Arch. des Frères, n° 110. Lettre du 3 avril
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sachant croire parce qu’on le doit, capable de se prendre
soit aux faits, soit même aux idées dans la mesure où ils en-
gagent les intérêts du foyer ou les bases de la cité. Alors,
la notation sera minutieuse, la description consciencieuse et
complète, et l’obstination à défendre la vérité ira jusqu’à la
passron. Voilà de solides assises pour la destinée littéraire,
philosophique et religieuse de Félicité de La Mennais, son
« fils.
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Que devenaient, pendant ce temps, Jean-Marie et Félicité ?
N’allons pas nous imaginer ces deux jeunes gens, dont Pun a vingt ans et l’autre vingt-deux ans, comme de graves philosophes, tout absorbés dans leurs pensées, uniquement occupés de leurs peines intellectuelles. C’est pour Féli que Louis-Marie s'applique à décrire minutieusement ce qu’il voit; et s’il insiste en particulier sur la vie rurale, c’est à la demande
expresse de son frère. Nul n’aime davantage la campagne et
les voyages. C’est affaire de tempérament, de milieu, d’habitudes d'enfance, de lectures. Comme Montaigne, qu'il a déjà beaucoup pratiqué, il goûte les détails originaux, les particularités des mœurs étrangères. Louis-Marie lui destine done son explication de la misère espagnole dont il s’enquiert curieusement. Le 24 décembre 1802, le voyageur écrit de Cadix : « Féli m'engage à vous donner la suite de mes observations sur l'Espagne... On est surpris de voir le pays le plus heureusement situé et le plus fertile de l'Europe presque inculte, et la majeure partie de ses habitans dans une extrême misère. En voici la principale raison : le terrein (sie) n’est point divisé, ce sont au contraire d'immenses propriétés qui appartiennent soit aux grands seigneurs, soit à l'Eglise. Au moment des récoltes, les bras manquent, et les journées se payent jusqu’à une piastre ; alors dans l’intérieur l’activité est grande, et le journalier gagne dans un court espace de temps de quoi se procurer du pain, de lail, de l'huile et du piment dont il se nourrit le reste de l’année. Le travail pour ensemencer est presque nul; il se borne à donner un seul labour à la terre
tous les deux ans !, » Après l'avoir ainsi remuée à quatre ou. cinq pouces de profondeur, on l’ensemence : « Lorsqu'il pleut au printemps les récoltes sont excellentes ; mais la sécheresse détruit tout, ce qui n’arriverait pas s’ils donnaient un premier labour à la terre avant de l’ensemencer. Les terres restées en jachère servent de pâture aux moutons, mais une quantité beaucoup plus grande est absolument inculte... jamais on ne porte de fumier où l’on sème; on le brüle pour n'avoir pas la peine d'aller couper du bois à une plus grande distance, tant est grande l’inertie.… Les grands n’habitent point leurs terres, les plus riches couvents sont toujours à court d'argent, et il faut un sol aussi riche pour entretenir une pareille fainéantise?. » L’appréciation, juste et sévère, est adressée à quelqu'un qui, sans doute, ne passe point pour un partisan du droit d’aînesse, ni des biens de mainmorte, ecclésiastiques ou non. |
Féli n’est pas moins curieux des coutumes religieuses que son frère Jean-Marie. Leurs correspondants leur envoient sans compter les détails qu’ils peuvent désirer; les processions sont longuement décrites, ainsi que les offices, dans leurs moindres particularités : « On annonce ici comme ailleurs les Eglises où il y a des indulgences, le nom du prédicateur, ete. et à la porte de ces églises on voit ün prêtre et une femme pour recevoir les aumônes. Hier, à l’église Saint-Antoine, un prêtre qui remplissait cette charge demandait pour Saint-Antoine, et l’autre demandait pour la sainte Trinité : il n°y avait dans les plats que des monnayes de cuivre 3. » Malheureusement, les mœurs du clergé d'Espagne ne sont faites pour édifier ni les voyageurs, ni letirs curieux correspondants : « Les mœurs de Madrid, si l’on en croit les habitans honestes de cette capitale, sont les plus débordées de toute l'Europe. Les grands et le clergé donnent l'exemple de tous les vices. Je n’entrerai dans aucun détail, ils saliraient le papier, mais le vice ne se cache pas, il marche la teste levée, et c’est alors le dernier excès de la dépravation. Le nombre des étudians excède cinquante mille en Espagne. Vous en trouvez fréquemment sur les grands chemins demandant l’aumône, et on n’aime pas à les y rencontrer. Notre conducteur pria hier un de ces Messieurs