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Nicole et de Pascal, l'avait reconquis sur Rousseau à la foi ; il allait pouvoir mettre en œuvre toutce qu'il avait dû à Bossuet et à Bonald lorsque, revenu de Paris en 1806, il les avait si passionnément étudiés ; il allait pouvoir satisfaire sa vieille rancune contre les philosophes, et son désir de hâter la réu-
. nion des Églises en obligeant les protestants à choisir, pen-
sait-il, entre le catholicisme ou l’athéisme ; et cela, en traitant une matière pour laquelle l'opinion publique, préparée par
les conférences de l'abbé Frayssinous et par de nombreux
écrits, depuis plus de dix ans était müre..Sa vie passée
d’ailleurs allait se développer devant lui ; il n’allaitrien écrire .. pe A , . , . . . . 2 A , ,
qu'il n’eût vécu ; il n'allait rien dire, dont il n’eût éprouvé la
souffrance ou la joie dans ses fibres les plus secrètes. S'il
condamne le matérialisme philosophique et l’abjection des sens, c’est qu'avant son retour à l'Eglise, il en avait, disciple de Rousseau, partagé le dégoût avec lui ; s’il combat ardemment Rousseau, c’est que, quinze ans plus tôt, il s’est douloureusement arraché de ses prises, et, peut-être aussi, qu’il éprouve toujours sa présence inquiète en son cœur ; sil doit à Pascal une partie, non la moins émouvante, de son livre, c’est que la pensée de Pascal est, depuis longtemps déjà, l’une des forces. de son âme chrétienne ; s’il doit à Bonald tout le chapitre sur l’importance de la religion par rapport à la société, c’est qu'il s’est appuyé sur Bonald pour se défendre tant de fois contre les assauts du doute. Mais surtout, si d’une ardente passion il poursuit et flétrit l’indifférence, c’est, ne l’oublions pas, qu’elle est, à certains moments de dépression nerveuse qui font son tourment, le mal secret, le mal incurable de sa sensibilité lassée. Cet ardent champion des croyances n’est toujours à l'avant-garde de ce qu'il croit que poussé par la crainte du délaissement, sa grande, son inguérissable misère,
Quoique la division en deux parties soit postérieure aux premières éditions du premier volume de l’Essai (elle n’apparait qu’en 1825, dans la 8° édition), elle exprime de la ma-
nière la plus évidente le plan essentiel de l'ouvrage. Après
avoir réfuté dans une première partie, les différents systèmes d’indifférence, en montrant que tous de proche en proche vont se perdre dans l’athéisme, l’abbé de La Mennais établit, dans la seconde partie, l'importance de la religion par rapport à l’homme, par rapport à la société, enfin par rapport à Dieu. Les premiers chapitres montrent donc que tous les systèmes d’indifférence dogmatique se réduisent à l’indifférence absolue en matière de religion : ils groupent et définissent les adversaires contre lesquels est dirigé tout l’ouvrage; et, quant aux derniers chapitres, ils font sentir l'intérêt majeur que nous avons à nous assurer de la vérité de la Religion. Etablir l'existence d’un moyen sûr, aisé, infaillible de découvrir la véritable religion, montrer, en appliquant ce moyen, que le christianisme d’abord, puis, dans le christianisme, le catholicisme, est la véritable religion révélée de Dieu, tel devait être l’objet du second volume, à l’époque où l’abbé de La Mennais écrivait le premier. Ainsi l’athée serait conduit invinciblement jusqu’au catholicisme. Dans ce programme, remarquons-le bien, le premier volume constitue un tout: il se suffit à lui-même. Réfuter l'indifférence, en matière de religion, ce n’est pas prouver la vérité du christianisme catholique, c’est forcer lindifférent à convenir qu'il a tort, Pobliger à reconnaître qu'il n’est rien, dans la religion chrétienne, qui ne mérite son amour ou sa haine, selon qu’il la juge vraie ou fausse. C’est ce que le premier volume de l’Essai sur l’Indifférence accomplit excellemment. L’Introduction, qui pose le problème dans ses termes les plus généraux, s’inspire manifestement des Réflexions sur l'État de PÉglise en France dont elle condense et précise les résultats. Le mal du siècle, déclare l'abbé de La Mennais, c’estle mépris des Véritésspirituelles : «religion, morale, honneur, devoirs ! » sont des mots vides de sens, et l’on met son orgueil à les ignorer. Des habitudes de vie qui asservissent l’esprit aux sens, des habitudes de pensées qui le plient exclusivement à la culture des sciences physiques, telle est la double cause d’une situation si regrettable. Car « la vérité est la vie, l'unique cause d'existence de l’homme et de la la société? » ; tout
1. Essai sur l'Indifférence, t. I, p. 4. Toutes mes citations se référeront à l'édition aujourd’hui courante (Garnier, in-18). Mais lorsque le texte aura été corrigé, je renverrai à la 1"° édition.