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et l’asservir à sa domination, je ne verrais en lui qu’un tyran, et dans ses sujets que des esclaves. Qu'est-ce donc quand l’homme lui-même s’arroge l'empire sur l’homme, son égal en droitt?» C’est pourtant l’état auquel Rousseau réduit l’homme social : pour construire philosophiquement la société il impose à l’homme le joug de l’homme, et le soumet à l'empire de la force aveugle. Ù
Au contraire la Religion dit à lhomme : « Le seul être qui ait sur toi un pouvoir légitime et naturel est l’Étre infini qui t’a créé, qui te conserve, et dispose souverainement de tes destinées. Ses volontés sont ton unique loi, et ton bonheur, comme ta liberté, consiste à les connaitre et à t’y soumettre. Être libre, c’est tendre à sa fin sans obstacle ; ta fin est la perfection : obéis donc, et tu seras libre. Tu te maintiendras dans tes vrais rapports ; ta raison ne dépendra que de l’intelligence suprême, et ta volonté que des lois immuables auxquelles le Tout-Puissant lui-même est soumis ?.» Aussi n’estil pas d’erreur plus lourde que celle de Rousseau déclarant au L. IV, chap. vin du Contrat social que les chrétiens sont faits pour être esclaves, et que les anciens Grecs et les Romains étaient libres: « Il n’a pas vu que la liberté, indépendante de la forme des gouvernements, est uniquement relative à la nature du pouvoir. S’il avait lu l'Évangile, il y aurait vu: « La vérité vous affranchira. » (Jean, VIII, 32). « Le Christ nous à. délivrés » (Ep. ad Galat., IV,31). « Où est l'esprit de Dieu, là est la liberté.» (Ep. Il, ad Corinth. III, 173.) Car quand le Christ vint sur la terre, « l’homme partout était l’esclave de l’homme. Il fallait, pour être affranchi de ce dur esclavage, qu'il entendit cette haute vérité, qui fut, en tous sens, pour la société, la bonne nouvelle du salut: Tout pouvoir vient de Dieu (Ep. ad Rom., XIII, 14. ») Que l’abbé de La Mennais montre ensuite, d’après le discours préliminaire du Divorce du vicomte de Bonald, tous les devoirs et l’ordre conservateur de la société sortant de l’idée sublime du pouvoir ; qu'il montre la Religion concentrant les intérêts particuliers dans l'intérêt commun, substituant l’amour à la haine, constituant le pouvoir domestique comme elle a constitué le
1. Essai sur l'Indifférence, t. I, chap. x1, pp. 325-326. 2. Ibid., p. 327.