‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 443 sur 504 · Jbid · texte numérisé non relu

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Ces dernières considérations appartiennent à la tradition. Elles ne sauraient nous faire oublier que dans ce premier assaut, dirigé contre la position des indifférents politiques, à côté de la flamme que des souffrances personnelles, des malheurs familiaux et des déceptions patriotiques ont allumée contre les premiers auteurs responsables de si grands maux, brillent des lumières moins pures: à travers l’argumentation traditionnelle de Saint-Sulpice et de l'abbé Teysseyre, se glisse, s'insinue déjà, à la faveur de Bonald, une argumentation renouvelée de Rousseau, inquiétante, et qui ramène le prêtre catholique dans le dangereux sillon du philosophe de Genève. Déjà, ce n’est plus la sensibilité seule de l'abbé de La Mennais en laquelle demeure gravée l'influence de Jean-Jacques Rousseau ; celui-ci ne contribue pas seulement à maintenir chez lui, toujours vivante et souvent emportée, la passion de la liberté, qui reparait sous les noms divers dont elle se déguise : spiritualité, christianisme, et jusqu'à Dieu même ne sont pour lui comme pour Rousseau que les garanties nécessaires de la véritable liberté. Mais Jean-Jacques fait plus encore: visiblement sa théorie de l’universalité du christianisme, du véritable christianisme conçu comme religion naturelle et nécessaire du genre humain, cette doctrine issue directement du système des points fondamentaux de Jurieu, continue de hanter la pensée de La Mennais : Rousseau occupe toujours les avenues de son intelligence, et l’on peut déjà prévoir qu'un jour, lorsque certaines influences qui résistent à la sienne seront écartées par la mort, par la situation ou par les affaires, ce maître de son enfance et de sa jeunesse le ressaisira tout entier.

On ne s’expliquerait pas les intentions véritables ni même . la raison d’être du septième chapitre de l’'£ssai sur l’Indifférence, si l’on n’avait présentes à la pensée les considérations qui précèdent. Il s’agit, pour l’abbé de La Mennais, de réserver en face de Jean-Jacques Rousseau l'originalité du

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point de vue qu’il lui emprunte, et de montrer que le philosophe de Genève, tout en reconnaissant la nécessité d’une religion positive qui soit véritable et qui soit en même temps l'institution religieuse universelle, n’a jamais pu se mettre d'accord avec lui-même pour convenir que telle ou telle des religions positives existantes soit précisément la vraie religion. Ainsi l'esprit du lecteur sera-t-il déjà préparé à accepter la solution qu’en définitive l'abbé de La Mennais se propose de - lui offrir : le catholicisme avec tous ses dogmes proclamé par « le sentiment commun, reconnu comme ha religion positive . nécessaire, comme la religion naturelle développée du genre . humain, et l’institution religieuse universelle. Aussi peut-on se demander déjà si les critiques essentielles de notre auteur atteignent véritablement Rousseau: ce n’est pas lui, en tout

cas, qui jamais eut l’idée de considérer une religion positive quelconque comme devant être prise pour la véritable reli-

gion.

J.-J. Rousseau, déclare l’abbé de La Mennais, est le plus habile défenseur du « second système d’ indifférence », ou de « la doctrine de ceux qui, tenant pour douteuse la vérité de toutes les religions positives, croient que chacun doit suivre celle où il est né, et ne reconnaissent pour incontestablement vraie que la religion naturelle t ».

Il diffère des indifférents politiques en ce qu’au lieu de professer comme eux l’athéisme, il « regarde l’existence de

. Dieu, la spiritualité de l’âme, l’existence d’une vie future,

‘eomme autant de dogmes sacrés et de vérités incontestables ? ».

Il admet que les devoirs sont indépendants des institutions humaines, qu’il n’y a pas de vertu sans la foi, et qu'il y a des dogmes que tout homme est obligé ne croire. Il considère donc le système des indifférents politiques comme « nuisible parce qu'il est faux, ce qui suppose qu’en matière de doctrine la vérité est inséparable de l’utilité, ou, en d’autres termes,

- que toute doctrine avantageuse au genre humain, et, à plus

forte raison, toute doctrine nécessaire, est une doctrine

vraie ».

Mais Rousseau, pour essayer de se frayer une voie entre l’athéisme et le Christianisme où il ne veut pas entrer, tombe

1. Essai sur l’Indifférence, t. 1, chap. 1v, p. 8. 2. Ibid., p. 83.

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