Ibid., p
659 LE PREMIER VOLUME DE L’ & ESSAI SUR L'INDIFFÉRENCE »h
dans de grossières inconséquences : il ne veut pas qu’on choi-. sisse entre les différentes religions positives ; et pourtant il. suppose qu'il existe une religion véritable, puisqu'il parle du | danger de s’éyarer en la cherchant, et avoue « qu’en | matière de Religion l’erreur peut être criminelle aux yeux de. Dieu! ». Il reconnait d’autre part qu’il ne peut exister qu'une | vraie religion ; toutes les Religions hors une sont donc, de | l’'aveu de Rousseau, fausses, nuisibles, non nécessaires. Dieu: a done imposé aux hommes le devoir de suivre celle qui est vraie, utile, nécessaire ; et comment alors leur aurait-il #! refusé les moyens de la discerner ? ?
Mais comme cet aveu le mènerait directement au Christia-, nisme, il prétend qu'on ne saurait discerner la vraie Rel- gions et comme il reconnait la nécessité de la Religion, il recommande à chacun de suivre celle où il est né #. Cependant l'erreur, selon lui, est essentiellement nuisible : comment donc une religion fausse pourrait-elle être utile ? Rousseau est done conduit à regarder toutes les religions comme «indifférentes », c’est-à-dire comme « également bonnes ou également vraies“». Il considère d’ailleurs comme possible aussi « qu’elles soient toutes fausses °».
= L'abbé de La Mennais tient, on le reconnait aisément, à
prouver que Rousseau, pour être conséquent avec ses principes, devrait avouer l'obligation de choisir entre les diffé: rentes religions positives; c’est sur ce terrain qu'il le poursuit, parce que c’est le terrain même sur lequel il s'établira lui-même ; il l’explore donc, en quelque sorte, en y attaquant Rousseau, tandis que celui-ci se dérobe sur le terrain de la religion naturelle. Mais l'intention de l’abbé de La Mennais est de le montrer attiré malgré lui par là religion positive, « confessant malgré lui l’obligation d’en suivre une qui serait la seule véritable. Et c'est pour cela qu’il recueille précieusement l’aveu du « sophiste », quand il déclare la religion de Calvin « très simple et très sainte », « celle dont la morale est la plus pure, et dont la raison se contente le mieux ».w
. Essai sur l'Indifférence, &. I, chap. 1v, p. 85. . Ibid., p. 86.
. Ibid.
. Ibid., p. 87.
: Ibid.
. Ibid., pp. 88-89.
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Ilen tire immédiatement ces conséquences qui condamnent la L thèse de Rousseau en le mettant en contradiction aveclui- -même : 1° Il y a une religion positive préférable à d’autres ; com- . ment alors exiger que nous vivions dans la religion où nous sommes nés, sielle contente moins notre raison ? o > 25 Si le Calvinisme est une « religion très sainte », il est donc une « religion très vraie ». Il est donc la « seule bonne religion? ».
z « Hn’y a de vraiment essentiels que les devoirs de la - morale » ; soit: «c’est donc un devoir essentiel d'embrasserla Religion dont la moraleest la plus pure ? Point du tout ; c’est au contraire une inexcusable présomption 3. » Rousseau s’obstine cependant à à n’admettre comme incon- » testablement utile et nécessaire que la religion naturelle réduite à un certain nombre de dogmes ile Il déclare done avec les déistes anglais, que changer une forme . de religion pour une autre « n’offre pas plus d'avantage réel . qu'il n’y en a pour un homme à changer la couleur de ses . vêtements, en quittant par exemple un habit bleu pour en prendre un rouge # ». N'est-ce pas dire que « l’indifférence . absolue des religions est le fondement de ce système ? » ? Ilest vrai que Rousseau met une réserve au système de l'indifférence : on ne doit pas adopter, même dans la religion de son pays, les dogmes contraires à la bonne morale. Mais précisément aucun peuple n’a jamais cru, en obéissant à sa religion, violer les préceptes de la morale : « la Religion des . peuples est toute leur morale 6 » ; et par suite le système que l’on combat iei, « en consacrant tous les cultes, consacre tous les vices et même tous les forfaits 7 ».
Jean-Jacques Rousseau se trouve donc acculé aux difficultés suivantes ; trois suppositions sont possibles : 1° « Toutes les religions sont vraies » ; supposition absurde, puisque des dogmes contradictoires ne sauraient être vrais en même temps À.
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. Essai sur l’Indifférence, t. I, chap. 1v, p. 89. . Ibid.
. Ibid., p. 90.
. Ibid., p. 92.
Ibid
. Ibid:, p. 9,4.
. Ibid.
bia p.96:
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2° « Toutes les religions sont fausses »; supposition contradictoire avec la doctrine de Rousseau, qui reconnait d’une part que « la Religion est nécessaire à la société », de l’autre que l'erreur « est nuisible de sa nature ! ».
3° « Reste la supposition d’une seule Religion véritable, et par conséquent seule utile, seule nécessaire, toutes les autres étant fausses et par conséquent nuisibles. Or quoi de plus absurde, dans cette hypothèse, que de faire à l’homme un devoir de suivre la Religion où il est né ? que de présenter tous les cultes comme indifférents, comme également saluaires 271.5
C’est à cette conclusion là que tout le chapitre tendait ; il s’agissait d’obliger le lecteur à reconnaitre qu'on ne s’affranchit pas aussi aisément que l’avait supposé Rousseau, de la nécessité d'accepter une Religion positive. Le système de Jean-Jacques, qui le nie, est donc d’abord absurde : « Il existe une vraie religion, et la plupart des hommes seraient tenus d’en professer sincèrement une fausse ? » ; il est de plus impraticable ; car on ne peut professer sincèrement la foi du pays où l’on est né sans exclure et proscrire les autres.
Il n’y à done qu’une religion positive véritable, et qu’il est nécessaire de trouver et d’embrasser. Tel est le résultat de cette première passe du combat contre Rousseau, que La Mennais a livré sur son propre terrain, en refusant de suivre « le sophiste de Genève » sur celui de la religion naturelle. Mais c’est sur ce nouveau terrain qu'il va le poursuivre à présent.
C'est l’objet du cinquième chapitre de l’Essai. Toutes les contradictions de Rousseau viennent « de ce qu’intimement convaincu qu'on détruiroit la société en abolissant les Religions positives, ses principes néanmoins le forçoient de les rejeter comme fausses; et par conséquent comme nuisibles», S'il proscrit les cultes, il anéantit la religion parmi les . hommes, il le sent; et dans son système, la Religion est absolument nécessaire aux hommes. Que fera-t-il done? Il
1. Essai sur l'Indifférence, t. I, chap. 1v, p. 96. 2. Ibid, p. 97.