‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 452 sur 504 · D AE YON · texte numérisé non relu

D AE YON

l’Écriture paraît enseigner des choses inintelligibles, etoù la raison ne peut atteindre, il la faut tourner au sens dont la raison peut s’accommoder, quoiqu'on semble faire violence au texte!.» Ce qui ramène la prétendue autorité de l'Écriture à l’autorité de la raison, « de sorte qu’au fond ces règles se réduisent à celleci: chacun doit croire ce que la raison lui montre clairement être vrai ; cè qui est le principe même du déiste et de l’athée?».

Ce système, qui ne tient pas devant le raisonnement, n’est pas moins condamné par les faits : ils montrent que les protestants ne disposant d'aucune autorité légitime ne peuvent exclure de la tolérance même les sociniens, en sorte que peu à peu le protestantisme devient «un déisme timide et mal déguisé 3 ». Tel est le spectacle qu'offre actuellement lAngleterre, où Hoaldy et ses disciples tolèrent le mahométisme, le déisme, le paganisme et suppriment le baptème ; l’Amérique, ôù l’on se borne à disserter vaguement sur la morale ; l'Allemagne protestante où, « à l’aide de ce que l’on appelle l’exégèse biblique, c’est-à-dire d’une critique sans frein, on nie les prophéties, on nie les miracles, on nie la vérité du récit de Moïse», et l’on fait de laGenèse «untissu d’allégories ou de mythes, ou de pures fables *». On arrive ainsi au Christianisme ralionnel, tant vanté en Allemagne, qui, excluant tout ce que la raison ne conçoit pas, c’est-à-dire tous les mystères et tous les dogmes, se réduit en somme au déisme, qu’on est bientôt contraint de dépasser : « on est forcé de nier Dieu, puisqu'on estcontraint d’avouer que des mystères inconcevables l’environnent ». Ainsi« la discordance des opinions, la diversité infinie des croyances, remplissent tout l’espace quisépare la Religion catholique de l’athéisme : l'unité ne se rencontre qu'à ces deux termes extrèmes ; unité de foi dans la Religion catholique, parce qu’elle renferme la plénitude de la vérité ; dans l’athéisme, unité d'indifférence, parce qu'il renferme la plénitude de l’erreur° ». On ne peut, comme le veulent les protestants, s'arrêter entre deux. « Tolérer dogmatiquement une seule erreur, c’est s'engager à les tolérer toutes ©. »

1. Essai sur l'Indifférence, t. I, chap. vu, p. 175. Cf. Spinoza, Tractatus theologico-politicus.

. Ibid., p. 176.

. Ibid., p. 178.

. Ibid., p. 180.

. Ibid, p. 181.

. Ibid. Voyez, pour vérifier l'exactitude de ces vues, RÉBELLIAU, Bos-

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