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MARECHAL. — La Jeunesse de La Mennais, 44
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« Rousseau, sur quel fondement nies-tu la révélation, le Médiateur ? — Sur le fondement de ma raison, qui ne saurait comprendre la nécessité de la révélation, ni les dogmes révélés par le Médiateur. — Ainsi donc le témoignage de tant de millions de Chrétiens, qui ont cru sur des preuves de fait, le témoignage même du Fils de Marie, dont la vie et la mort sont d’un Dieu, devra céder à ta raison individuelle; et il faudra que Jésus-Christ, le Verbe incarné, ait menti, parce que tu ne comprends pas !
« Diderot, sur quel fondement nies-tu l’existence de Dieu, attestée par la tradition universelle du genre humain ? — Sur le fondement de ma raison, qui ne saurait comprendre Dieu. — Ainsi done, le témoignage unanime des peuples, attestant de Sivele en siècle un fait révélé primitivement, devra céder à ta raison individuelle : et il faudra que tout le genre humain, que Dieu même ait menti, parce que tu ne comprends pas ?
« L’orgueil donc, un orgueil démesuré qu'aucun excès n’épouvante, voilà le crime de l’athée, le crime du déiste et du sectaire !. »
L'abbé de La Mennais termine ce chapitre en montrant que la Religion met l’ordre dans les affections et dans les actions de l’homme. Mais il nous suffit, sans nous étendre sur ces dernières pages, d’avoir reconnu clairement dans tout ce qui précède une vigoureuse synthèse de Pascal et de Bonald. Tous deux écartent en effet la raison individuelle, et ses orgueilleuses, ses insensées prétentions, pour lui substituer l'autorité d’une raison plus haute, la raison divine elle-même, manifestée dans la révélation; Pascal, après avoir. désespéré l'homme en lui montrant sa misère intellectuelle et morale quand il s’affranchit de Dieu, ne lui laisse plus le choix qu'entre un sceptieisme désolé ou la religion chrétienne avec tous ses mystères, tous ses dogmes, toute sa morale et tout son culte; Bonald, après avoir montré par l’histoire à quels excès anarchiques aboutit la souveraineté de la raison individuelle, invite l’homme à s’incliner devant la double révélation qui seule actualise et produit au jour sa raison dont elle est à la fois et l’auteur et la règle. L’abbé de La Mennais, les réunissant tous les deux, croit avec eux que par Jésus-Christ seul nous connaissons Dieu, que le Médiateur, comme l’af-