Cf. SÉCHÉ, Derniers Jansénistes, t. I, p
2. Voyez à ce sujet la Conversion de Pascal dans l’Inquiétude religieuse {2° série), de HENR1 BREMOND, 1 vol. in-16, Paris, Perrin, 1909.
3. Cf. Vicror GiraUD, Blaise Pascal, 1 vol. in-16, Hachette, 1910, pp. 276-
4. Troisième partie, livr. II, chap. vr. De l'étude des citations de Pascal dans le premier volume de l'Essai sur l’Indifférence, il résulte que Félicité de La Mennais avait lu Pascal dans l'édition de Paris, in-12 (1725 et 1772). Une seule citation en effet ne se-réfère pas à cette édition : elle se trouve dans les dernières lignes du tome I‘ et renvoie aux Pensées, t. II, p. 233, édit. de 1803 : c’est à Saint-Sulpice qu'il avait dû exceptionnellement emprunter l’'exemplaire auquel cette citation se réfère. L'édition de 1803 ne figure pas au catalogue de sa bibliothèque. On y trouve : 1° Pensées de Pascal sur la religion et autres sujets, Paris, 1726, in-12 (n° 524, p. 33) et 2° Pensées de Blaise Pascal, Paris, Renouard, 1772, 2 vol. in-12 (n° 526, p. 83).
il n’en eût pas moins découvert cette incomparable source de méditations et de viet. La voie de Nicole à Pascal est tracée : c’est la même pensée qu’on retrouve, avec les éclats du génie, et ces accents qui vont au cœur, dont Nicole ignorait le secret : «Il faut, dit Pascal, après avoir connu la vérité par la raison, tâcher de la sentir, et de mettre notre foi dans le sentiment du cœur; autrement elle sera toujours incertaine et chancelante?. » Nicole n'avait pas vu cela ; et c’est le mal, le mal cruel dont souffre tant Félicité. Qui, soulevant cette âme inclinée vers la terre, y allumera létincelle et lui fera sentir son Dieu ? Qui donc, aux affections humaines, de déceptions en déceptions inlassablement poursuivies, substituera l'amour divin, en ce cœur trop tendre pour l’homme, en ce cœur si passionné pour la créature ? Comment triomphera-t-il de son indifférence pour Dieu, si haut, si lointain, et trop silencieux aussi, ce chercheur de tendresse, cet exigeant d'amour, qui les veut pour lui sans réserve, et qui n’en a pas rencontré la réalité sur la terre?
Il est des expériences d'amour, d’amour féminin, maternel, et du plus profane peut-être, sans lesquelles l'amour divin reste une abstraction pour nous. Celui qui ne fut pas aimé de cet amour exclusif et tendre, n’entrera pas dans le sanctuaire par la porte d'ivoire, par la porte enchantée des rêves. D’autres, et de plus sûres peut-être, lui resteront ouvertes, pourvu que le désir ardent, anxieux d’être aimé ne règne pas en maitre, en tyran, sur son âme et sur sa pensée. Ce renoncement du cœur à toute affection terrestre, facile aux heureux qui goûütèrent la douceur des irremplaçables tendresses, facile encore à ceux-là mêmes qui n’en sentirent pas le besoin,
est insurmontable aux âmes qui, sans les avoir connues, en .
portent comme un mal incurable, l’irréalisable espérance, Pinvincible besoin en elles. Voilà le mal de Félicité.
S'il ouvre les Pensées telles qu'il les avait alors, et qui, sous leur petit volume, dans leur pieuse, diserète et si adorable simplicité, avaient su conserver l'esprit de leur auteur ;
1. Féli « avait fait, dès 1802, des extraits de l'auteur des Pensées ». (Dune, Leftres inédites de La Mennais et documents nouveaux. Annales de Bretagne, n° de janvier 1913, p. 200). Il nous jreste un cahier de ces.extraits.
2. Pensées de M. Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets, à Paris, chez Guillaume Desprez, rue Saint-Jacques, à Saint-Prosper, 3° édit., 1 vol. in-12, 1671, S XXVHII.
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s’il les Lit à son habitude, la plume en main, et sans perdre de vue les précieuses indications de la Préface sur « le dessein de
M. Pascal » et le plan qu'il avait conçu, quelle lumière ! et
d'abord, quelle confirmation dans sa voie! Voici dès l’abord des encouragements, sévères sans doute, et faits pour effrayer, mais d’une éloquence si passionnée, si ardemment persuasive, contre ces sécheresses intérieures, cette stérilité religieuse du cœur, ce délaissement spirituel qui ressemblent tant à de’ Pindifférence, et qui sont le châtiment réservé, peut-être, à l'indifférence passée. Dès le volume ouvert, éclate le premier chapitre Contre l'indifférence des athées!. Qu'ils apprennent au moins quelle est cette religion qu’ils combattent, avant que de la combattre. Se vante-t-elle de leur donner une vue claire de Dieu ? Elle dit au contraire que l’homme est dans les ténèbres, que Dieu est un Dieu caché, qui ne se découvrira par les marques sensibles qu'il a mises dans son Eglise, qu’à ceux qui le cherchent de tout leur cœur. Et puisqu'ils font hautement profession de négligence dans la recherche du vrai, que font-ils, que confirmer par cette obscurité où ils sont, l’une de ces vérités, qui est la misère de la condition humaine, sans toucher à l’autre, qui est la rédemption par le Christ? Insupportable négligence, à ne considérer que leurs intérêts : « L’immortalité de l’âme est une chose qui nous importe si fort, et qui nous touche si profondément, qu’il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l’indifférence de savoir ce quien est?.» Leur indifférence est monstrueuse, car 1l s’agit de leur tout; entre eux et le néant ou une éternité de malheur, il n’y a que la vie, qui est la chose du monde la plus fragile ; et s’ils se plaisent dans ce doute, s'ils y sont tranquilles et satisfaits, s’ils en font profession, s’ils s’en vantent, quel mot qualifiera leur extravagance ?? Lui qui si longtemps vécut dans une orgueilleuse ignorance des seules vérités essentielles, de quelle âme croyez-vous qu’il entende, qu'il reçoive ces célèbres invectives ?
Mais que de clartés pour ceux qui veulent voir ! Félicité —
son œuvre un jour en témoignera — recueille passionnément ces rayons qui peut-être échaufferont son cœur. Car il dé-
1. Cf. l'édition de Paris in-12 (1671 et 1725), pp. 1 et sq. 2. Pensées, éd. in-12, pp. 3-4.