‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 46 sur 504 · Inédit. Zbid., 3 avril · texte numérisé non relu

Inédit. Zbid., 3 avril

condes pour d’autres esprits. Telles, ‘par exemple, les lignes

-où l’auteur montre les dogmes chrétiens tournant « dans le

cercle d’une logique inévitable », en sorte qu’en nier ou contester un seul, c’est s’obliger à les abandonner tous, comme au contraire en accepter un, c’est aussi les embrasser tous : « Un seul point admis vous force d’admettre tous les autres. il y a plus : si vous espérez échapper en niant le principe, tel, par -exemple, que le péché originel, bientôt, poussés de

conséquence en conséquence, vous serez forcés d’aller vous.

perdre dans Pathéisme : dès l'instant où vous reconnaissez un Dieu, la religion chrétienne arrive, malgré vous, aypc tous

ses dogmes !. » Projet d’une apologétique démonstrative et

contraignante, que Félicité fera sienne, quand lestemps seront arrivés. — Dans le détail, bien des suggestions frappantes se gravent à Jamais pour lui : la preuve du péché originel, tirée du contraste entre l’universelle harmonie et la désunion intérieure qui fait la misère de l’homme : « Un choc perpétuel existe entre son entendement et son désir, entre sa raison et son cœur... L’homme, tel que nous le voyons, n’est vraisemblablement pas l’homme primitif. Il contredit la nature :

déréglé, quand tout est réglé, double, quand tout est simple, mystérieux, changeant, inexplicable, il est visiblement dans

état d’une chose qu’un accident a bouleversée : c’est-un palais

-écroulé et rebâti avec ses ruines : on y voit des parties

sublimes et des parties hideuses, de magniliques péristyles qui n’aboutissent à rien, de hauts portiques et des voûtes abaissées, de fortes lumières et de profondes ténèbres, » C’est l’orgueil de la pensée qui perdit Phomme en détruisant l’équilibre des facultés, et produisant la fausse science dont le siècle est fier. « Tel fut l'incident qui changea l’harmonieuse et immortelle constitution de l’homme. Depuis ce jour, les éléments de son être sont restés épars, et n’ont pu se réunir?. » — Voiei encore la preuve de limmortalité par « ce désir de bonheur qui nous tourmente », tandis que « nos passions icibas se peuvent aisément rassasier », « insatiable et sans objet naturel est notre désir de félicité ». « Il est certain que notre âme demande éternellement; à peine a-t-elle obtenu l’objet de sa convoitise, qu’elle demande encore; l'univers entier ne la satis-

1. CHATEAUBRIAND, Génie du Christianisme, 1° partie, liv. fe, chap. 1v. 2. Ibid., liv. IT, chap. nr.

fait point. L’infini est le seul champ qui lui convienne!. » — Ailleurs, c’est la démonstration que l’athéisme est funeste au bonheur humain ?, car il prive les misérables de leur seule consolation, et désole d’inquiétudes les heureux du monde ; ou bien, la critique, plus frappante sinon plus juste, de la philosophie politique du dix-huitième siècle : «Les sages de la Grèce envisagealent la société sous des rapports moraux ; nos derniers philosophes l'ont considérée sous les rapports politiques. Les premiers voulaient que le gouvernement découlät des … mœurs; les seconds, que les mœurs dérivassent du gouvernement. La philosophie des uns s’appuyait sur la religion, la philosophie des autres sur l’athéisme. Platon et Socrate criaient aux peuples : « Soyez vertueux, vous serez libres »; nous leur avons dit : « Soyez libres, vous serez vertueux. »

La Grèce, avec de tels sentiments, fut heureuse. Qu’obtiendrons-nous avec les principes opposés? ? » Enfin, tou-

. jours dans cette pensée inquiète du bonheur humain, quelles pages d’une vérité profonde et définitive, qui montrent luti-

lité des couvents et des monastères, et quelle flétrissure méri-

tée elles impriment sur les fronts des faiseurs de ruines :

« C’est une philosophie bien barbare et une politique bien cruelle, leur dit-il, que celles-là qui veulent obliger linfortuné à vivre au milieu du monde... Il faut une charité plus magnifique que la nôtre pour soulager l’indigence d’une âme infortunée ; Dieu seul est assez riche pour lui faire l’aumônei. »

Mais ces vérités précieuses qui, en évoquant la réflexion, contribuent, elles aussi, dans le Génie du Christianisme, à ramener la gravité sur des lèvres habituées au rire, à désarmer Fusoueiänc ‘e railleuse, ne se rencontrent que par accident au cours du célèbre ouvrage; tout son effort porte ailleurs enchanter, surprendre et séduire, et substituer la mode chrétienne à la mode antireligieuse, tels furent ses moyens et son but. Ils excluaient Les développements arides, où simplement sévères, et ces démonstrations qui exigent l” attention patiente et soutenue que les salons n accordent point. Sans tomber dans le ridicule de reprocher à Chateaubriand les insuffi-

1. CHATEAUBRIAND, Génie du Christianisme, 1r° partie, liv. VI, chap: 1 2. Ibid., chap. v.

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