Ibid. 4° partie, liv. IIT, chap. mi
pda dt éd dal oh éru dis,
nd
AT e..-
CRT
st CA. LE à. 2 4e Lx
sances d’une œuvre qui fut ce qu'il la voulut, et dont la portée
fut immense; sans nier même qu'à ce point de vue les émo-
tions qu'il éveille durent agir très puissamment sur la vive imagination de Féli, et sur son cœur déjà malade; sans méconnaitre surtout, qu'admirablement adaptée à la fin religieuse qu’elle poursuivait, elle a, retournant l’opinion, ruiné l’athéisme mondain, reconnaissons cependant qu’elle ne pouvait Jusqu'au bout satisfaire ceux qui, dans cette voie nou-
velle, désiraient continuer leur marche. Oui, le résultat ac-
quis, le génial introducteur leur ayant fait passer le seuil du temple et leur en ayant détaillé les splendeurs, que d’âmes désiraient davantage ! Félicité de La Mennais était de ces àâmes-là.
À vrai dire, Chateaubriand même ne l'aurait pas délaissé; au lecteur qui réclame un guide, et qui rêve, s’attachant au temple, d'y demeurer et, non seulement d’y prier, mais d’en vivre l’âme profonde, vous savez de quel geste et de quel ton il présente Pascal : « Il y avait un homme qui, à douze ans, avec des barres et des ronds, avait créé les mathématiques ; qui, à seize, avait fait le plus savant traité des coniques qu'on eùt vu depuis l'antiquité; qui, à dix-neuf, réduisit en machine une science qui existe tout entière dans l’entendement; qui, à vingt-trois ans, démontra les phénomènes de la pesanteur de Pair et détruisit une des grandes erreurs de Pancienne physique; qui, à cet âge où les autres hommes commencent à peine de naitre, ayant achevé de parcourir le
cercle des sciences humaines, s’aperçut de leur néant, et
tourna ses pensées vers la religion; qui, depuis ce moment jusqu’à sa mort, arrivée dans sa trente-neuvième année, toujours infirme et souffrant, fixa la langue que parlèrent Bos-
suet et Racine, donna le modèle de la plus parfaite plaisan-
terie comme du raisonnement le plus fort; enfin, qui, dans les courts intervalles de ses maux, résolut par abstraction un des plus hauts problèmes de géométrie, et jeta sur le papier des pensées qui tiennent autant du dieu que de l’homme : cet effrayant génie se nommait Blaise Pascal.
« Il est difficile de ne pas rester confondu d’étonnement, lorsqu'en ouvrant les Pensées du philosophe chrétien, on tombe sur les six chapitres où 1l traite de la nature de l’homme. Les sentiments de Pascal sont remarquables surtout par la profondeur de leur tristesse et par je ne sais
quelle immensité : on est suspendu au milieu de ces sentiments comme dans l'infini. »
Or, Pascal n’a tant de génie que parce qu'il est chrétien. Il est facile de « faire voir combien Pascal sophiste eût été inférieur à Pascal chrétien ». Nulle part il n’est plus grand que «dans ses six chapitres sur l’homme. Or ces six chapitres, qui roulent entièrement sur la chute originelle, n'existeraient
< ee : , pas si Pascal eût élé incrédule!. »
Tel est le guide auquel Chateaubriand confie celui qu'il sut gagner : « Quels rapports moraux, politiques ou religieux, se sont dérobés à Pascal ? Quel côté des choses n’a-t-il point saisi? « Le Génie du Christianisme lui-même, et de l’aveu de son auteur, n’est autre chose qu’ « une petite et faible partie » de l’ouvrage rêvé par Pascal?. Dans les citations relevées plus haut, celles dont la force de pensée semble avoir, plus qu'aucune autre, séduit notre Félicité, qui déjà n’a reconnu
“Pascal? L'auteur du Génie dont on ne saurait exagérer la
dette envers l’auteur des Pensées, mais qui s’en acquitte en quelque manière parle puissant renouveau qu'il va lui donner, conduit done au Pascal compris, c’est-à-dire vécu, débarrassé de linintelligent commentaire d’un Voltaire où d’un Condorcet. Il a fait justice, en effet, de ces deux éditions fâcheuses, où l’étroitesse d'esprit des philosophes s'étale avec outrecuidance : « Il y a un monument curieux de la philosophie chrétienne et de la philosophie du jour : ce sont les Pensées de Pascal commentées par les éditeurs. On croit voir les ruines de Palmyre, restes superbes du génie et du temps, au pied desquelles l’Arabe du désert a construit sa misérable hutte. »
Avant d'accompagner Féli jusqu’à ces ruines magnifiques que Chateaubriand lui montre du geste, prenons avec lui la main de Jean-Marie, qui parcourt une voie prochaine, et qui d'autre sorte, y conduit. En suivant, comme Félicité, Pune après l’autre, ces deux routes, nous ne nous égarerons point.
1. CHATEAUBRIAND, Génie du Christianisme, 5° partie, Liv. If, chap. vr.
2. F. de Lamennais dira au contraire : « L'ouvrage de Pascal doit tenir en entier dans le mien et n’en fera guère plus de la moitié. »
3. CHATEAUBRIAND, Génie du Christianisme, 3 partie, liv. IT, chap. vi.
Loupe ei pf us
à ù ni rs it Éd
I. Guérison intellectuelle : Nicole et Pascal contre Jean-Jacques. — Il. Premiers résultats, inquiétudes, sollicitations du milieu. — III. L’article inédit sur Parny. — IV. La victoire de Jean-Marie.
Tandis que Félicité s’enchante de Chateaubriand, nous connaissons les lectures de Jean-Marie avec lequel, de septembre 1802 à juillet 1803, pendant tout le voyage de leur père et de Louis-Marie en Espagne, il reste onze mois tête à tête : elles concernent surtout « l’autorité de l’Eglise et les moyens de repousser les sophismes des hérétiquest ». Et nous comprenons à demi-mot quelles intentions, quels besoins pressants et tout proches de lui aiguillonnent le jeune sous-diacre dans ses recherches, quelles objections il veut réfuter, quelle âme enfin il veut regagner à Dieu. Il lit le Traité des Prescriptions de Tertullien, les petits Traités de Nicole, l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe et celle de Fleury, le Traité du Sacerdoce de saint Jean Chrysostome?. Partout c’est l'apologie, c’est la défense de l’autorité contestée par Rousseau, qu'il cherche et qu'il veut trouver.
1. Roparrz, la Vie ei les Œuvres de J.-M. Robert de la Mennais, 1 vol. in-8, Paris, Lecoffre, s. d., p. 30. Lettre de J.-M. de La Mennais du 10 décembre 1802.