‹ La Jeunesse de La MennaisChapitre 468 sur 504 · ” AT AN · texte numérisé non relu

” AT AN

1. Essai sur l'Indifférence, t. 1, chap. x, p. 273. 2. Ibid., p.280.

passions ; et quand on essaye de constituer les mœurs par la raison seule, sans l'intervention de Dieu, on est également conduit à ne reconnaitre d'autre loi, d'autre droit que la force dirigée par l'intérêt particulier ou par les appélits!». Et l’abbé de La Mennais conclut ce chapitre en montrant comment la Révolution française est l’épreuve décisive, la vérifi-

cation expérimentale de la critique de la philosophie qu'il vient de développer. Dans une page brillante, tout inspirée de Bonald, il rappelle que l’erreur révolutionnaire fut à la fois religieuse et politique, comme toutes les erreurs so-

ciales: «Il y a, écrit-il, des vérités et des erreurs à la fois

religieuses et politiques, parce que la Religion et la société | ont le même principe, qui est Dieu, et le même terme qui est :

l'homme. Ainsi une erreur fondamentale en Religion est aussi une erreur fondamentale en politique, et réciproquement. Si done il existait une erreur destructive du pouvoir dans la société religieuse, cette erreur, la plus générale qu’on puisse imaginer, devrait être également destructive du pouvoir dans la société politique. Et c’est en effet ce que démontre sans réplique l’histoire de la Révolution française. En vertu de sa souveraineté, l'homme se soulève contre Dieu, se déclare libre et égal à lui: en vertu du même droit, le sujet se soulève contre le pouvoir, se déclare libre et égal à lui. Au nom de la liberté on renverse la constitution, les lois, toutes les institutions politiques et religieuses ; au nom de légalité, on abolit toute hiérarchie, toute distinction religieuse et politique. Clergé, noblesse, magistrature, législation, religion, tout tombe ensemble, et il fut un moment où tout l’ordre social se trouva concentré dans un seul homme. Pendant que cet homme-pouvoir, médiateur entre Dieu et l’homme dans la société politique, comme l’'Homme-Dieu est médiateur entre Dieu et l’homme dans la société religieuse; pendant, dis-je que cet homme exista, rien n’était désespéré, et l’ordre pour ainsi dire retiré en lui, pouvait plus tard en sortir et reparaître au dehors par un seul acte de sa puissante volonté. » On le savait, et c’est pour cela qu’on résolut sa mort. « Depuis le déicide des Juifs, jamais crime plus énorme n'avait été commis... Quand Louis monta sur l’échafaud, ce fut le pouvoir lui-même, vivante image de la Divinité dont il émane,

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