique est un dogme fondamental de cette religion, elle ne peut être vraie sans que ce dogme ne le soit aussi?. Tels sont les arguments d’autorité.

Quant à l’argument de raison, il consiste à montrer que la véritable religion est nécessaire au salut de l’homme, en établissant que le système de l'indifférence des religions est incompatible avec la perfection et le bonheur de l’homme, et injurieux à la gloire de Dieu #. On le prouve pour la partie de la religion qu’on appelle religion naturelle, puis pour la partie qu'on appelle surnaturelle : il suffit d'établir d’abord que la morale, le dogme ni le culte ne sont en aucune manière indifférents au salut de l’homme dans la religion naturelle. Or, c’est ce qui peut se démontrer aisément. Car on ne soutiendra pas sans doute qu’il soit indifférent de pratiquer la morale qu’enseigne la religion naturelle ou la morale abominable, licencieuse, des païens et de certains philosophes qui nient la liberté et la différence essentielle entre le bien et le mal. Pareillement, l'indifférence ne saurait s'étendre aux dogmes absurdes et

1. Arch. de Saint-Sulpice, Instr. dogm. de M. Teysseyre, p. 62. Cf. Essai sur l'Indifférence, t. I, p. 68 : «Il n’existe aucun exemple d'une erreur ainsi adoptée universellement, et surtout d’une erreur qui froisse les passions.» — Cf. aussi ébid., chap. vi, pp. 138-139 : « Partout, dans tous les Lemps, l'homme a eu l’idée de Dieu et lui a rendu un culte public ; partout, dans tous les Lemps, l'homme a reconnu la distinction essentielle du bien et du mal, etc.» — Cf. aussi ibid., chap. vin, p. 199.

2, Arch. de Saint-Sulpice, {nstr. dogm. de M. Teysseyre, p.63. Cf. Essai sur l'Indifférence, t. 1, chap. vu, p. 167 : « Tous les Pères, tous les conciles, tous les chrétiens, soit catholiques, soit hérétiques, ont ignoré, jusqu'à la naissance de la Réforme, la distinction de dogmes fondamentaux et non fondamentaux ; ils ont cru qu'il n’y avait qu’une seule foi par laquelle on pût être sauvé, qu’une seule Église qui professât cette foi, excluant du salut toutes les sectes séparées de cette unique et véritable Église. Or, si une erreur de cette importance a pu régner universellement pendant seize siècles, si, pendant seize siècles personne n’a su ce que c'était que l'Église, etc... le christianisme est évidemment faux... »

3. Arch. de Saint-Sulpice, Instr. dogm. de M. Teysseyre, p. 64.

1 en L'RA,

impurs du paganisme et de l’athéisme : les dogmes de la religion naturelle, existence d’un Dieu infiniment parfait, créateur et législateur du monde, âmes libres et spirituelles, vie future pour récompenser la vertu et punir le crime, ne sont pas des dogmes indifférents àla perfection et au bonheur de l’homme. Autant dire que l’homme pour parvenir à la perfection et au bonheur n’a pas besoin de connaitre son origine,sa nature, les lois qui l’obligent et la fin où il doit tendre, et qu’il peut rester semblable à l’aveugle voyageur qui marche sans savoir d’où il vient, où il est, où il va!. On n’échapperait d’ailleurs pas à ces conséquences en alléguant les motifs purement humains et temporels qui peuvent faire pratiquer la morale indépendamment des dogmes religieux : car d’abord l'expérience et la raison montrent combien ces motifs sont inférieurs à ceux que propose la religion; puis, si tous ces motifs réunis sont souvent impuissants, que deviendrait le monde si l’on en retranchait tous ceux qui sont constamment les plus efficaces ?? Enfin ces dogmes sont nécessaires au salut de l’homme parce qu'il ne lui suffit pas de faire des actions bonnes en elles-mêmes par des vues criminelles ou indifférentes : il faut encore qu'il les dirige par des intentions

droites vers sa fin2.

On ne saurait se retrancher sur le culte en le déclarant indifférent à la perfection et au bonheur des hommes. Car il s’agit précisément de savoir si la pratique du véritable culte n’est pas nécessaire à la bonne vie d’un honnête homme. Or : 1° L'obligation d’honorer Dieu par un culte intérieur,

1. Arch. de Saint-Sulpice, Instr. dogm. de M. Teysseyre, pp. 65-66. Voici des textes dont le rapprochement est instructif. D'abord, dans cette partie du manuscrit inédit de l’abbé Teysseyre : « Qu'importent au salut de l'homme de bien les dogmes de votre prétendue religion naturelle ?

« Ce qu'ils importent, dites-vous ? et c’est que sans le secours de ces dogmes il est impossible de bien vivre et d'être honnête homme. Ce qu'ils importent ? Ah! souffrez que je vous le demande ici à vous-mêmes. Je vous cite au tribunal de votre conscience, etc... »

Écoutons maintenant l'abbé de La Mennais :

« Ici j’en appelle hardiment à l'expérience générale, j'en appelle à la conscience même de l'indifjérent.. son indifférence pour les dogmes vient de son aversion pour les devoirs ; … on ne peut séparer la règle de la foi de la règle des mœurs, il cherche l'indépendance des actions dans l'indépendance des pensées. » (Essai sur l’Indifférence, t. I, pp. 214- 215.)

2. Arch. de Saint-Sulpice, {nstr. dogm. de M. Teysseyre, p. 67.

Page 1