‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 448 sur 504 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

MARECHAL. — La Jeunesse de La Mennais. 42

d'erreurs en erreurs ! », nous devrons done ou nous égarer en l’écoutant, ou ignorer toujours ?

Repoussée de ce champ de bataille, l'indifférence religieuse se retranche sur une troisième position : l’abbé de La Mennais la bien connue, lorsqu'il s’efforçait, à Saint-Malo, de convertir les prisonniers anglais, ou, en Angleterre, de ramener à la foi catholique des dissidents comme M. Morton. C’est à Bossuet qu'il empruntera maintenant les armes avec lesquelles il va les combattre, ces armes éprouvées dans l'Histoire des Variations, la Conférence avec Claude et le VI Avertissement aux protestants. On se rappelle que c’est au retour de Paris, en 1806, que, gagné par Saint-Sulpice à Bossuet, comme à Malebranche, il la surtout étudié ; mais depuis, que de fois, soit pour écrire la Tradition de P Église sur l'Institution des Évêques, soit pour confirmer ses efforts d’apologétique, il en a vécu la forte doctrine ! Bossuet lui a appris que, sans doute, cette dernière elasse d'indifférents, les protestants, reconnaissent « la nécessité d’une révélation et la vérité du christianisme. Mais,

partant au fond du même principe que les déistes, c’est-àdire de la souveraineté de la raison humaine en matière de foi, ils soumettent la révélation même à la raison, et soutiennent que, pourvu que l'on croie certains dogmes révélés, on peut rejeter les autres sans cesser d’être Chrétien, et sans s’exclure du salut.

«Je montrerai, continue l'abbé de La Mennais, qu'en réduisant ainsi le Christianisme à quelques articles fondamentaux qu'on n’a jamais pu définir, on est immédiatement conduit au déisme et à la tolérance de toutes les erreurs sans exception; et comme ce système est devenu la base de la théologie protestante, je ferai voir que Îa Réforme y a été forcément amenée par ses principes ? »; elle devait donc aboutir à l’in-

1. Essai sur l'Indifférence, t. [, chap. v, p. 135. 2. Ibid., chap. vi, p. 140.

ve à ddith: vi fichu db

di coter tél din à te

différence des Religions. Ainsi apparaitra en pleine lumière «Pintime connexion du protestantisme avec la philosophie moderne ! ».

L'abbé de La Mennais montre que l'abandon du principe d'autorité devait conduire naturellement le protestantisme à cette doctrine par deux voies différentes : la première, celle de la controverse sur l’Écriture, la seconde, celle de la controverse sur l’Église. D'abord la eontroverse sur Écriture; car la Réforme rejetant successivement, par suite de ses origines, l'autorité de l'Église, l'autorité des Pères, l'autorité des conciles, fut amenée à proclamer ce prineipe: « L’Écriture est l'unique règle de foi, indépendamment de toute interprétation particuhère, et à l'exclusion de toute autorité visible?. » Mais qui done expliquera la Bible ? Car «tous les hommes étant appelés à la connaissance de la vraie Religion, il est nécessaire que tous les hommes découvrent clairement dans VÉcribure les vérités qu'ils doivent croire 3». Après avoir imaginé l’extravagant système de l'inspiration particulière et supposé qu’on sent les vérités de la Religion comme on sent le froid ou le chaud, l’amer ou le doux, les réformés à finient par attribuer à laraison le droit exclusif ‘d'interpréter les divines Écritures, et ils la déclarèrent seul juge et seul arbitre de Là foi # ». Mais alors la Religion « prit autant de formes qu'il y avait de têtes. Les sectes naquirent des sectes sans fin et sans repos ÿ». Et Bossuet montra dans l’AHistoire des Variations que la Religion chrétienne « reposant sur la révélation, et la révélation étant immuable, toute secte dont la doctrine varie ne possède pas la Religion de Jésus-Christ 5 ».

Dès lors il ne restait plus qu’une ressource pour la Réforme : « soutenir que les dogmes sur lesquels elle avait varié n'étaient pas essentiels en soi, et qu’on pouvait les rejeter ou les admettre sans porter atteinte au Christianisme et sans s’exclure du salut. Ainsi naquit le système des points fondamentaux, qui, réduisant à quelques articles non définis

la foi nécessaire, et tolérant tout le reste comme indifférent,

. Essai sur l’Indifférence, t. I, chap. vr.

. Ibid., p. 148.

Ibid.

Ibid., p. 152. ui

ZA OÙH 9 RO mi

consacre en même temps la liberté de tout croire, même les erreurs les plus exécrables, et la liberté de tout nier, même Dieu ! ».

Conduits par la controverse sur l’Écriture au système des points fondamentaux, les protestants y furent amenés aussi « par la controverse sur l'Église? ». Caril fallait qu'ils prouvassent d’abord que l'Eglise catholique ne possédait pas les caractres de la véritable Eglise, ensuite que ces caractères appartenaient exclusivement à la Réforme. Mais comment y parviendraient-ils ? La foi est une, et les protestants divisés en une foule d'opinions différentes n’ont jamais pu convenir d’un symbole commun ? ; la véritable Église est une, et ils sont divisés en mille sectes qui s’anathématisent mutuellement #; la véritable Église a toujours été visible ; mais où était leur Église avant Luther » Cest en vain qu'ils la cherchent chez des hérésiarques condamnés, un Vigilance, un Béranger, les Albigeoïis, les Vaudois, qui d’ailleurs n’ont pas pensé comme eux sur une foule de points ; ce n’est qu'un scandale de

lus ©. — « La véritable Eglise est universelle, et vous n'êtes que d’hier, et chacune de vos sectes, prise à part, est à peine connue dans un point du globeë. » Vous avez abandonné le titre de catholique : « ce qui vous appartient en propre, c’est l'esprit particulier, cet esprit qui sépare et divise à linfini 7». Enfin la véritable Eglise est apostolique, et loin de pouvoir remonter jusqu'aux Apôtres par une succession ininterrompue de pasteurs qui aient enseigné la même foi dans tous les temps, vous ne pouvez pas nommer pendant quinze siècles Ç un seul homme, quel qu’il fût, qui ait eu la même Religion

ue vous8 ». Donc vous n'êtes pas la véritable Eglise.

Il fallut done que la Réforme, pour essayer d'échapper à ces critiques trop bien fondées, changeñt « toutes les idées que les chrétiens jusqu'alors avaient eues de l'Eglise? ». Jurieu affirma «que la vraie Eglise, loin de former une

Page 1