FAIT A
LAS “Hi nées à
= Combinez donc la doctrine des Trailés de Morale avec celle de l'Histoire ecclésiastique et des Prescriptions, les principales objections de Rousseau tombent, et lui-même, ainsi corrigé, semble vous conduire par la main à la vérité catholique. Perdu dans cet océan des doctrines et des opinions contraires, vous cherchez la certitude, et vous posez en prin-
cipe que Dieu, qui vous la doit, vous en a procuré les voies.
Ces voies sont-elles la « raison seule » ? Sans doute « si Dieu ne donne à votre esprit que les lumières naturelles, vous pourrez vous sauver avec la religion naturelle ; mais si à ces lumières il en ajoute de nouvelles que vous rejetiez, qu'y a-t-il d'étonnant que Dieu vous punisse du mépris que vous aurez fait de ses dons? N’admettez-vous pas qu'on est justement puni du mépris qu’on fait des lumières naturelles? »
Or, si faible et si caduque, votre raison ne peut vous éclairer. Si la lumière existe, elle n’est qu’en Dieu, et puisque les voies naturelles d'y accéder vous sont fermées, Dieu seul, par la révélation seule, peut vous y faire participer. Le mot de révélation vous effraie ? « Vous trouviez les mêmes embarras, les mêmes mystères, la même obscurité, quand il était question de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme. Tout cela cependant ne vous a point arrêté. Pourquoi, lorsqu'il s’agit de la révélation, les. prémisses étant les mêmes, la conclusion seule a-t-elle changé?? »
Il faut donc une révélation. Cette révélation est-elle intérieure comme le croit Rousseau? Voilà que votre raison individuelle s’en institue de nouveau juge, juge en dernier ressort, juge infaillible et souverain. Mais débile comme elle l’est, qu'aurons-nous, je vous prie, gagné ? La révélation ne participera-t-elle pas de toutes les faiblesses, de toutes les incertitudes de la raison qui l'explique? Dans le principe même de Rousseau, il faut donc que la révélation soit extérieure : elle ne nous fera certains qu’à ce prix. Mais alors, la raison individuelle perd tous ses droits à la juger. Est-ce
à dire que nous soyons réduits à cette extrémité de choisir
au hasard, sans autre alternative qu’une croyance aveugle, une obéissance servile à l’autorité des hommes, que le fanatisme en un mot, avec son cortège de violences et de crimes,
1. Dune, Notes de Lamennais en marge d'un exemplaire de Rousseau, p. 9. 2. Ibid., pp. 8-9. Je cite le texte même de Féli.
ou le scepticisme? Notre soumission sera raisonnable, au contraire: car, puisque la certitude est nécessaire à la vie de l'esprit, et ne se trouve point dans les voies naturelles ; puisqu’on s’accorde à reconnaitre que le Créateur a dû nous en accorder les moyens; est-il une attitude plus raisonnable que celle de la raison humiliée et soumise, et, pour tout dire, sanctiliée par la grâce? Des preuves lui sont offertes, contestables à la vérité pour une raison sans discipline, évidentes pour celle qui comprit son néant, et impossibilité de trouver par une autre voie un terrain solide où s’asseoir. Rien n’est plus raisonnable que soumettre sa raison dans les choses qui sont de la foi.
Mais cette raison disciplinée se plie aux volontés des hommes, à autorité que Rousseau redoute s1 fort. Qui le croira? S'il est vrai qu’elle fait profession de ne s’incliner que devant la parole divine: n’obéir qu'à Dieu, c’est ‘être affranchi des hommes, c’est véritablement être libre. Direz-vous que, passant par les mains humaines qui nous la transmettent, la révélation nous met sous la dépendance des hommes qui s’en instituent les gardiens ? Mais l’Eglise est d'institution divine ; elle a reçu les promesses avec le dépôt; elle se borne à conserver pieusement ce dépôt, n’y ajoutant rien, n’en retranchant rien; elle oppose, par son magistère infaillible, les définitions nécessaires de la doctrine révélée, une, immuable, universelle, aux criminelles tentatives des hérétiques contre le trésor inestimable dont elle a reçu la garde. — Que la raison soumise remonte done le cours ininterrompu de la tradition, depuis le moment présent jusqu'à la seconde, et plus haut encore, la première révélation; elle ne s’écriera pas, comme la raison rebelle: que d'hommes entre Dieu et moi! Mais elle bénira ces témoignages unanimes et continus qui, l’arrachant aux incertitudes, aux misères de la condition mortelle, fondent sa science et sa certitude sur la révélation divine, sur Dieu même qu'ils lui font toucher. Plus d'opinions humaines, dès lors, pour régler notre conduite, mais des dogmes certains, et qu'il est souverainement raisonnable de croire : comme la raison individuelle, abandonnée à elle-même, nous livre sans défense à la tyrannie des passions et des hommes, la raison, appuyée et fondée sur la révélation, nous fait participants de la vérité, nous rend certains et nous affranchit. L'autorité de la révé-
lation, au sens catholique, est le fondement de la certitude, le principe de la raison, la base de la liberté.
Le bon Nicole s'adresse pourtant à l'esprit plus qu’au cœur. Lorsque ses Essais avaient paru, l’abbé de Rancé, encore sous le charme de cette analy se si délicate, si précise, et d’une impitoyable, mais si pénétrante et si exacte rigueur, avait félicité l’auteur : « J'ai lu votre livre, écrivaitil, avec un plaisir et une édification que je ne puis exprimer.
Toutes les vérités y sont pures et vives, et vous les rendez ‘si sensibles et si palpables, que, si notre corruption n’était
pas telle qu’elle est, que nos âmes fussent moins appesanlies par le poids de nos cupidités et de nos anciennes habitudes, vous nous feriez faire un grand chemin en peu de temps. Cependant, si le cœur n’est pas emporté, l'esprit est convaincu, et n’a rien, ce me semble, dont il puisse se servir pour combattre des principes si constants et des preuves si solides et si évidentest. » Voilà, plus de cent ans à l’avance aperçu, l’état où l'excellent Nicole dut laisser son jeune lecteur.
Un autre, à travers les glaces d’une première conversion intellectuelle ?, les sollicitations de l’amour-propre humain, les angoisses, les sécheresses intérieures, et cette sombre désolation dont l’exacte vision de l’humanité vivante a comme imprégné ses Pensées, un autre s’est élevé aux délicieux transports de lPineffable et parfaite union?. Si la page célèbre du Génie du Christianisme #, si la récente édition qui avait remis les Pensées en une éclatante lumière n’attiraient pas l’œil de Féh,