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jours le peuple croit et croira quelque chose. On aime mieux croire des riens que de ne rien croire.
De plus, comme le système de l'indifférence religieuse tend à multiplier à l'infini les erreurs dans la spéculation, et, d'autre part, ne peut empêcher que, dans la pratique, on ne méprise, on ne condamne, on ne haïsse les opinions contraires, loin d'introduire la paix entre les diverses sociétés religieuses, il ouvre au contraire la porte à une multitude infinie de dissensions, et à toutes les fureurs de l’intolérance la plus fanatique contre les personnes ?. Quelquelois une autre conséquence plus fâcheuse encore se produit : plongés dans la matière, engourdis dans une léthargie mortelle et une insensibilité stupide, les hommes mènent une vie trop animale pour s'occuper de la religion, et passent leur vie dans un athéisme pratique. C’est le second effet funeste de l'indifférence religieuse 3.
La raison montre d’abord que l’indifférentisme établit chez la plupart des hommes un athéisme pratique et déguisé. On ne veut pas croire et professer la vérité exclusive d’une religion, car ce serait s'engager à la pratiquer, ce qui serait trop dur et trop pénible. D'autre part, être franchement athée c’est se précipiter dans un abime d’absurdités où la raison se perd; c’est un désespoir qui fait horreur aux âmes honnêtes. — Pour éviter ces inconvénients, les indifférents prennent de l’athéisme tout ce qu'il a de commode, ils se font une religion à leur gré dont ils croient et pratiquent ce qu'ils veulent. Ils en repoussent seulement les dehors absurdes et horribles qui révoltent et font peur. Or l’athéisme ne nuit pas à la société en tant que spéculatif, mais en tant que réduit en pratique. D'où suit que l'indifférentisme religieux produit tous les effets de lathéisme “.
L'expérience vientici encore confirmer la raison. Les peuples anciens n’ont été formidables à leurs ennemis, ils n’ont joui de quelques vertus politiques et morales qu’autant qu’ils ont
1. Arch. de Saint-Sulpice, Instr. dogm. de M, Teysseyre, pp. 90-91.
2. Ibid., pp. 96-91. Cf. Essai sur l'Indifférence, t. 1, p.42 (1° éd., p. 19) : « Ainsi la Religion n'est point indifférente aux écrivains qui l’attaquent, à ces ardens zélateurs des doctrines désolantes, toujours empressés de saisir l'occasion de la calomnie, de la rendre odieuse et méprisable, en la représentant comme un assemblage de sottises nuisibles et comme un fléau du genre humain... »
3. Arch. de Saint-Sulpice, Instr, dogm. de M, Teysseyre, p. 93.