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Que Jésus-Christ soit Dieu, dirait-il, ou un scélérat, ou un homme sage, qu'il soit présent ou non dans l’Eucharistie, que l’Église romaine soit infaillible ou l’infâme prostituée de Babylone, qu’il y ait un enfer éternel ou qu’il n’y en ait point, peu m'importe, je croirai là-dessus tout ce qu’il me plaira.
On voit qu’une pareille profession de foi est une dérision sacrilèget. Mais on peut aller plus loin. Le vrai sens de la Révélation serait celui-ci: « Il est vrai que le Verbe s’est fait chair, qu'il est mort pour le salut du monde, cependant sice mystère est trop au-dessus de votre faible raison, il vous est libre de penser que Jésus-Christ n’était que le fils d’un charpentier ou même un scélérat mis à mort parce qu’il s’arrogeait le titre de Messie. IL est vrai que l'Évangile est un livre divin et sublime qui contient la règle de vos actions, mais si ses préceptes vous paraissent trop durs, vous pouvez les regarder comme des fables et vous livrer sans crainte aux passions. de votre cœur. Il est vrai qu’il y a une autre vie où ma justice accablera le coupable et le punira dans le feu de l’enfer pendant toute l’éternité, cependant si cela vous fait peur, point de contrainte, croyez-en tout ce qu’il vous plaira ?. » /
Au lieu de ce langage absurde et impie, l'Eglise catholique dit au contraire :
Il n'y à qu'une seule religion, vraie, pure, sublime, qui
puisse glorifier Dieu et sauver l’homme. Tous sont obligés de:
la chercher, de la croire et de la pratiquer selon la mesure de grâces qui leur est offerte par la Providence; et elle se charge d'y faire parvenir au moins à article de la mort * tous ceux qui la cherchent de bonne foi.
1. Arch. de Saint-Sulpice, {nstr. dogm. de M. Teysseyre, pp. 78-79. 11 ajoute : « plus impie et plus absurde encore que le plus exécrable athéisme. » — Cf. Essai sur l'Indifférence, t. I, chap. vu, p. 169 : «Je soutiens qu’il est infiniment plus absurde de prétendre qu’il soit permis de nier une partie seulement de la révélation que la révélation tout entière ; ou, en d'autres termes, que le système des points fondamentaux est plus déraisonnable, plus inconséquent, plus injurieux à la Divinité et plus désespérant pour l’homme que le déisme, etc... »
2. Arch. de Saint-Sulpice, Znsir. dogm. de M. Teysseyre, p. 79.
3. Ibid., pp. 79-80. « Au moins à l'article de la mort. » Pour le développement de ce point, cf. Essai sur l'Indifférence, 1. [, chap. 1x (2° partie, chap. u), pp. 238-239 : « Cependant, il faut le dire à la gloire de la
52 foi, ilest peu d'incrédulités que la mort n’ébranle, etc... »
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Reste à montrer que la religion catholique est à la portée de tous les hommes !. On le prouve d’abord pour les premières notions de cette partie du christianisme qu’on nomme religion naturelle : existence d’un Dieu créateur, maître de l’univers, législateur, rémunérateur et vengeur, voilà de ces vérités qui persuadent tout homme de bonne foi qui a le sens commun ; du reste elles ont aussi pour elles l'autorité du consentement perpétuel de tous les peuples de l'univers ?.
On accordera qu'il serait téméraire et insensé de rester indifférent sur la religion naturelle. Mais toutes les religions positives et surtout la religion catholique sont absurdes, dirat-on, remplies de mystères incompréhensibles et de mensonges. Du moins leurs prétendues preuves sont si obscures qu'elles sont hors de la portée du sens commun. Il vaut donc mieux les laisser pour ce qu’elles sont, rester indifférent à la vérité du christianisme et de l'Église catholique, et s'attacher à la seule religion naturelle.
On répondra : l'Église catholique soutient que ses preuves sont tout aussi suffisamment à la portée de tous les hommes que celles de la religion naturelle. Il suffit de distinguer trois classes d'hommes : 1° Ceux qui ne peuvent absolument pas connaitre aucune religion. Les catholiques comme leurs adversairés admettent que pour ceux-là, Dieu supplée par des moyens extraordinaires et intérieurs à l’insuffisance des moyens ordinaires. 2 Ceux qui sont capables de saisir quelques principes évidents, quelques faits incontestables et quelques vérités de sens commun. À ceux-là l’Église catholique prétend offrir une multitude de preuves invincibles et aussi faciles à saisir que celles des premières vérités de la religion naturelle ou des principaux faits de la vie d'Alexandre et de César dont personne ne doute. 3° Ceux qui, trop simples pour saisir les. moindres raisonnements, ne peuvent être instruits que par la voie d'autorité dont ils sentent invinciblement le besoin d’après
1. Arch. de Sulpice, /nstr. dogm. de M. Teysseyre, , p. 80. Cf. Essai sur l'Indifférence, t. 1, chap. vin (2° partie, chap. 1) p. 218 : « On soutient que s'il existe une véritable Religion, l'homme n'a aucun moyen de la discerner des Religions fausses, et nous prouverons que, dans tous les temps, les hommes ont eu un moyen facile et sûr de reconnaître la véritable Religion : d'où il résulte que l’'Indifférence n’est pas seulement un état déraisonnable, mais encore un état criminel. »
2. Arch. de Saint-Sulpice, Znstr. dogm. de M. Teysseyre,, pp. 81-82.