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LA DOCTRINE &1i 4 673
comme la pesanteur ; des lois générales el indépendantes dé nos idées, comme les lois de l'équilibre. Dès qu’on les con: sidère comme de pures abstractions, tout est perdu. C’est alors qu’une philosophie en délire veut tout inventer, en poli: tique, en morale, en Religion! »
L'idée de la physique sociale est déjà tout entière dine ces lignes; il n'y manque guère que le mot. Mais ce mot, Pabbé de La Mennais se serait refusé à le prononcer : car il aurait craint l’équivoque dont certains sociologues abusent tant de nos jours; ces faits qu’il évoque à la suite de Bonald, appartiennent, il ne l’oublie pas, à cet ordre spirituel, dont la réalité garantit seule à ses veux — c’est l'originalité propre de sa manière de voir — la liberté dont il a tant besoins la véritable liberté, ul
Ils sont les sûrs garants de la vie intérieure : « Copie aimer, agir, voilà tout l’homme?. » De l'accord de ses facultés, dont le développement est conforme à l’ordre, 6u à la nature des êtres, résulte le bonheur de l'individu. Mais les sens de l’homme l’inelinent vers les objets matériels. Partagé ainsi entre deux amours et deux volontés contradictoires, 4l faut qu’il rétablisse l’ordre entre ses facultés en soumettant les sens à la loi de Pintelligence ou vérité, qui par rapport aux actions libres est justice. Au contraire, Phomme réduit aux enseignements de la philosophie tombe dans Pidolätrie de l’homme : « Fait pour obéir aux lois de l’ordre, pour vivre: en société avec Dieu, auteur et lien de tous les êtres; pour posséder la vérité infinie par l’intelligence, et pour en jouir par l’amour, l’homme à qui elle échappe, et qui ne voit alors rien de plus grand et de plus parfait que lüi-même, eommence à s'aimer sans mesure ?; » il s’'aimé,« dans sa, pensée et ses sensations », il se fait centre de toutes choses, ilse fait Dieu“ ». Ainsi, la philosophie, sous:les deux! formes générales qu’elle revêt, le système d'Epièure ou celui de,
1. Essai sur l'Indifférence, t. 1, chap. 1x, p.222. Éstil besüin attirer l'attention du lecteur sur l'importance de ce passage pour! les:/soürces catholiques d'Auguste Comte ? Voyez lest. IV, V et VI du Cours de Philosophie positive, consacrés à la Physique sociale, et, au t; III du Sysième de Politique positive, le Plan des travaux scientifiques ee boeels . niser la sociélé. (1882).
2. Ibid., p. 223. SES .q .. M 6 3. Ibid., pp. 227-228. Via 4. Ibid., p. 228. LEE -q , WidA
MARECHAL. — La Jeunesse de La Mennais, 43
Zénon, n’est « que l’idolâtrie de l’homme » qui, «en exaltant l’égoisme à l'infini... rompt tous les liens Sociaux | ».. Mais — les souvenirs de Pascal sont ici bien directs et bien vivants — s’il est vrai que tout dans les désirs et les actions de l’homme séparé de Dieu « se rapporte à l’orgueil ou à la volupté? », cet amour de lui-même l’arrête aussi « dans le sentiment pénible de son imperfection # », parce que l’amour est alors disproportionné avec son objet. Même la possession de tous les avantages humains « ne serait jamais que la possession de l’homme imparfait et-misérable, et le cœur ne tarderait pas à demander d’autres biens ».
‘Est-il besoin de rappeler ici les inquiétudes, les angoisses, par lesquelles, nous l’avons vu, passa l’auteur de ces lignes ? Nul plus que lui n’en a vécu le sens profond, nul ne connut, n’éprouva mieux ces misères de la condition humaine; chez nul homme, le moi ne fut, n'est encore plus rebelle ni mieux armé. Mais aussi nul n’éprouva davantage l’ardent, le passionné besoin de la certitude absolue, du terrain solide, immuable, sur lequel il pourrait fixer ses hésitations et
se dégager de ses doutes. Cette certitude qui s'impose
et dont sa sensibilité qui frémit à tous les souffles a tant besoin, cet ordre immuable de pensées qui seul peut assurer l’ordre rigoureux des actions, la philosophie ne le donné pas : « Comme le principe le plus général de la philosophie est qu’il n'existe aucun principe parfaitement certain, .… sa règle de conduite la plus générale est qu’il n’existe aucune règle certainement vraie, où absolument obligatoire ; en sorte que tout étant arbitraire, et la vérité elle-même n'étant plus l’objet éternellement subsistant de l'intelligence, mais une opération, une production abstraite de l’esprit, une propriété, pour ainsi dire, individuelle, les volontés individuelles remplacent les lois immuables de l’ordre; et l’homme, indépendant de tout, isolé de ses semblables, isolé de son auteur, demeure maître de croire et d'aimer et d'agir à son gré ?. » Tel.est l’état auquel nous réduit la philosophie : l’homme, «s’il cherche en lui-même sa félicité, obligé de la placer ou